UN MAIRE DOIT-IL OBLIGATOIREMENT ÊTRE PRÉSENT SUR LES RÉSEAUX SOCIAUX ?
À cette question, chacun de nous répondra avec sa sensibilité et son instinct.
Mais cette question a lieu d'être alors qu'une nouvelle forme de communication a désormais cours entre l'élu local et la population.
En effet, la très grande majorité de maires de villes de plus 10.000 habitants ont un compte sur Facebook, Instagram ou X pour mieux comprendre la société dans laquelle ils évoluent, pour prendre en temps réel le pouls de leur ville et pour être davantage à la portée de leurs administrés.
Et le meilleur des sondages s'opère non plus seulement sur le terrain - pour les rares élus qui le fréquentent encore - ou par des instituts d'études d'opinions, mais aussi et avant tout sur les réseaux sociaux où les habitants peuvent, en toute liberté, exprimer leurs propositions, leurs sentiments, leurs étonnements, leurs inquiétudes et parfois leurs colères.
Le maire de Biarritz Serge Blanco a, lui, choisi de se passer de ce mode de communication directe.
Sans doute a-t-il ses raisons. Et c'est bien son droit de n'y avoir pas recours. Mais cela pourrait aussi le couper du réel et de fait lui être préjudiciable. Or quand on occupe le fauteuil de maire, quelque risque de mise en danger est à éviter par tous les moyens.
Ce qui permet à un maire d'analyser - de manière objective et indépendante - toute situation, serait pertinemment enrichi par les commentaires d'habitants sincères de sa ville qui, même si certains d'entre eux proviennent d'horizons divers, n'ont aucun intérêt à défendre une thèse plutôt qu'une autre et ne sont guidés que par la recherche du bien commun. La règle n'échappe pas à notre commune.
Alors, oui, le maire peut compter sur les élus et les administratifs qui travaillent à ses côtés. Certes. Mais s'il faut savoir entendre ses collaborateurs, il convient aussi de ne pas totalement en dépendre ni de ne pas écouter sa population. Ne perdons pas de vue qu'au final, le maire est seul face aux décisions qu'il assume de prendre. Et il lui faut toutes les clés pour savamment disséquer, arbitrer, prioriser et, enfin, décider.
Quoi de mieux, donc, que les réseaux sociaux pour n'avoir pas à être soumis à son seul proche entourage et pour être informé sur les enjeux municipaux ?
Quoi de mieux pour savoir réellement, et sans aucun filtre, ce qui se chuchote ou gronde en notre ville ?
Cette lacune numérique pourrait être remplacée par une présence physique du maire à des réunions publiques et/ou lors de permanences assurées à l’Hôtel de Ville. Mais, on le sait, cela ne suffit plus au regard du volume de demandes pressantes de nos concitoyens de trouver face à eux des élus disponibles et attentifs à leurs préoccupations.
Et puis, il faut bien le dire, ce type de dispositif relève davantage d'une tentative de réparation après une récrimination d'habitants, plutôt que de l'anticipation.
Trois possibilités de comptes de réseaux sociaux existent pour un maire :
-un compte personnel où se mêlent vie privée et vie professionnelle
-un compte professionnel où se déroulent les actions et la parole du maire
-et enfin, le compte «Ville de Biarritz» qui n'est pas une plateforme à l'intention du maire, mais bien un support ayant trait à la vie municipale.
Après six ans de mandat Arosteguy, plus que jamais l'écoute du Biarrot est primordiale, et en ce début de mandat il est important que des actes marqueurs du changement soient pris.
Mais aujourd'hui, dans ce monde du tout-marketing, c'est à se demander s'il faut paraître proche du citoyen ou s'il faut apporter la preuve de cette proximité ?
C'est bien là tout l'art de la communication politique. Trop en faire ou ne rien faire du tout, un juste milieu est à trouver.
Pour autant, compte tenu du fait que le «nouveau» maire n'appartient à aucun clan ou camp, Sauvegarder Biarritz préfère ne pas porter un regard politique sur le sujet soulevé ici. Réfléchissons plutôt aux répercussions que cette absence numérique de notre maire induit dans son rapport aux autres, ces autres que sont les Biarrots.
Trois écueils sont à relever devant l'absence de compte de monsieur Blanco sur les réseaux sociaux :
-Le premier est l'impossibilité pour les Biarrots de s'adresser, sans intermédiaire et sans blocage, à leur maire.
-Le deuxième est qu'il ne peut jauger le contexte biarrot qu'au travers du prisme et sous la tutelle de quelques conseillers ou amis.
-Le troisième - et cela pourrait rapidement le desservir - est que le maire n'a d'autre moyen de faire entendre sa voix qu'en empruntant la voie de la Presse locale. Dans ce cas, le maire ne choisit ni le cadre, ni les mots : ses propos deviennent une interprétation et non une déclaration.
La même théorie s'applique - à plus petite échelle certes - aux autres élus de la Majorité.
Peut-on être un adjoint efficace, avec une mission, sans rendre directement compte de ses actions et sans être abordable par l'habitant au moyen d'une messagerie directe ?
Ces adjoints peuvent-ils se payer le luxe de ne compter que sur l'avis de leur voisin de palier ou de leur cousin bienveillant pour évaluer et propager leur action ?
Quelle attitudes ont adopté les précédents maires face à l'avènement des réseaux sociaux ?
-Didier Borotra, maire de 1991 à 2014, n'aura pas eu à se servir de cet outil politique, encore peu répandu en ce temps pas si lointain. Homme de l'écrit - nous avons à l'esprit les éditoriaux qu'il proposait chaque mois dans le Biarritz Magazine -, il aurait pourtant probablement apprécié cet exercice intellectuel.
-Michel Veunac sera le premier candidat ayant accédé à la mairie qui aura utilisé Facebook pour sa campagne des Municipales.
En 2014, nous sommes au tout début du phénomène numérique. Nul doute que le métier de psychosociologue de monsieur Veunac lui aura fait comprendre - mieux que quiconque - l'importance d'initier, au travers d'un écran, une relation directe et particulière avec les Biarrots.
-Puis, en 2020, Maider Arosteguy devient maire. Aura-t-elle, au cours du mandat, communiqué sur ses réseaux sociaux à des fins d'information ou pour construire son propre récit ?
Le bilan semble indiquer qu'elle aura été plus prompte à façonner son image et à assurer son auto-promotion plutôt qu'à mettre en avant des réalisations concrètes. Les Biarrots n'auront pas été dupes du stratagème.
Si madame Arosteguy avait considéré les griefs des Biarrots largement relayés dans nos posts lanceurs d'alerte - le plus flagrant étant son projet d'urbanisation du plateau Aguilera - nul doute qu'elle aurait retrouvé son fauteuil de maire. En tenant les Biarrots en mépris, elle a organisé elle-même sa défaite.
En conclusion, les réseaux sociaux sont, pour un maire, un moyen de prendre le pouls de sa ville, de collecter des renseignements, d'apporter des informations précises et d'assurer un dialogue direct avec les habitants.
Ne souhaitant - dans l'intérêt de notre ville - que le plein et entier succès de la nouvelle Majorité, Sauvegarder Biarritz cherche à réunir tous les ingrédients pour garantir les Biarrots d'un mandat exemplaire.
Oui, cela peut, en 2026, constituer un handicap pour le maire d'une ville de 25.000 habitants de n'être pas présent sur les réseaux sociaux.
