ENTRE ACCÉLÉRATEUR ET FREINAGE : QUAND LA NOUVELLE MUNICIPALITÉ DOIT RÉCUPÉRER LE CONTRÔLE
Souvent, après un changement de maire, s'opère une sorte d'épuration du personnel en mairie, en particulier les chef et directeur de cabinet, le Directeur Général des Services, l'équipe chargée de la communication ou encore le rédacteur en chef du Magazine municipal.
Cette grande lessive suscite généralement des critiques - y compris des prédécesseurs qui ont pratiqué les mêmes purges dès leur arrivée aux affaires - quand d'autres considèrent que cela est de bonne guerre, voire indispensable pour que soit engagé d'un bon pied un renouveau dans la gestion et les pratiques municipales.
D'autant, il est vrai, que le maintien d'administratifs embauchés par l'ancienne administration à des postes-clés peut poser des problèmes de transparence, d'objectivité et de neutralité, sans parler du risque de fuites d'informations.
Intervient d'ailleurs une question délicate : où se situe la frontière entre l'administration et le politique ?
S'agissant de la plupart des agents administratifs, nul doute qu'ils traitent les dossiers de la municipalité indépendamment de la majorité politique.
Mais qu'en est-il des proches collaborateurs de l'édile, lesquels occupent des postes dont la mission première est d'apporter leur professionnalisme pour l'aider, ainsi que ses adjoints, à mettre en œuvre leur projet politique ?
Alors et surtout que la réussite des objectifs à atteindre repose principalement sur une relation de confiance très étroite avec le fraîchement élu, rendant improbable qu'elle soit garantie par une équipe choisie par son prédécesseur. Car au-delà de considérations affectives ou de compatibilité d'humeurs, ce sont surtout les orientations politiques qui sont nécessairement très différentes, puisqu'elles ont donné lieu au remplacement du maire.
Le succès de la nouvelle majorité sous-entend aussi que les critères de recrutement des proches collaborateurs du maire n'aient pas privilégié la loyauté politique au détriment des compétences.
Biarritz n'échappe pas à la règle de ce qui précède.
Selon une rumeur que nous envoient les embruns qui arrivent jusqu'à nous, il semblerait que des volontés explicitement exprimées par le nouveau maire Serge Blanco se heurtent à la réticence de quelques chefs de service à appliquer les nouvelles directives et qui font donc de la résistance : un véritable soka-tira.
Il est ici utile de répéter que madame Arosteguy a recruté environ 70 personnes, en particulier affectées à des postes de commandement. N'y-a-t-il pas de conflits de loyauté ?
Après l'élection de monsieur Blanco, n'a-t-on pas entendu dire en ville, de la bouche du camp arosteguien : «Bon courage, en mairie nous avons miné le terrain !» ? Fanfaronnade ? Pas forcément ! N'a-t-il pas parfois fallu - grâce à sa vigilance - l'intervention musclée de l'adjoint référent pour sortir un dossier d'un immobilisme non-innocent, en tous cas pas conforme aux recommandations ou propositions diligentées et paraphées par le maire ?
Sans doute, chez certains chefs de service ou «gradés» municipaux, la déception et l'amertume éprouvées après l'échec de leur bienfaitrice qui leur a donné l'emploi qu'ils occupent, laissent place à une vengeance sournoise qui s'exprime par une lenteur à agir, pour ne pas dire une inaction pure et simple, dans l'intention de nuire à la nouvelle équipe.
D'autant que dans le même temps les administrés, après six années d'une mandature contestable à tous les niveaux, ont ardemment souhaité un changement dont ils ont été les artisans dans les urnes.
Ils sont tout naturellement impatients de voir des signes forts qui caractérisent une rupture avec l'ancienne administration. Et ces manifestations ont donc lieu d'intervenir très rapidement, dans les trois premiers mois après l'élection.
La propreté de la ville, la baisse du prix du stationnement ou encore le droit de circulation/mobilité dans le centre, la réfection de la voirie, un retour à un agenda d'expositions temporaires, sont des thématiques qui tiennent à cœur aux Biarrots et n'exigent ni de longs délais ni de grands investissements financiers pour que les mesures - révélatrices d'une incurie, d'un manque d'ambition et d'une entreprise assumée d'exclusions de l'ancienne majorité municipale - soient revues et corrigées.
