LOCAUX DE LA POLICE MUNICIPALE : QUATRIÈME VENTE-DILAPIDATION DU MANDAT AROSTEGUY

Il faut se pincer pour le croire. Et on a beau le savoir, on se dit que ce n'est pas possible, qu'un maire ne peut pas faire ça.

Un maire ne devrait-il pas travailler pour le seul intérêt de sa ville ? N'est-ce pas le fondement même de la mission d'un maire ?

Auberge de Jeunesse, Villa Sion, Villa Fal et, ici, les anciens locaux de la Police municipale : madame Arosteguy aura, avec une célérité qui interroge, non pas vendu, non pas cédé, mais bien DILAPIDÉ des biens qui ne lui appartenaient pas et qui faisaient partie de notre patrimoine commun. Être maire ne donne pas le droit de disposer d'un patrimoine municipal que nos Anciens ont patiemment et pertinemment constitué, par achat ou par donation.

Vendre, à vil prix, des locaux ayant un emplacement aussi stratégique dans l'immeuble de La Poste - en plein centre-ville - à proximité immédiate des Halles et de la Place Clemenceau, ce n'est pas une faute. C'est un scandale.

Passez donc devant le numéro 3 de la rue Jaulerry. Vous aurez peut-être l'impression qu'il s'agit d'un local sans intérêt. Il n'en est rien : ce lieu, à fort potentiel, compte 460m2 et une cour avec stationnements.

Mais commençons cette histoire par la fin.

Les Domaines estiment les locaux de la police municipale à 1.400.000€.

Ils seront donc bradés à des privés à 3.000€/m2, sans que soit tenu compte des quatre emplacements de stationnement en plein air (soit 4 fois 80.000€), ce qui en réalité représente une cession, au mètre carré, à 2.348€.

2.348€ ! Quand on sait que ce bien se trouve dans une zone où les prix atteignent allègrement les 8.000€ le mètre carré... la ristourne laisse rêveur.

Lecteurs, il n'est pas nécessaire de vous expliquer que les réserves foncières publiques à Biarritz sont rares et davantage encore en centre-ville ; or la méthode Arosteguy, c'est la privatisation du bien public, la méthode Arosteguy c'est jouer en faveur d'intérêts particuliers.

C'est bien regrettable car...

-On aurait pu y accueillir le foyer de l'Age d'Or et où les adhérents seniors auraient profité d'une cour en plein air. Notons aussi l'accès facilité en rez-de-chaussée, ainsi que l'arrêt tout proche de la navette gratuite et du bus au pied de la rue Jaulerry.

-On aurait pu y faire de l'habitat partagé pour seniors, avec des espaces en commun.

-On aurait pu y faire un lieu d'exposition. Depuis la fermeture au public de la Crypte Sainte-Eugénie, AUCUN espace municipal n'est venu en remplacement pour accueillir de l'expression artistique.

-On aurait pu y aménager une dizaine de petits logements sociaux et permettre un semblant de mixité sociale en cœur de ville.

Appel à candidatures : après la désaffectation et le déclassement de ce patrimoine communal, c'est ce procédé de désignation d'acquéreur que la Ville de Biarritz a choisi, au conseil municipal du 31 janvier 2022.

S'y est déroulé une mémorable passe d'armes entre l'élue d'opposition Nathalie Motsch - ancienne adjointe à l'Urbanisme - et Maud Cascino - actuelle adjointe à l'Urbanisme, lors de laquelle les Biarrots ont pu constater l'incompétence de cette dernière dans la gestion d'un dossier pourtant bête comme chou.

En effet, madame Cascino présente l'option de vente pour bureaux ou pour logement en précisant que les discussions entre la Mairie et la copropriété concernée ont abouti à une limite de quatre logements, auxquels la Ville a rajouté leur affectation à la résidence principale pour une durée de 15 ans.

-Madame Motsch s'exclame devant le fait que la Ville ne choisisse pas d'y créer du logement pour des familles, par le biais du PLS (Prêt Locatif Social) ou du BRS (Bail Réel Solidaire).

