INCLUSION : LEURRE OU VRAIE AMBITION ?
À l'occasion du dernier conseil municipal, l'ancien candidat aux Municipales et actuel conseiller municipal d'opposition, Guillaume Barucq, a interpellé le maire Serge Blanco au sujet de la piétonnisation en ville. Cette harangue, au ton un tantinet agacé, nous fait réagir.
Tout d'abord pour rappeler gentiment - mais sûrement - au médecin généraliste au demeurant respecté de la place, que cette sienne volonté de vouloir absolument proscrire les véhicules du centre était un des projets de son programme électoral et que les Biarrots ont voté... pour quelqu'un d'autre. Autrement dit - et nous le disons sans acrimonie - ils n'en ont majoritairement pas voulu.
Ensuite, en remettant sur la table ce concept de rendre piétonnier tout un périmètre du noyau biarrot, l'élu d'opposition nous offre l'occasion de développer ici une réflexion sur la pertinence d'une telle initiative. Peut-être cette thématique nous tient-elle à cœur parce que durant ses six années de règne arosteguien nous avons vu trop de personnes, jadis très alertes et actives mais n'étant plus en capacité de marcher, évincées du centre-ville faute de pouvoir s'en approcher en voiture.
Lors de la précédente mandature, Sauvegarder Biarritz avait en effet fermement dénoncé cette exclusion organisée des seniors qui représentent pourtant 1 habitant sur 3 en 2023, soit 37% de la population pour les 65 ans et plus et 44 % pour les 60 ans et plus. Ces chiffres sont très au-dessus de la moyenne française.
À Biarritz, plus qu'ailleurs eu égard aux données qui précèdent, entrent donc en considération les notions d'accessibilité, d'inclusion et du droit à la ville.
Selon monsieur Barucq et ses émules - tous en pleine possession de leurs jambes - la piétonnisation du centre-ville est perçue comme une avancée et présentée comme telle.
L'équipe de madame Ezcurra, qui avait fait alliance avec le Dr Barucq au second tour des dernières Municipales, est sur la même longueur d'onde.
Et dans leur argumentaire existe du vrai, que seule une mauvaise foi caractérisée pourrait nier :
-moins ou pas de voitures, c'est a priori moins de pollution, et moins de bruit.
Oui, si l'on élude le fait que les voitures électriques, non polluantes et silencieuses, sont de plus en plus nombreuses, avant de venir remplacer définitivement - et plus tôt qu'on ne pense - les véhicules thermiques.
-Empêcher l'accès aux voitures, c'est inciter à recourir aux mobilités douces, c'est-à-dire, le vélo, le roller et autres engins à roulettes.
Oui, mais ce mode de déplacement alternatif induit une énergie et une condition physique que n'ont malheureusement plus ou peu de nombreux séniors.
-Refouler les voitures, c'est permettre une réappropriation de l'espace public par ses habitants.
Oui, mais cette récupération effective par certains, passe par une confiscation pour d’autres.
Voilà donc comment une démarche, en apparence pleine de sagesse, bénéfique pour le bien-être de tous et la préservation du cadre de vie, voit sa prétendue légitimité contrecarrée, si l'on garde à l'esprit le respect de l'intérêt général et non pas seulement celui des seules personnes valides. Le statut de médecin généraliste de monsieur Barucq l'aura sensibilisé sur cet effet secondaire qu'est l'exclusion de certaines catégories de la population biarrote et de ses visiteurs.
Alors si pour tous ces défenseurs d'une piétonnisation la marche apparaît comme une évidence et la panacée... d'autant plus qu'ils sont en capacité de faire usage de leurs jambes, la tranche d'âge dont ils font partie leur fait oublier les personnes à mobilité réduite, que beaucoup de seniors souffrent d'arthrose quand d'autres souffrent d'insuffisance respiratoire ou cardiaque, de troubles de l'équilibre ou de fatigue chronique. Pour ces derniers, parcourir plusieurs centaines de mètres depuis un parking périphérique ou un arrêt de transport en commun représente un obstacle insurmontable. Ainsi, quand le centre-ville devient inaccessible en voiture ou que les possibilités de dépose par un tiers sont supprimées, la conséquence est simple : ils renoncent à s'y rendre.
De sorte que cette situation discriminante soulève une question de justice urbaine qu'un élu ne peut esquiver : une ville est-elle réellement plus humaine lorsqu'elle devient inaccessible à ceux qui ont le plus besoin de proximité ?
La piétonnisation n'instaure-t-elle pas une forme de ségrégation silencieuse quand les personnes âgées ne sont pas explicitement interdites d'accès mais que les conditions de mobilité rendent leur présence difficile, pour ne pas dire impossible ?
Cette exclusion, sournoise mais réelle, se vit aussi lors d'événements festifs populaires qui sont systématiquement assortis de la fermeture d'axes permettant de s'y acheminer, sous le sceau de créer une ambiance conviviale et de garantir la sécurité. Certes ! Mais pour le senior qui peine à marcher, ou pour celui qui se déplace sur un fauteuil roulant, cela équivaut à une assignation à domicile si l'accès motorisé est totalement supprimé, sans qu'aucune solution de remplacement adaptée ne soit prévue.
Cette réalité force une réflexion sur notre conception, à Biarritz, de l'inclusion. La piétonnisation est à la mode, et sans doute est-elle vertueuse. Mais à nous de la concevoir de manière plus nuancée. Notamment, par le maillage des navettes qui devrait être revu pour qu'elles soient mieux adaptées à un plan de circulation contraint, puis par un accès dérogatoire qui devrait être permis aux personnes à mobilité réduite, sans oublier la création de zones de dépose tout proches, de même que des bancs - lesquels demeurent très insuffisants dans une cité au relief accidenté.
Le nouveau maire Serge Blanco a montré sa considération pour les personnes âgées qui ne peuvent plus arpenter les escaliers de leur résidence et se voient donc confinés, non plus par la loi mais par nécessité. Nous sommes persuadés qu'une fois l'ordre remis dans les multiples dossiers hérités du mandat de madame Arosteguy, il saura, avec cœur et intelligence, appréhender le sujet de la piétonnisation, qui est une tendance générale de l'aménagement urbain contemporain. Ceux qui se pencherons le moment venu sur le sujet devront penser la ville, non pas seulement à partir de leur propre condition physique - autonome et mobile - mais en gardant aussi à l'esprit les plus vulnérables pour qui marcher n'est plus un choix, mais une limite.
Sans doute se trouvent là les critères d'une politique urbaine réussie dans une ville de seniors : des aménagements et des dispositions qui permettent à tous de vivre en collectivité et de former une communauté impartiale. Et si l'on parvient à ne croiser que des vélocipèdes tous respectueux des règles, alors les enfants pourront jouer sans danger, les adultes flâneront sans crainte, et nos aînés fragiles continueront à pleinement conserver un lien avec la vie de la cité.
