BIARRITZ : SANS GÊNE, LES DÉBRAILLÉS DÉAMBULENT GAIEMENT
En rédigeant ce texte, viennent à l'esprit les commentaires qu'il ne manquera pas de susciter : «Ce n'est pas bien grave...», «Oui, et alors ? On n'est plus au Moyen-Âge...», «La police a mieux à faire...», «La plage est à côté, faut être tolérant...», «On est en vacances...» et ainsi de suite.
Alors, évidemment, pendant que la guerre fait rage ailleurs dans le monde et que la famine sévit là où les dictateurs s'engraissent, ce sujet peut paraître décalé ou même futile.
Mais ne pas en parler ne permettra pas aux guerres de cesser, ni à des malheureux de se sustenter décemment.
Parlons-en donc. Parlons de ces milliers - car il ne s'agit plus seulement de quelques olibrius - de personnes qui arpentent notre belle ville torse nu, en maillot brésilien ou en soutien-gorge minimaliste. À tel point que certains commerçants se sont vus obligés de rappeler, sur la devanture de leur magasin, qu'une tenue correcte était exigée - comprendre être vêtu - pour être autorisé à y entrer.
Et c'est regrettable de laisser ainsi ces commerçants jouer momentanément le rôle de gendarme, alors qu'il est du devoir de la Ville d'inciter nos visiteurs à davantage de modestie.
Saint-Jean-de-Luz l'a compris, tel que le révèlent des affiches on ne peut plus explicites indiquant qu'«une tenue correcte est exigée» faute de quoi une amende de 68€ sera infligée aux indélicats.
Ne pourrait-on s'en inspirer ?
Il fut pourtant un temps où la police des mœurs - comme la désignaient les témoins de l'époque - sévissait à même le sable pour déterminer si les baigneuses d'alors respectaient la longueur autorisée et si ces messieurs arboraient bien un maillot une pièce.
À Biarritz, on a aussi trace écrite du courroux de l'abbé Larre qui s'indignait de voir tant de chair déployée sur nos plages, craignant les effets néfastes sur ses pieux fidèles.
Sans tomber dans ces excès de pruderie d'un autre temps, il paraît aujourd'hui souhaitable de faire réellement appliquer l'arrêté municipal biarrot qui interdit de pareils écarts.
La Ville de Biarritz, et au premier chef ses élus, sont d'ailleurs parfaitement conscients du problème puisqu'ils déploient depuis plusieurs années des campagnes de sensibilisation à cet effet.
Le slogan de l'été 2026 - «En ville, je me rhabille» - a pour ambition d'exhorter les récalcitrants du T-shirt et de la jupe à se couvrir, mais il y manque une information... c'est celle du montant de la sanction. Interdire c'est un premier pas mais avertir, noir sur blanc, qu'en cas de non-respect une lourde amende peut tomber... ça fait parfois davantage réfléchir.
Sait-on, par exemple, qu'à Barcelone une amende de 300€ peut s'abattre sur d'innocents promeneurs en maillot de bain ?
Idem à Venise où il en coûtera 250€ aux presque nudistes. À ce tarif, les fraudeurs ne sont guère nombreux... et très vite repérables.
Chez nous, en France, dans nos stations balnéaires il est généralement prévu une amende de 38€. Ce n'est pas énorme, mais ça ne fait forcément pas plaisir de les payer. Ce montant est ajustable au bon vouloir du conseil municipal et nous avons vu plus haut que nos voisins luziens ont appliqué un barème supérieur plus dissuasif.
Survient alors l'observation naturelle que pour faire de la pédagogie, de la prévention et du rappel à l'ordre... encore faut-il que les effectifs biarrots de la Police municipale soient déployés dans les lieux qui conviennent.
Or ils ne sont hélas pas assez - pour ne pas dire du tout - visibles sur le terrain.
Nous avions déjà fait mention de leur nombre insuffisant pour que soient couverts tous les besoins de la commune tandis que, voilà plusieurs mois, ceux-ci avaient fait grève au pied du bureau de madame Arosteguy pour revendiquer la juste application de leurs droits.
Missionnés par la Ville pour encadrer nombre d'événements biarrots, leurs heures de présence sont de fait accaparées et il est remarquable qu'au quotidien nous ne voyons pas suffisamment nos agents. Cette absence se fait encore davantage remarquer aux vacances scolaires, au moment même où notre ville connaît un surcroît de fréquentation et qu'il est plus que nécessaire de compter sur un encadrement sécuritaire.
Nous ne pouvons que regretter cette carence car les policiers municipaux ont un rôle majeur de pacificateurs à remplir pour modérer la vitesse des deux-roues, pour canaliser les piétons qui ne respectent pas les passages cloutés, pour permettre le bon respect de la tranquillité, pour vérifier l'état de propreté de l'espace public, pour nous assurer une sécurité à nous tous.
Faut-il donc, dans cette affaire de maillots de bain portés hors des plages, s'étonner que les simples panneaux de mise en garde ne suffisent plus ? Car la peur de l'uniforme a parfois ses vertus. Et sans uniforme à l'horizon, c'est presque un pied de nez qui est adressé à l'autorité.
C'est fâcheux, car l'image que renvoie ce débraillement fait immédiatement chuter notre ville dans ce qu'elle a de naturellement élégant et spécial. Son histoire impériale, son rang obtenu par ses visiteurs bien nés, son lien avec les grands noms de la Mode auraient dû l'épargner des dégâts du vulgaire et consumériste sur-tourisme. Et pourtant...
En attendant, est-ce vraiment si pénible de revêtir un bout de toile pour remonter de la plage ?
Nos yeux vous en remercieront.