«Ça veut dire qu'on va céder de la surface publique à des propriétaires privés qui, dans quinze ans, pourront le revendre sur le marché du libre en faisant une culbute de 2 ou 3 ! Ce n'est pas possible. On peut faire ça de privé à privé, mais pas de public à privé !»

-Madame Cascino répond en faisant référence aux copropriétaires : «Et à votre avis, vous pensez qu'ils auraient accepté ?».

-Madame Motsch s'élève contre ce propos plus que douteux : «Vous avez un problème avec le logement social, Madame ? Enfin, où est le problème ? (…) Qu'une adjointe à l’Urbanisme ose dire dans une enceinte, on est quand même en Conseil Municipal : "Je ne pouvais pas obtenir une autorisation d'une copropriété pour faire du logement social parce que vous comprenez", trois petits points ! Il faut vous regarder quand même dans la glace ! C'est honteux !» !

-De son côté, Patrick Destizon nous informe : «Je rappelle qu'il y a à peine deux-trois ans, nous avons engagé beaucoup d'argent pour y loger la police municipale. Donc ce local a été aménagé à cette fin. Voilà de l'argent public qui part encore en fumée puisque ce n'est pas sa destination, vous avez décidé autre chose. (...) C'est un peu dommage aujourd'hui de s'en débarrasser. Il faudrait arrêter peut-être de tout vendre, parce que ça commence à faire un peu beaucoup».

-Jean-Baptiste Dussaussois Larralde : «On est en train de tout vendre, de tout dilapider. On a effectivement ici un bien immobilier qui est extrêmement bien placé, qui peut se transformer en logement, qui peut aussi accueillir des associations qui aujourd'hui n'ont plus de locaux, qui peuvent accueillir des services, que ce soit de la municipalité ou du département, des guichets uniques, puisque, on le sait et c'est précisé dans la délibération, il y a des places de parking à disposition. Ç'aurait pu être particulièrement judicieux de le garder. On va se retrouver avec de nouveaux acquéreurs qui dans quinze ans vont revendre ça à prix d'or, et nous, Ville de Biarritz, on n'aura plus rien ! On n'aura plus d'immobilier, on ne pourra plus loger les habitants, on n'aura plus aucun endroit pour loger les associations, on n'aura plus de place pour les guichets uniques de services aux populations. Je trouve ça extrêmement dommage et très dangereux de dilapider notre patrimoine de cette manière. (...). À mon avis, c'est très dangereux ce qui est fait, et il n'y a aucune stratégie.».

-Sébastien Carrère : «Je suis très demandeur du PV de l'Assemblée générale de l'AFUL, parce que je m'interroge vraiment comment on peut écrire et justifier que l'on autorise la création de la destination logement, mais pas de logement social. Le logement social n’est pas une destination. Dans le Code de l'Urbanisme il y a neuf destinations, le logement en est une, mais il n'y a pas de destination "logement social". Donc j'aimerais que vous me communiquiez cette décision de l'Assemblée générale. Merci.».

La maire l'assure de le lui communiquer mais, faute de réception, monsieur Carrère réitère sa demande au conseil municipal suivant... toujours sans effet. Cette opacité se déroulera tout au long du mandat sur nombre de délibérations.

Il est à noter que les huit élus de l'opposition ont voté contre cette cession.

Le temps passe... Au conseil municipal du 26 juin 2023, madame Arosteguy entame son discours teinté d'un certain cynisme : «d'un projet qui est un peu tombé du ciel et qui est un cadeau» en actant le choix de la cession des locaux à trois médecins : Cécile Labeau-Gaüzère, Anne-Charlotte Menjot et Raphaël Gaüzère. Pour être un cadeau (!) ça l'est... mais sûrement pas pour la ville de Biarritz.

Brice Morin, démuni d'information sur les clauses de la cession, est prudent et alerte : «Nous voulons savoir les garanties sur la destination et la durée de ce projet. Donc que ce soit pour la L'Auberge de Jeunesse, La Villa Fal ou Le Royal, encore une fois si on vend, rien ne nous dit qu'après les travaux, qu'après un an d'activité ou pas, ce ne soit revendu, ou dans 10 ans, ou même dans 20 ans. Est-ce qu'on a des certitudes, des garanties ou pas ?».

