CITÉ DE L'OCÉAN : LE PASSÉ, LE PRÉSENT ET LE FUTUR

La Cité de l'Océan ne laisse pas indifférent les Biarrots. Si bien d'entre eux n'y ont toujours pas mis les pieds et en contestent même l'existence, d'autres y voient un outil au service du Tourisme et de la sensibilisation à l'océan en complément au Musée de la Mer, lequel a été renommé en 2011 «Aquarium de Biarritz».

L'intention originelle du lieu - tout à fait louable - était sensiblement différente du projet définitif, puisque le maire d'alors Didier Borotra souhaitait mettre en avant la qualité surfique de notre Ville. Les premières évocations publiques et officielles font d'ailleurs mention de «Cité du Surf» mais ce pan central sera, en cours de construction, délaissé au profit d'une vision plus élargie sur l'Océan.

Et puis vint le montant de l'opération.

Comme souvent lorsque l'on cherche à connaître le coût réel d'une réalisation municipale, il faut quelque peu batailler pour mettre la main sur des chiffres fiables et précis.

Nous nous sommes procurés des chiffres officiels. D'un point de départ présenté à environ 8 millions d'euros pour les Biarrots, le chiffre d'arrivée donne quelque peu le vertige : plus de 39 millions d'euros.

Ce n'est ni la première, ni la dernière fois que de tels écarts seront à constater lors d'une création ou d'une rénovation municipale.

En 2017 - date à laquelle la Chambre Régionale des Comptes remet son rapport - celle-ci constate un prévisionnel plus qu'optimiste des visiteurs, puis «de nombreuses malfaçons et sinistres» du bâtiment dessiné par l'architecte Steven Holl, des travaux non-prévus et des aménagements en scénographie qui ont tous contribué à considérablement alourdir la facture finale.

La Cité de l'Océan est l'exemple type d'un projet dont la pertinence était contestée parmi la population, mais aussi au sein même de la Majorité municipale. Le projet est tout de même sorti de terre et aujourd'hui l'interminable débat sur son utilité culturelle, son efficacité économique, son esthétique architecturale et sa popularité - tant auprès des locaux que de nos visiteurs - est toujours ouvert.

Il est, maintenant, un serpent de mer qui revient lors des deux dernières élections municipales : que faut-il faire de la Cité de L'Océan ? La pérenniser et continuer à y insuffler de grands moyens ? La transformer en piscine municipale et site d'activités sportives ? Y envisager un ambitieux projet culturel ?

Sa proximité immédiate de l'océan lui confère à la fois un avantage et un inconvénient. Tout n'est pas envisageable dans ce bâtiment qui reçoit de plein fouet les embruns, et c'est un facteur important à intégrer à la réflexion.

La Cité de l'Océan pourrait aujourd'hui ressembler à un cadeau empoisonné mais, pour qui sait regarder, il faut y voir avant tout une opportunité pour faire naître un projet innovant et porteur pour notre commune.

En toute fin du conseil municipal du 16 avril dernier, la conseillère municipale «en charge des grands projets» Nathalie Motsch, a porté à la connaissance des Biarrots une curieuse initiative subtilement «cachée» à tous, engagée par madame Arosteguy dans les tous derniers mois de son mandat.

En effet, celle-ci a, dans une «procédure adaptée sans publicité ni mise en concurrence préalables», fait appel au Groupe Fiminco pour «repositionner» la Cité de l'Océan.

Le lecteur notera le mot fourre-tout - «repositionner» - qui veut tout et rien dire à la fois. Ce jargon technocratique semble vouloir embrouiller les péquins que nous sommes, sans offrir une véritable stratégie avec des actions concrètes.

Le Groupe Fiminco, basé à Paris, comporte aussi une Fondation qui a participé, en tant que mécène, au Festival du Film Nouvelles Vagues 2025. Cette coopération pourrait être perçue comme une réciprocité intéressée : je te donne d'un côté, tu me rendras de l'autre.

