POUR UNE ESTHÉTIQUE DE LA VILLE DE BIARRITZ
Si la plupart d'entre nous sommes attachés à notre ville, le jugement que nous pouvons porter sur son esthétique ne doit pas forcément être bienveillant. Tant pis si notre chauvinisme est égratigné, soyons objectifs sur l'image qu'elle nous renvoie.
D'ailleurs, le visuel n'est pas la seule composante à juger puisque le citoyen que nous sommes tous voit d'autres de ses cinq sens sollicités dans sa cité : les considérations olfactives et sonores ne sont pas à écarter.
Ainsi, une vigilance s'impose sur une harmonie urbaine alors et surtout que la population se densifie souvent, que les comportements changent, et que les évolutions intervenues dans notre société se répercutent forcément dans nos communes et impactent notre cadre de vie.
À ces perturbations venues de l'extérieur, donc importées, nous devons tenir compte également des effets de la marche du temps, avec un patrimoine immobilier qui s'est détérioré et n'a pas toujours été entretenu par les maires qui se sont succédé, un mobilier urbain vieillissant dégradé ou insuffisant, des aménagements malheureux ou disgracieux, des verrues qui perdurent ici ou là, depuis longtemps, mais que personne n'a pris l'initiative de faire disparaître et dont la vision est une agression permanente.
Nos communicants modernes se gargarisent de formules aux accents vertueux telle «le bien vivre ensemble». Admettons que cette notion se veut assez vague. D'ailleurs, n'est-elle pas conforme au lexique de la novlangue dont on peut soupçonner que l'idée est destinée à dénaturer la réalité ?
Mais devons-nous nous résigner et nous laisser manipuler par des concepts flous, ou préférons-nous rester objectivement vigilants quant à la qualité de notre espace urbain ?
Nous préférons la deuxième option, mais encore nous faut-il définir une conception de l'esthétisme. Cela appelle d'abord une exigence d'élégance et d'équilibre, à la fois entre l'existant et les projets d'aménagement futurs.
Les phénomènes inexorables de densification urbaine et de transitions climatiques nous porteront sans doute à une politique majeure de renaturation, en révisant la végétalisation notamment dans un cœur de ville grandement bétonné qui absorbe la chaleur en été. Et comme le cadre de vie ne peut ignorer les effets de la modernité, il conviendra de concilier le beau avec le pratique en intégrant les nouveaux dispositifs de mobilités dans cette réflexion sur une esthétique de la ville. Ne voit-on pas une anarchie organisée de vélos, jetés en des endroits les plus invraisemblables ?
La conception des rues, des bancs (si possible en partie avec ombrières), les arrêts-navettes (souvent dépourvus d'assises et d'abri), la physionomie de nos places (trop minérales donc inhospitalières), l'aménagement de nos squares et jardins publics, l'organisation des terrasses de café, les balises de trottoirs, les boîtes à livres, viennent, tout comme l'architecture historique ou récente, définir l'identité de notre ville. Tout cela doit procéder à une reprise en main par des aménageurs qui sauront allier confort et esthétique, tout en intégrant une signature pour affirmer l'identité de notre ville et permettre une stratégie de mémorisation du lieu : c'est la balustrade de la Concha de Saint-Sébastien qui, plus qu'un simple garde-corps «est l'épine dorsale qui soutient la mémoire» de la ville.
Les poubelles qui s'offrent à la vue des promeneurs devraient être certes en nombre suffisant et adaptées au volume des usagers selon les saisons, mais elles constituent un vrai défi esthétique à relever, tout en intégrant elles aussi un élément caractéristique de notre ville, à l'instar de celles léguées des mandatures anciennes qui les ont surchargées du blason de la ville, quand celui-ci avait un sens... y compris esthétique.
Mais l'inacceptable à dissiper réside côté containers à ordures, ces immenses bacs sélectifs fournis par la communauté d'agglomération, aux abords souvent sales et malodorants et qui abîment l'image de notre ville. À proximité de ces derniers, cohabitent souvent - hélas - toutes sortes de cartons plus ou moins soigneusement pliés et autres caisses ou cageots. Et pour cause : alors même que le caractère disgracieux de ces emballages n'est pas à démontrer, et que leur dépôt par des commerçants ou des riverains est inévitable, comment se peut-il que des containers soient inexistants pour cacher leur dépôt avant leur collecte ?
La propreté contribue aussi à l'esthétisme car le beau ne saurait supporter des déchets tout proches.
Dans le prolongement de cette idée, les structures privées devraient être encouragées à nettoyer et entretenir ce qu'elles montrent à tous. Nous assistons hélas à des façades lépreuses, des boiseries écaillées, des soubassements fatigués et sales, des devants de porte crasseux, etc... Mais, direz-vous, comment mettre ces privés négligents en demeure, quand la ville est coupable des mêmes insuffisances ?
À quoi sert-il de jouir de l'héritage de bâtiments architecturés, quand à leur pied la laideur s'invite ?
À quoi sert-il que les Bâtiments de France guettent la moindre fenêtre en PVC dans une zone dite protégée, quand sont tolérés dans ce même périmètre des sucettes JCDecaux, des plots en plastique, des hideux bancs-blocstops et des barrières qui heurtent le regard, une signalétique anarchique donc agressive ?
Mais le pire sont les entrées et sorties de notre ville. Rien d'accueillant qui soit à même de séduire le visiteur à son arrivée et de lui laisser une bonne impression à son départ.
L'art urbain devrait aussi contribuer au bien-être de tous. Cette démarche, initiée sous l'ère de Didier Borotra, devrait nous inspirer pour améliorer notre bien-être dans l'environnement urbain. C'est aussi une autre façon de renforcer son identité.
La nouvelle majorité de monsieur Blanco a mis en œuvre sept commissions, ce que nous saluons.
Pouvons-nous suggérer l'instauration d'une commission de sages dans laquelle des personnalités témoignant de compétences diverses (architecte, décorateur, artiste, amateur d'art, juriste, maître d'oeuvre, urbaniste,...), qui bénévolement se réuniraient pour ouvrir une réflexion sur l'embellissement de Biarritz et proposer des améliorations qui influencent la qualité de vie de ses citoyens ?
Alors, mesdames et messieurs les élus, chiche ?
