TERRASSES À BIARRITZ : QUAND UN VÉRITABLE ENCADREMENT DEVIENT NÉCESSAIRE
Nous avons vu à Biarritz, sous l'ère Arosteguy, fleurir ou plutôt proliférer - le mot convient mieux – une flopée surprenante d'établissements ayant pour activité bistrot, bar, snack, restaurant.
Un tel phénomène qui a conduit un classement français à placer Biarritz en numéro un par nombre de bars proportionnellement à ses habitants !
Créations de terrasses pour les uns, extension de terrasses pour les autres, il est vrai que ces ajouts altèrent considérablement le panorama visuel de notre ville.
C'est un constat que partagent les Biarrots qui voient un grignotage constant - une sorte d'OPA - du domaine public qui était jusqu'ici réservé aux promeneurs et aux bancs et qui leur est désormais confisqué.
Si notre dernière publication reprenait l'inventaire du mobilier urbain actuellement présent sur le domaine public biarrot et qui abîme les sites naturels et architecturaux de notre ville, bien des terrasses ne sont pas non plus en cohérence avec leur environnement, même si elles répondent au cahier des charges de la Ville.
S'ajoutent à cette inadéquation esthétique les superficies d'exploitation autorisées par la commune qui, elles aussi, dépassent trop souvent la limite du raisonnable.
Ces exagérations sont encore une fois le fruit du mandat Arosteguy qui aura d'un côté théorisé le principe de la tranquillité publique, tout en créant de l'autre des conditions d'intranquillité. Probablement des adeptes du en-même-temps.
En effet, nous avons vu plus souvent qu'à notre tour des trottoirs et des places se réduire à peau de chagrin, voire parfois disparaître au profit de terrasses, laissant de facto des passages étriqués sur des axes pourtant majeurs aux flux de plus en plus importants, et contraignant les piétons à des contournements acrobatiques.
Certains établissements de notre ville sont historiques et appartiennent à son patrimoine ; à ce titre, c'est à juste raison qu'ils bénéficient d'autorisations que nul ne saurait remettre en cause, au risque sinon de faire perdre à Biarritz un peu de son âme.
Un bistrot, un bar, un snack, un restaurant ont vocation d'être des lieux d'échanges, et donc de convivialité. Pour autant, cette convivialité des uns ne doit pas empiéter sur le bien-être des autres que sont les riverains et les passants. C'est pourtant ce qui arrive trop fréquemment à Biarritz.
Il n'est pas dans notre intention de nuire à tel ou tel commerçant. Nous ne nommerons donc pas d'enseignes dans ce post, mais elles seront sans doute aisément identifiées par les Biarrots car ces sites se trouvent sur nos places, sur notre front de mer et dans nos quartiers.
Que les gérants de ces lieux de restauration aient à cœur d'optimiser leur activité commerçante, nous le comprenons volontiers ; mais une ville n'est pas soumise à cette exigence et se doit plutôt de veiller à l'intérêt général.
-Une ville a le devoir de préserver des espaces dédiés aux bancs publics et non pas les retirer au seul avantage de privés.
-Une ville a le devoir d'offrir la tranquillité diurne et nocturne aux riverains.
-Une ville doit assurer aux Biarrots et à nos visiteurs un passage aisé et sûr aux piétons, dont des personnes à mobilité réduite, à fauteuils roulants et avec des poussettes d'enfants.
Ça, c'est l'intérêt général qui est à placer en opposition à des intérêts privés.
Il est à déplorer que ces extensions ou créations de terrasses aillent souvent de pair avec une mauvaise image offerte aux passants - propreté défectueuse, mobilier parfois abîmé et souvent encombrant, employés harassés et harassants, alimentation frelatée, émanation d'huiles de cuisson, bancs retirés (!) et surtout... passage obstrué aux piétons.
Inutile de chercher à se faire mousser avec l'ouverture d'une boutique éphémère Chanel quand, dans le même temps, on laisse perdurer ce spectacle bas-de-gamme et incommode aux piétons.