Mais Nathalie Motsch est ennuyée et le dit : «Je suis très embêtée que les opposants en face soient partis, parce que j'avais des questions assez précises à leur poser. Et je suis navrée de ce départ très théâtralisé parce que je ne peux pas comprendre les questions que je me pose.».

Que le lecteur se rappelle qu'à ce conseil municipal, madame Arosteguy et son groupe avaient quitté la Mairie pour protester de n'avoir pas été intégrés à la Socomix Hôtel du Palais, ni à la SEM Golfs de Biarritz. L’ancienne mairesse a ainsi pu, commodément, échapper aux questions que nous sommes tout de même en droit de nous poser en tant que contribuables et pour lesquelles l'élue Motsch était bien en droit d'attendre des réponses.

Nathalie Motsch a-t-elle, depuis lors, eu des éclaircissements par madame Arosteguy ?

Madame Motsch reprend : «J'ai vu qu'il y avait un marché de prestations de services d'un montant de 45.660€. C'est une somme pour la Ville. (...) Alors même que je suis, et cela ne vous aura pas échappé, ancienne conseillère municipale d'opposition, absolument pas au courant.».

C'est gravissime. Encore une fois, surgit de l'ère Arosteguy une dépense importante qui n'aurait pas fait l'objet préalable d'un débat entre Majorité et Opposition.

Madame Motsch tombe des nues : «Quelle n'a pas été ma surprise de découvrir que moins de trois mois avant le premier tour, cette somme de 45.660€ a été dépensée pour repositionner en toute confidentialité l'objet social de la Cité de l’Océan. Ce qui m'a aussi beaucoup étonnée, c'est que c'est signé par madame Arosteguy le 18 décembre 2025 et ça renvoie à une note de phasage d'intervention et que la phase 1 c'était d'octobre à novembre 2025. Je suis une ancienne avocate, je n'exerce plus comme madame Ezcurra, mais j'ai rarement vu un contrat qui est signé par un Maire le 18 décembre 2025 pour un démarrage en octobre-novembre 2025, encore moins quand c'est à trois mois d'un premier tour et que ça remet en cause toute la stratégie business, toute la stratégie d'une infrastructure structurante pour la Ville de Biarritz.».

Evidemment, cela interroge - alors même que la Majorité Arosteguy approchait les trois derniers mois de son mandat - qu'elle ait pu se servir des deniers publics pour engager une société à travailler sur un sujet dont la commande et les résultats engageaient, de facto, ses probables successeurs.

Dès lors, et compte tenu du calendrier électoral, une telle dépense aurait probablement été plus judicieusement inscrite dans ses comptes de campagne pour les Municipales de 2026...

Depuis l'intervention fort pertinente de madame Motsch, Sauvegarder Biarritz a été contacté par des Biarrots qui sont en demande de la communication publique des conclusions du Groupe Fiminco.

En lisant ce qui suit, nous ne doutons pas que l'élue Motsch, qui prône la transparence, en permettra la lecture.

Nathalie Motsch conclut : «Cette étude, qui a été payée dans les conditions que je viens de vous évoquer, je n'en ai jamais eu connaissance pendant mon mandat précédent. Je suis assez étonnée, pour ne pas dire choquée, de cette absence totale de transparence.».

Et oui, une «absence totale de transparence», mais aussi quel manque d'inventivité, de vision et d'ambition pour une Majorité, que d'avoir à déléguer à une société extérieure à notre région une réflexion sur le devenir de la Cité de l'Océan !

N'y avait-il donc pas, au sein des vingt-sept élus de la Majorité Arosteguy, quelqu'un de capable sur le plan Culture, Économie, Sport ou Tourisme pour imaginer une reconversion du lieu ? Il faut croire que non.

Mais à quoi donc cela sert-il de se retrouver élu dans un conseil municipal, dès lors que l'on n'a pas de projet ? Cette question reste, elle aussi, sans réponse.

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