POLLUTION VISUELLE AU PLATEAU DU PHARE : QUI DONC EN A EU L'IDÉE ?

 




Nous ne pouvons y croire. Et même face à l'évidence, on se frotte les yeux pour en effacer l'impertinente image.

Quand des Biarrots nous ont contactés et nous ont envoyé leurs photos, nous ne pouvions imaginer - qu'ils nous pardonnent bien sincèrement - que cette installation hideuse de barrières de plus de deux mètres soit pérenne. Non, non, ce n'était pas possible. Et d'ailleurs, au moment où nous écrivons ces lignes, nous ne pouvons toujours pas y croire. Nous ne pouvons concevoir le triomphe de la laideur.





Le traditionnel Village des Bodegas se déroulant le samedi 11 juillet dernier, notre réflexe spontané a été de supposer qu'un aménagement provisoire et de circonstance était une disposition sécuritaire nouvelle, face à l'afflux toujours plus important de public.

Car tant d'entre nous ont, avec assiduité et consternation, dénoncé l'enlaidissement de notre cadre de vie, instauré par madame Arosteguy et les élus de sa majorité, qu'il est inenvisageable - impossible même ! - que cette pose de barrières soit un des premiers actes de la nouvelle Majorité.

Et pourtant !

Si les candidats à la mairie de Biarritz ont été très flous sur leurs intentions d'esthétisation de la commune, c'est peut-être parce qu'ils n'ont pas compris à quel point les habitants accordent de l'importance à cette thématique. C'est regrettable et cette lacune - volontaire ou pas - pourrait devenir préjudiciable aux Biarrots.

Sauvegarder Biarritz, relais inlassable de VOS préoccupations, a su communiquer sur les nombreuses anomalies présentes en notre ville : barrières métalliques surabondantes, plots en plastique à foison, bancs-blocstops en béton hideux, panneaux agressifs, poubelles municipales abîmées, voirie en mauvais état, sucettes électroniques JCDecaux inopportunes, totems-cageots publicitaires disgracieux, grilles d'arbres bas de gamme voire inexistantes, pour n'en citer que quelques-unes.









Comment alors expliquer qu'aujourd'hui l'on vienne ainsi ajouter de la laideur à la laideur ?

Comment, dans ce lieu - dont le hasard de la nature a eu la bonté de nous gratifier - faire fi des règles les plus élémentaires que le respect et la préservation de l'environnement nous imposent ?

Le 28 juin dernier, Sauvegarder Biarritz est revenu sur la triste et subite disparition de Salomé et Louis, victimes d'une chute d'un bloc de falaise au pied du phare.

L'émotion a été grande à Biarritz et notre publication - qui compte déjà plus de 160.000 lecteurs - témoigne, par vos commentaires, de ce que vous ressentez, de ce que nous ressentons tous face à ce drame.

Pour autant, bien qu'étant de tout cœur avec la famille et les proches de ce couple, et les accompagnant de pensées les plus compatissantes, vous tous avez fermement rappelé l'interdiction formelle qui est faite aux personnes qui souhaitent se poser, déambuler, se baigner, pêcher ou plonger dans les zones de la plage Bernain et de la pointe Saint-Martin. Cet interdit est très clairement affiché depuis de nombreuses années par le biais de grands et nombreux panneaux, sur la falaise de la plage Bernain, ainsi que dans les descentes du plateau de Phare.

Cet interdit est là pour nous protéger, nous tous, et nous devons le respecter. Passer outre, c'est se mettre en danger, mais c'est aussi mettre en danger les équipes de sauvetage qui - au péril de leur vie - viennent secourir ceux qui décident de contrevenir aux arrêtés municipaux.

Il n'est pas inutile de rappeler que celui ou celle qui veut frauder saura toujours trouver un point d'entrée pour se mettre en danger.

L'imprudence ou le sentiment de supériorité face à la nature toute puissante peut conduire à des drames.