Inutile aussi de stigmatiser des chaînes de fast-food qui chercheraient à s'installer en centre-ville, quand des enseignes existantes non franchisées dégradent le standing de notre cité balnéaire dans l'indifférence générale.
Alors, évidemment, la ville y trouve son compte en encaissant ce que l'on appelle les droits de terrasses, bien que certains bénéficiaires auraient semble-t-il pris l'habitude «d'oublier» de s'acquitter de leurs factures durant le mandat Arosteguy... mais ça, c'est une autre histoire.
Réparties en quatre zones - «Halles», «Premium» (littoral/ zones remarquables), «Centre-ville» et «Périphérie» - une charte tarifaire, avec des augmentations significatives d'année en année, s'applique pour les commerçants qui occupent le domaine public.
Faut-il ici trouver la raison principale au fait que la Ville ferme les yeux sur le délabrement de son espace municipal ? Faut-il ici voir l'explication à la mollesse de la nouvelle municipalité de réviser sa copie quant aux autorisations qu'elle délivre ? Ce serait consternant.
Au conseil municipal du 8 avril 2024, Jean-Baptiste Dussaussois-Larralde - alors élu d'Opposition - interpellait la Majorité Arosteguy sur l'accessibilité mise à mal par des terrasses : «(...) là on parle du côté qualité de vie. On parle de mobilité. On parle d'accessibilité de la ville, notamment aux personnes en situation à mobilité réduite. Je pense qu'il y a certaines rues, certains emplacements - au-delà de la frange littorale dite premium qui est citée ici - sur lesquels il faudrait faire de la pédagogie dans un premier temps. Je ne sais pas si cela existe, mais il pourrait être intéressant de faire passer une charte d'engagement dans le cadre de ce contrat-là pour respecter l'emplacement dédié avec des sanctions, si cela est nécessaire, s'il y a entrave à la circulation et notamment pour les personnes à mobilité réduite. Cela me semble assez important parce qu'il y a plusieurs rues à Biarritz - on le voit tous au quotidien, même quand on est à pied - où il est difficile de passer et on se demande s'il y a réellement une autorisation d'occupation du domaine public. Je vous demande si on peut mettre en place ce genre de contrôle dans un premier temps de communication et de pédagogie, puis peut-être avec des critères de sanction si cela est nécessaire.».
Aujourd'hui, ce même élu est le premier adjoint à la Ville de Biarritz. Et nous pouvons nous en réjouir car il est à espérer qu'il saura - avec l'adjointe Corine Martineau et la conseillère municipale Patricia Suderie, toutes deux déléguées au Commerce - engager une nouvelle manière d'appréhender le domaine public, lequel - faut-il le rappeler ? - appartient à nous tous.
À ceux qui pourraient l'ignorer : une commune a le pouvoir de retirer ou de ne pas renouveler la location du domaine public à un restaurateur. Entre autres raisons, pour ne pas reconduire ce droit de terrasse s'inscrivent le non-respect de l'espace dévolu par la Mairie, les nuisances sonores engendrées, et des difficultés de sécurité et de mobilité.
Il suffit de prendre connaissance d'un document de la Ville de Biarritz intitulé «procédure de demande d'autorisation d'occupation du domaine public pour terrasses et étalages commerciaux», où sont décrites les «conditions de l'octroi de l'autorisation» et les «conditions de refus».
Il est stipulé, noir sur blanc, que «celle-ci peut être retirée à tout moment par la Ville en cas de manquement du bénéficiaire», que «ces autorisations ne confèrent en aucun cas un droit de propriété commerciale», et que «ces autorisations sont données à titre précaire et révocable».
Dans la «Charte des Terrasses et des occupations commerciales du domaine public» - rédigé sous le mandat du maire Michel Veunac - est établi que «Certains espaces publics constituent des sites remarquables qu’il convient de préserver pour ne pas nuire à leur attractivité.».
Il faut combattre le déclin dans lequel notre ville a été engagée et la pollution visuelle - mais pas que ! - imposée aux Biarrots.
Pouvons-nous compter sur la nouvelle municipalité pour voir joindre leurs paroles à des actes ?

