RECHARGE DE VOITURES ÉLECTRIQUES SUR SON ESPACE PUBLIC : LA VILLE DE BIARRITZ DÉPASSE LES BORNES !
La Ville de Biarritz nous a présenté, avec force communication comme elle sait si bien le faire, un réseau public de bornes pour les véhicules électriques comportant plus de 80 points de charge «E-City» sur environ 17 stations pour la recharge quotidienne, et 24 points «E-Fast» répartis sur 4 stations pour des recharges plus rapides.
Toujours selon le narratif de la municipalité biarrote, ces bornes seraient fonctionnelles et accessibles 24h/24, avec paiement par carte e-Totem, Carte Bancaire ou applications mobiles.
Un projet d'extension, jusqu'à 219 points de charge, a été annoncé et promu au début de 2024 comme un plan ambitieux pour amplifier l'infrastructure locale.
Mais depuis cette communication politique idyllique, l'exploitation réelle s'avère déplorable.
C'est récurrent à Biarritz, le vécu par les Biarrots n'est pas conforme au discours de la majorité Arosteguy.
Face à un réseau performant annoncé, ce sont des problèmes durables d'exploitation que les usagers rencontrent.
Autrement dit, sur le papier, la Ville de Biarritz et ses guides touristiques affichent des dizaines de bornes, bien réparties et accessibles… mais la réalité du terrain révèle que beaucoup de bornes ne sont pas opérationnelles - avec parfois des technologies déjà obsolètes au moment de la mise en service -, et que plusieurs stations recensées comme «installées» par e-Totem, montrent en fait 0 bornes fonctionnelles dans les registres publics.
Une synthèse claire et documentée dresse, pour Biarritz, au début 2026, un état des bornes de recharge pour véhicules électriques basé sur des sources officielles et des recensements de réseaux.
La base nationale de données publiques, data.gouv.fr (IRVE), y recense ainsi des bornes gérées par l'opérateur e-Totem, mais avec un bilan consternant :
Concrètement, sur plusieurs points de recharge publics référencés à Biarritz, il est dénoncé :
-Rue de la Bergerie : 5 bornes, toutes indiquées comme non fonctionnelles au dernier relevé.
-Rue Luis Mariano : 5 bornes, non fonctionnelles.
-Avenue de la Reine Nathalie : 5 bornes, non fonctionnelles.
-Avenue de Verdun : 5 bornes, non fonctionnelles.
-Avenue du Golf : 7 bornes, non fonctionnelles.
-Parking Rue de Madrid : 12 bornes (y compris des points hautes puissances), non fonctionnelles.
Alors qui est vraiment responsable de cet échec, qui commande ?
Les Biarrots doivent savoir que le donneur d’ordre d'un tel dispositif n'est généralement pas directement la mairie, mais le syndicat d'énergie départemental. Dans les Pyrénées-Atlantiques, c'est Territoire d’Énergie 64 (ex-SDEPA) qui pilote le déploiement.
La Ville de Biarritz, elle, autorise l'implantation de bornes électriques sur l'espace public, mais ne gère pas l’exploitation.
En 2023, La Ville de Biarritz a lancé un appel à initiatives privées (AAPC) pour désigner un exploitant de bornes sur son domaine public. Cela ne constitue pas une délégation de service public complète, mais une autorisation d’occupation du domaine public (AODP) :
La procédure vise l'installation et l'exploitation de bornes sur voirie. Le prestataire retenu se rémunère uniquement sur les recettes issues des bornes - c'est le paiement des usagers -, sans subvention municipale.
La durée maximale d'occupation est de 10 ans, ce qui veut dire que la ville donne un droit d'occupation du domaine public à un opérateur, plutôt qu'un contrat complet de service public comme le fait Territoire d’Énergie 64 (TE64) pour l'ensemble du département.
Quant à l'exploitant, à Biarritz c'est e-Totem, choisi via une délégation de service public (DSP) formalisée par avis de marché (Avis n° 24-108120). C'est Territoire d'Énergie 64 qui signe le contrat cadre avec l’opérateur, et non directement la Ville de Biarritz avec e-Totem dont la mission est d'assurer aux usagers le raccordement, la maintenance du réseau et le service client.
E-Totem s'engage à financer 100 % du programme d'investissement et à déployer des points de charge (les 219 points annoncés dans un article de début 2024).
Quant au barème tarifaire, qui fixe les prix ?
Le cadre tarifaire est généralement validé par le syndicat d'énergie, mais l'opérateur jouit de la prérogative d'appliquer et d'ajuster ses tarifs.