La réponse municipale ne peut pourtant se traduire par la confiscation, à tous, du spectacle grandiose et unique - peut-être le plus sublime en notre ville - qu'offre le panorama au plateau du Phare, en ayant eu l'idée incongrue d'installer une palissade grillagée - doublée de barrières de sécurité - qu'on nous qualifiera probablement «de protection» mais qui, à nos yeux, revêt en ce site un caractère blasphématoire.

Ce brise-vue saugrenu qui rappelle l'angoissant paysage de barreaux de prison, nous donne des frissons et renvoie à un modèle de société que nous ne voulons pas.

Celle d'une société qui mène à l'infantilisation de tous les individus, parce qu'une toute petite poignée ose s'affranchir des Lois et des règles.

Faudrait-il, alors, parce qu'il y a un risque de crash, ne jamais plus prendre l'avion ?

Faudrait-il, parce qu'il y a des accidents, ne plus jamais monter dans une voiture ?

Faudrait-il, de crainte de perdre la vie, ne plus enfourcher une moto ou un vélo ?

Faudrait-il, parce que le Titanic a coulé, ne jamais faire de croisière ?

Faudrait-il, de peur de se noyer, ne jamais aller se baigner à la Milady ou à la Grande-Plage ?

Faudrait-il, sous la menace d'un océan imprévisible, interdire le surf ?

Faudrait-il, parce qu'il y a des chutes, ne jamais aller randonner sur la Rhune ou à Larrau ?

Faudrait-il, en appréhension d'une jambe cassée ou du danger d'une avalanche, empêcher la pratique du ski ?

Faudrait-il, de peur d'être écrasé par un chauffard, ne jamais traverser une rue ?

Si des sanctions doivent s'appliquer contre les fraudeurs, qu'elles le soient sur ceux qui s'en rendent coupables.

Penserait-on à interdire tous les automobilistes parce que certains ne respectent pas les limitations de vitesse et commettent l'irréparable ?

Le sens de la responsabilité, l'instinct et le mécanisme de survie de chacun d'entre nous est ce qui permet à l'homo sapiens de vivre en société.

Lorsqu'un écart de comportement d'un individu est relevé, on ne peut accabler ni le maire, ni la municipalité dans son administration.

On ne peut, non plus, faire payer le prix fort à toute une communauté des rares débordements d'intrépides, en profanant à la fois une perspective océane et un Phare inscrit aux Monuments Historiques, ce qui devrait en protéger les abords.

Au mandat précédent, l'une des erreurs les plus marquantes commises par madame Arosteguy a été cette curieuse conviction que Biarritz désormais lui appartenait.

Qu'elle pouvait disposer, à loisir - depuis sa tour d'ivoire - de son domaine public, de son patrimoine bâti, de son budget, de sa plaine Aguilera.

Mais Biarritz n'appartient à personne ! Pas plus à elle, qu'a ceux qui l'ont précédée ou qu'à ceux qui suivront.

Les maires ne sont que des passeurs, censés être la main agissante de la population, et ont pour mission d'administrer les affaires municipales dans l'intérêt de la commune et des habitants qui y vivent.

La forte mobilisation de ceux qui font part de leur incompréhension et de leur colère retentit telle une alerte par ceux qui ont dégagé une majorité hermétique aux désirs de sa population.

On ne construit pas contre sa population mais avec elle, comme on ne décide pas avec son seul cabinet mais en conformité avec les aspirations des locaux.

La création - que nous appelions de nos vœux il y a une semaine seulement - d'une commission de sages composée, entre autres d'un architecte, d'un artiste, d'un urbaniste, d'un maître d'oeuvre, d'un décorateur, d'un amateur d'art, d'un juriste apparaît donc plus seulement comme une urgence mais comme une évidence.

Cette commission de sages, indépendante, collaborative et vigilante, ne permettrait pas que perdure - ou que se crée ! - une mocheté urbaine qui dénature profondément l'identité paysagère de Biarritz.

Il est impératif de retirer ces barrières du plateau du Phare. Question de bon-sens et de bon goût. 

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