OCEAN START : PÔLE D'EXCELLENCE À VENIR OU PROJET MORT-NÉ ?
Au départ, et ne connaissant ni les tenants, ni les aboutissants de l'affaire, on ne pouvait qu'applaudir à la création à Biarritz d'un Centre de biomimétisme marin et d'économie bleue qui œuvrerait dans la recherche et l'innovation.
Censé accueillir des chercheurs et des entrepreneurs, ce projet avait pour mission d'être un pôle scientifique, économique et pédagogique tout à fait en lien avec notre ville tournée vers l'Océan.
De semblables structures existent aux Etats-Unis, en Allemagne, au Royaume-Uni et au Japon, avec des moyens considérables injectés, et en cherchant un peu, on en trouve aussi un à Senlis, dans l'Oise. Cocorico !
Ayant «pour objectif de valoriser le biomimétisme, qui est un processus d'innovation visant à imiter les modèles, systèmes et éléments de la nature pour résoudre des problèmes techniques et sociaux», la commune s'est jetée à corps perdu dans son édification.
Hélas, ce Centre Européen d'Excellence en Biomimétisme de Senlis - le CEEBIOS - n'a pas rencontré le succès escompté, malgré un grand investissement de la ville accueillante.
Pire encore, en 2019, la Chambre régionale des comptes faisait état d'un bide retentissant en relevant l'absence d'équilibre économique et une gouvernance imparfaite de la structure.
Des centaines d'employés préconisés, seule une vingtaine - parfois une trentaine - d'employés ont été dénombrés ces dix dernières années. Un fiasco ? Encore une fois, le rapport de la Chambre est cinglant en indiquant que «Le CEEBIOS n'a pour l'instant pas abouti à la réalisation d'opérations significatives liées à la recherche et à la production industrielle.».
Réprimandée par son conseil municipal et par une ville tout entière, la maire de Senlis - Pascale Loiseleur - avoue que «C'était un coup de poker.». Comme si on dirigeait une ville à coups de paris douteux. Si cette expérience est malheureuse pour l'Oise - et nous en sommes sincèrement désolés pour eux - elle doit tout de même inciter ceux qui dirigent et dirigeront notre ville à la plus grande prudence.
Voir ainsi, à Biarritz, ce projet revenir sur le tapis, paraît ubuesque ! Comment, alors que l'échec cuisant de Senlis est à nos portes, seulement envisager d'emmener les finances de notre ville vers le mur ? C'est tout à fait irresponsable.
Un temps - sous le mandat de Michel Veunac - envisagé sur le terrain qui fait face à la Cité de l'Océan, de nombreux détracteurs - pas toujours dénués de calcul politique, soyons juste - avaient dénoncé son implantation géographique. La maire actuelle faisait partie de ceux-là.
Avec du recul et quand on met de côté la portée économique de ce Centre, la sincérité oblige à dire que le projet de l'architecte Patrick Arotcharen était magnifique. Sa témérité architecturale et sa parfaite intégration au site, grâce à ses toits végétalisés et la déclivité du terrain, auraient été autrement plus esthétiques que le trou béant qui est actuellement offert à nos yeux.
L'architecte Arotcharen a déjà fait de belles réalisations pour la Ville de Biarritz, parmi lesquelles le Collège Fal et le groupe scolaire des Thermes-Salins.
Madame Arosteguy - alors candidate aux Municipales - percevant tout ce qu'il y avait à gagner à exploiter ce projet en le dénigrant pour faire campagne, faisait partie des détracteurs du projet et déclarait dans une réunion publique en octobre 2019 qu'il fallait : «éviter de dépenser 12 voire 15 millions d'euros et de commencer sagement un projet peut-être d'avenir avec deux millions d'euros et si ça marche et bien on voit où on peut se développer, en tous cas on pourrait s'y développer puisque les 2.000 m2 dont on a besoin, on a encore 4.000 m2 disponibles à la Halle d'Iraty.» !
En mars 2020 et à quelques jours du scrutin, madame Arosteguy remettait le couvert : «Pour ma part, je souhaite une sanctuarisation des zones vertes situées en zone littorale. Ni ce projet, ni Biarritz n'ont besoin d'un bâtiment Totem hors de prix, avec vue sur mer, qu'il soit biomimétique ou non. Ce que je propose est tout le contraire de ce projet financièrement dispendieux et écologiquement dangereux (…) Un Maire responsable ne saurait avoir la folie des grandeurs et imposer son caprice hors-de-prix aux contribuables du territoire...».
En septembre 2020, fraîchement élue, la maire concède une interview au support Mediabask : «Le projet de biomimétisme est un bon projet, j'y suis favorable. Mais j'estime que la localisation sur Biarritz - et pourtant Dieu sait si j'aimerais bien qu'il y ait de l'économie bleue à Biarritz - était un caprice de politique. Ça ne suivait pas une logique scientifique et de rationalisation des deniers publics. Il faudra qu'on revote. Le projet ne se fera pas sur cette zone-là, comme je m'y suis engagée. Je proposerai qu'il se fasse à Saint-Jean-de-Luz, sur les anciens locaux de Quiksilver.».
À suivre son raisonnement, c'est peu sympa pour les deniers luziens !
Puis, volte-face ! En 2021, madame Arosteguy et la CAPB relancent la machine pour installer ce Centre sur les terrains Gélos : mais est-ce possible de se dédire ainsi ?
Rappelons-nous qu'avant son élection, elle contestait certes l'emplacement, mais aussi la pertinence même de l'existence du projet.
Tout d'un coup, il ne lui paraît plus si absurde pour aller le défendre en agglomération...
Pourquoi nous revient-il en tête la déclaration qu'avait faite Corine Martineau, qui la décrivait comme «une derviche tourneur» ?
Nous l'avons dit ce matin : les terrains Gélos sont un foncier rare, à l'emplacement stratégique et aux possibilités immenses. Il s'agit de ne pas laisser gaspiller cette opportunité pour des projets futiles ou dispendieux.
Le CEEBIOS - sorte de pendant au projet Ocean Start -, bien que séduisant dans son intention, n'a pas été une expérience payante pour Senlis. Serait-il donc raisonnable d'engager les Biarrots dans pareille aventure ?