Non, monsieur Morin, il n'y en a pas !

Jean-Baptiste Dussaussois Larralde est - à son habitude - pragmatique : «On pense à Biarritz, mais ce sont des praticiens qui sont en exercice à Bayonne, donc ils vont partir de Bayonne. Est-ce qu'ils vont être remplacés à Bayonne ? Alors bien sûr, on peut s'arrêter en se disant que ce n'est pas notre problème, mais je pense que c'est une question qu'il faut vraiment se poser par esprit de cohésion du territoire pour qu'on n'aille pas finalement vider un verre pour le remplir de l'autre côté. Ça c'est une vraie question.».

Déshabiller Pierre pour habiller Paul... quelle vision !

Patrick Destizon, lui, s'étonne fort justement du choix de vendre alors qu'«un bail commercial de 10 ans» aurait pu être privilégié.

Madame Arosteguy réplique : «La Ville a besoin de rentrer des financements.».

Monsieur Destizon goguenard : «Vous n'avez pas besoin d'argent. (…) Vous avez plus de 15 M€ d'épargne de gestion. Vous avez trois ans et demi sur le budget principal de capacité de remboursement dynamique de la dette. Vous n'avez absolument pas besoin de vendre le patrimoine communal. Il n'y a jamais eu autant d'argent dans les caisses à Biarritz !».

Et oui, l'élu est économiste, il sait de quoi il parle, lui... n'en déplaise à madame Arosteguy qui, dans cette délibération, se félicite de n'avoir «pas vendu au plus offrant». Ce qui chez elle deviendra une habitude, nous le savons !

Sébastien Carrère, toujours au fait des documents d'urbanisme, fait apparaître une anomalie qui entache la délibération : «Je suis étonné par le document estimatif des Domaines, car il paraît tronqué. On a la nature du bien, l'adresse, la valeur, évidemment. Habituellement, on a la durée de validité de l'évaluation. (…) Est-ce que vous avez vérifié que ce document est complet ? Parce que là, on parle de la validité de la délibération, tout simplement. On dirait qu'il y a eu un problème sur le document. Vous pouvez le regarder sur vos tablettes. On n'a pas la description du projet, la description du bien, la situation juridique, etc.».

Gêne générale ! Après un réflexe d'agressivité de la maire, une suspension de séance est ordonnée et le document complet soumis à l'examen des élus.

Voici les votes dans les rangs de l'opposition : ABSTENTIONS (Lysiann Brao, Brice Morin, Jean-Baptiste Dussaussois Larralde), CONTRE (Nathalie Motsch, Sébastien Carrere, Patrick Destizon), POUR (Guillaume Barucq et Corine Martineau).

À la suite de ce conseil municipal, Patrick Destizon et Sébastien Carrère ont judicieusement déposé un recours gracieux, avec copie au sous-préfet, pour faire annuler la vente. Peine perdue.

Cet espace, cédé à un cabinet gynécologique qui était auparavant installé à Bayonne, lui a permis de réaliser une belle opération immobilière et un investissement qui a été amorti avant même d'ouvrir. Tant mieux pour eux, mais c'est très dommageable pour notre richesse patrimoniale commune.

Pompon de l'affaire : Nous éprouvons tout de même un malaise à la lecture de la programmation biarrote pour la Journée Internationale des Droits des Femmes. Une des gynécologues du cabinet - madame Anne-Charlotte Menjot - intervient à cette journée et figure en bonne place dans le programme de «Parcours de Femmes» organisé par la Ville de Biarritz.

Curieux mélange des genres... plutôt assez dérangeant qu'une personne, ayant bénéficié de l'achat très avantageux d'un bien communal, soit maintenant mise à l'honneur dans la Ville même où elle exerce.

Avec cette Majorité Arosteguy, on n'en est plus à ça près !

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