QUAND LE JOURNAL SUD-OUEST SE PERMET DE RAILLER L'ARRÊT MALADIE DE LA DIRECTRICE DE BIARRITZ TOURISME

Peut-on rire de tout ? D'aucuns vous répondront que «ça dépend avec qui». À y réfléchir, peut-être devrait-on davantage dire «ça dépend de quoi».

Un propos discriminant - sous couvert d'humour - envers un handicapé ou une minorité, laisse toujours comme un malaise dans l'air. Une fois la provocation passée, des mots blessants ayant été prononcés, la gêne est là.

Et l'insolence est-elle admissible quand il s'agit de railler un malade ?

Un exemple permet de méditer sur ce qui «se fait» et ce qui relève de la malveillance, du cynisme, voire de la cruauté : celui du quotidien régional Sud-Ouest qui, dans sa rubrique du samedi intitulée «Brouillarta», se fait chaque semaine l'écho de ragots de concierge et autres clabaudages.

Dans ce court encart qui se veut impertinent mais qui ne réussit qu'à être dérangeant, est ciblée la directrice générale de l'Office de Tourisme de Biarritz, madame Geneviève Fontaine.

Chers Biarrots, le 14 février dernier nous vous avions conté sur Sauvegarder Biarritz les divers mauvais comportements et pressions émanant de la Mairie envers madame Fontaine et qui avaient mené à son prévisible burn-out.

Et si l'on vous rappelait le contexte ?

Biarritz Tourisme : en 2021 le directeur partant à la retraite, sa place devient disponible. Avant de postuler, madame Fontaine s'enquiert auprès de lui de l'état de santé de la structure biarrote ; rien ne lui est alors divulgué d’une situation pourtant critique, notamment les graves problèmes administratifs et de ressources humaines, les dérives de fonctionnement, le mauvais état des bâtiments municipaux dont Biarritz Tourisme a la gestion locative...

Madame Fontaine est alors embauchée par la Majorité Arosteguy et prend ses fonctions à l'été 2021. Puis, alors qu'elle tente de remettre Biarritz Tourisme sur la voie d'une administration rigoureuse, la Cour des comptes enquête sur les comptes de l'EPIC Biarritz Tourisme pour la période précédant son arrivée, c'est-à-dire les exercices 2017-2021. La nouvelle directrice se voit ainsi contrainte de devoir s'expliquer sur les méthodes et pratiques de ses prédécesseurs.

Une fois ce difficile et inattendu épisode traversé, madame Fontaine se focalise sur le sens de sa mission et définit un cadre qu’elle souhaite donner aux cinquante salariés qu'elle a sous sa direction, dans le respect de moult obligations et règles qui incombent à un EPIC.

Contre toute attente et alors même que la Ville de Biarritz s'est récemment faite remarquer - et condamner - par la Cour des comptes, la Mairie manifeste ses volontés à la directrice générale. Des volontés... difficiles à motiver, pour ne pas dire impossibles à légitimer donc à accorder, au risque de se mettre en danger et se retrouver à son tour pointée du doigt.

Pressions, harcèlement, hiérarchie toxique : n'y tenant plus, Geneviève Fontaine se voit mise en arrêt de travail par son médecin qui constate sa souffrance psychique et physique.

De tout ce qui précède, le journal Sud-Ouest n'ignore rien : pourquoi donc ses journalistes ne se sont-ils pas intéressés à recueillir le témoignage de la directrice générale de l'Office du Tourisme ?

Pourquoi regarder ailleurs ? Ce silence serait-il une prise de position politique ?

Le prix Nobel de la paix Desmond Tutu a exprimé toute sa sagesse en clamant : «Si vous êtes neutre dans les situations d'injustice, vous avez choisi le camp de l'oppresseur.».

Le rédacteur de l'encart annonce la couleur en titrant : «convalescence électorale».

Madame Fontaine est accusée - à mots à peine voilés - d'usurper son arrêt maladie puisqu’elle a accompagné un candidat aux Municipales des Sables d'Olonne.

Voilà qu'un engagement citoyen - qui devrait être loué par tous - est ici présenté comme... limite. Mais faire campagne pour un candidat et sa liste n'est pas incompatible avec les problèmes de santé qu'elle rencontre.

Ce serait même recommandé, car cette diversion lui permet de se changer les idées et de ne pas ressasser ses malheurs subis au sein de Biarritz Tourisme.

À n'en pas douter, il sera loisible à ce journaliste de mener une enquête sur les différentes pathologies qui relèvent d'un arrêt maladie ; ici, il semble chercher la complicité du lecteur. Lecteur dont implicitement on attend qu’il soit dépourvu de cette part d'humanité qui l'empêchera de tourner en dérision une personne qui est en souffrance.

C'est à se demander à quoi imputer si peu de sollicitude : serait-ce des relents du soutien du journal à la maire sortante ?

Plus grave encore, le Sud-Ouest se nourrit d'une polémique inventée par un compte Facebook dont le contenu ordurier a jeté en pâture nombre de personnalités de notre ville, à commencer par notre maire Serge Blanco. Ce compte - qui émane du très, très proche entourage de madame Arosteguy - s'était déjà permis de débiter nombre d'informations relevant de la vie privée de Geneviève Fontaine, avait caricaturé sa personne et avait eu la primeur d'ironiser sur son arrêt maladie. Honte à eux.

Quant à l'écrivailleur de comptoir aux mille métiers, qui, bonnet à la tête - sans doute de crainte que le peu de cervelle dont il dispose ne se volatilise - et verre de rouge à la main, se fait l'interprète des élucubrations d'un duo maléfique... qu'il reçoive la marque de notre plus profond dédain.

Si l'on peut parfois emprunter un ton badin ou moqueur pour dénoncer une situation, cela devient choquant quand il s'agit de mettre en cause une femme qui est dans un épuisement mental et émotionnel incontestable.

Pour rire d'un malade, encore faut-il prendre en connivence l'intéressé lui-même. L'auto-dérision peut être une forme de thérapie, mais elle ne peut être imposée de l'extérieur.

Rire de soi c'est une chose, rire d'autrui est une autre démarche.

Et si le rire peut aider à guérir, il est avéré que la moquerie, elle, n'a jamais remis quelqu'un sur la voie de la guérison.

Le rédacteur «inspiré» du quotidien Sud-Ouest qui s'est adonné à cette saillie y trouverait-il une portée comique si sa propre situation était en cause ? Par exemple, si sa propre hiérarchie le plaçait sous une pression égale à celle subie par madame Fontaine, au point d'en faire un burn-out. Serait-ce drôle ?

L'attitude transgressive d'en rire serait-elle alors admissible ?

Le rire a ses limites : notamment celles de la morale et du droit.

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