Comme tout un chacun, nous avons déjà vu de nettes améliorations dans l'espace urbain, telle le remplacement d'arbres arrachés durant le mandat Arosteguy et jamais remplacés, ou la réouverture de l'accès au Casino Municipal pour accéder directement à la Grande-Plage - très appréciée par les personnes âgées -, mais aussi dans les secteurs Commerce, Golf, Travaux. Ce dernier portefeuille est loin d'être une sinécure, tant madame Arosteguy a négligé l'entretien du patrimoine immobilier municipal : en plus de l'Église Sainte-Eugénie et des arches du Port-Vieux (20 millions d'euros au bas mot pour remettre ces sites en état), la Ville va devoir tour à tour régler le Tunnel contigu à la piscine du Palais, l'affaissement visible à l'oeil nu de l'esplanade du Casino Municipal sur laquelle l'ancienne mairesse avait inopportunément installé des manèges pour la Noël, des écoles dont celle du Braou, les infiltrations à la Gare du Midi, des passerelles dont celle du Rocher de la Vierge, et même l'Hôtel de Ville dont les faiblesses sont révélées par la chute de blocs de sa façade, etc...
La charge est immense, et ruineuse. Six années passées d'inaction, durant lesquelles l'on a préféré partir en voyage, embaucher à tour de bras et faire plaisir à des copains en finançant outrancièrement un énième festival de cinéma, plutôt que de s'atteler à l'entretien du bâti municipal : l'accessoire plutôt que l'essentiel, le tape-à-l'oeil plutôt que l'indispensable mais invisible pour le promeneur.
Voilà des sujets graves, préoccupants même, qui devraient susciter l'intérêt de la presse locale. Indifférence ? Désinvolture ? Complicité avec les prédécesseurs ?
À propos, le quotidien Sud-Ouest a récemment relaté l'impossibilité vécue par un jeune détenteur d'une carte PMR (Personne à Mobilité Réduite) d'accéder en voiture à la Côte des Basques lors des Casetas, la route étant fermée au niveau du Café de l'Impératrice. La sécurité lui aurait dénié l'ouverture de la barrière, arguant que le passage n'était réservé qu'aux seuls ayants-droits et aux vélos. Puis, le rapporteur Sud-Ouest indique que madame Marie-Claude Albanesi - adjointe aux mobilités - croisée sur les lieux quelques minutes plus tard et informée de l'incident, réglera la situation dès lendemain. L'occasion, pour le journaliste anonyme de la rubrique du «Brouillarta» du 13 juin dernier, de poursuivre en écrivant : «Comme quoi, certains accès s'ouvrent plus facilement avec un carnet d’adresses qu'avec une carte PMR...».
Voilà bien ici une curieuse façon de rendre hommage à une élue agissante - non pas pour le seul compte de ce visiteur empêché de circuler - mais pour tous ceux qui connaissent des difficultés à marcher ou à se déplacer.
Un telle réaction, que nous qualifierons de vicieuse, n'est ni anodine, ni unique.
«Comme quoi», l'ancienne équipe municipale n'a plus besoin de comptes anonymes pour dézinguer la nouvelle majorité en place : elle a Sud-Ouest...
La perversité se lit aussi dans certaines colonnes du magazine municipal ou l'on voit perdurer une coterie installée par madame Arosteguy. Des personnages captieux qui rôdent dans la sphère municipale, exerçant une influence discrète mais réelle.
Souvenons-nous que malgré son grand professionnalisme Muriel Bonneville - directrice de rédaction sous Michel Veunac - n'avait pas été reconduite par la maire Arosteguy... CQFD ?
Espérons que nos nouveaux élus pourront affirmer leur autorité et placer aux postes stratégiques des personnes recrutées pour leurs compétences afin de mener à bien leur noble mission, conciliant ainsi l'exigence d'un contexte favorable pour travailler efficacement et le droit des électeurs à voir appliquer le programme qu'ils ont choisi... le plus tôt possible, pour le bien de notre ville.