De sorte, que quand les choses ne roulent pas comme sur des roulettes, quand émergent des problèmes chacun se défausse : la mairie dit «ce n'est pas nous», e-Totem dit «ce n'est pas nous seuls» et le syndicat d'énergie reste invisible pour le public.
Existe aussi la question de la signalisation : la voirie et les panneaux sont sous la responsabilité de la commune. Mais étant donné que la borne elle-même est sous la responsabilité de l'exploitant, si un panneau manque ou est mal placé, chacun se renvoie la balle.
L'on assiste en réalité à une responsabilité éclatée, avec aucun pilote clairement identifiable pour le citoyen.
Un cercle vicieux s'installe alors : des bornes certes installées et inaugurées avec force communication, mais inutilisables, et qui ont pour conséquence une désaffection des usagers, laquelle entraîne une rareté d'entretien et, du coup, encore moins d'usagers.
L'on assiste alors à des stations fantômes, officiellement existantes, mais hors service pendant des mois et des mois. Il suffit de circuler dans les rues biarrotes pour constater ces bornes électriques, soit cernées de barrières car ne fonctionnant pas, soit portant une mention signalant leur état de hors service.
Cela ne devrait pas être une fatalité. Pourquoi ce statu-quo ? Car même avec une AODP/DSP, la Ville n'est pas impuissante. Surtout si elle a bien cadenassé le contrat, en ayant prévu des clauses de mise en demeure officielle, de pénalités, puis la résiliation pour faute si rien ne bouge. Si les villes n'osent pas activer ce levier, il est pourtant juridiquement réputé solide.
Elle peut exiger un taux de disponibilité minimal, souvent supérieur ou égal à 95 % dans les contrats IRVE et demander des rapports de maintenance et de supervision, en imposant des délais de remise en service sous 48 heures ou 72 heures.
D'autant que c'est la ville qui a le contrôle de la voirie, de la signalisation et des arrêtés de stationnement.
Elle peut donc refuser ou retirer la signalisation aux bornes non fonctionnelles, conditionner tout nouvel emplacement au résultat d'un bon fonctionnement faisant preuve d'un taux de disponibilité réel. Ces initiatives peuvent mettre une pression très directe sur l'opérateur, car une borne invisible est une borne morte économiquement.
En tout état de cause, la Ville ne peut poursuivre en arguant «ce n'est pas nous !». Elle pourrait plutôt publier une cartographie officielle avec l'état réel des bornes, en établissant clairement qui est responsable, qui maintient, qui facture, à qui signaler un problème, de sorte que la responsabilité devient lisible, donc contrôlable.
Même si le contrat est départemental (TE64), la ville peut et doit exiger un comité de suivi trimestriel spécifique à Biarritz avec les différents intervenants (TE64, l'opérateur et les services techniques municipaux) et de le documenter officiellement.
À défaut d'un écho favorable, il eut été à l'évidence plus porteur de dénoncer juridiquement ces dysfonctionnements, plutôt que les nombreux litiges stériles mais coûteux pour les finances municipales que la Ville de Biarritz entretient ou initient, mais qui n'apportent rien aux Biarrots.
In fine, elle aurait pu reprendre la main en ne renouvelant pas son contrat à l'échéance, ou en le renégociant avec l'AODP.
Si la garantie d'une amélioration de la situation n'est pas fournie, la ville se doit de rechercher un nouvel opérateur, avec un contrat d'une durée plus courte, des obligations beaucoup plus contraignantes pour lui, en stipulant notamment des pénalités automatiques.
Pourquoi laisser un opérateur seul maître à bord ?
Pourquoi ne pas confier l'exploitation à une SEM locale ou à une régie municipale, ou encore à un opérateur sous contrat de service, pas en concession ?
C'est un choix politique fort pour la Ville de Biarritz qu'investir, exploiter, fixer les tarifs, et assumer la maintenance.
En échange, les avantages sont évidents : à la fois pour les usagers auxquels on assure une maîtrise totale et une cohérence avec la politique de mobilité, que pour une image de marque positive de la Ville.
Les usagers - Biarrots et touristes - qui possèdent un véhicule électrique mais ne disposent pas d’un système de recharge privé, sont dans une totale détresse face à la pénurie de bornes électriques opérationnelles à Biarritz.
Le prochain maire devra donc, urgemment, faire un audit public des bornes réellement fonctionnelles, avec une mise en demeure formelle des prestataires défaillants et, inévitablement préparer une sortie du modèle actuel à échéance. Qu’on se le dise !
