TERRAIN SYNTHÉTIQUE À AGUILERA : CHRONIQUE D'UNE DÉPENSE INAPPROPRIÉE
La ritournelle, on la connaît.
Était-ce le rôle de la Ville de Biarritz de financer - pour le BOPB - le remplacement, par du synthétique, du gazon du terrain Larribau ?
Est-ce que cela ne relevait pas plutôt du devoir de l'emphytéote BOPB ?
Il est à noter que parmi les Biarrots qui s'expriment à ce sujet et même en étant parfois supporters du club, ils estiment que cette facture n'était pas à être épongée par leurs contributions.
1.450.000€ : ce chiffre vertigineux - qui est tout de même dans la fourchette haute de ce que doit coûter ce type d'installation - peut surprendre. Et à juste titre.
De plus, il est à se souvenir que cette bagatelle n'aura même pas été votée en conseil municipal, mais simplement inscrite à celui du 16 décembre 2024 comme un «Contrat de Mandat Public pour la réfection de la pelouse du terrain de rugby du stade Larribau à Biarritz», avec une procédure de «Marché passé sans publicité ni mise en concurrence (quasi-régie)» pour un montant de 45.000 € TTC, presque cachée dans la dernière délibération sous l'intitulé «Signature de marchés publics» avec des tas d'autres commandes publiques, cela dénonce une gêne certaine de la Majorité. On cherchait à ce que ça ne se sache pas ? Tiens, tiens, pourquoi tant de cachotterie ?
Au conseil municipal suivant du 27 janvier 2025, l'élue Corine Martineau manifestait son incompréhension à ce passage en force. Tenant tête à la maire Arosteguy qui affirmait que cette décision n'obligeait pas à passer par un vote de l'assemblée, l'élue Martineau aspirait, elle, à un débat démocratique et non à une mise au pied du mur. Nombreuses sont les questions qui auraient pu être soulevées au cours de ce débat : l'opportunité d'une telle dépense à prélever sur les deniers municipaux, le choix d'un gazon synthétique ou naturel, le panel d'offres en la matière...
Puis Guillaume Barucq, médusé, est intervenu à son tour : «Là, je ne comprends pas, donc il faut m’expliquer. On va financer une pelouse à 1,40 M€ sans délibération, sans vote, parce que vous avez mis une délibération cheval de Troie à 45.000 € ?!».
Et oui cher monsieur : c'est ça la gouvernance Arosteguy. Pas de débat, pas d'écoute, pas de dialogue. Qu'on se le dise. Et surtout qu'on s'en souvienne.
Mais pour Madame
Arosteguy, pas de problème ! En deux tours de cuillère à pot, elle
explique que le terrain Coubertin étant déclassifié - vous savez,
pour son projet fou de bétonnage d'Aguilera -, qu'il fallait bien
compenser auprès du club professionnel ce retrait en lui payant une
pelouse synthétique.
Quand on sait le nombre de fois où madame
Arosteguy a eu recours au prétexte de la cour régionale des comptes
pour ne pas honorer ses engagements auprès du club, et
qu'aujourd'hui elle fait payer au contribuable biarrot un dispositif
qu'il revient exclusivement au BOPB de régler ! Les analyses à
géométrie variable sont une constante chez la girouette Arosteguy,
c'est même sa définition.
Arrive le conseil municipal du 15 décembre dernier : à l'ordre du jour l'approbation du fonds de concours de la CAPB à hauteur de 588.346€. Un apport financier dérisoire mais à la mesure de l'insignifiance de cette Majorité municipale au sujet du projet avorté de rénovation du stade.
Pour Guillaume Barucq, cette participation financière le laisse sur sa faim : «la communauté d'agglomération aura donc participé à hauteur de ce fonds de concours même si on est très loin des 2 millions d'euros que l'on avait votés pour l'Aviron Bayonnais en tout début de mandat. Mais si l'on fait l'état des lieux du stade, c'est sûr que par rapport au super-stade que nous avions proposé aux Biarrots dans notre lettre aux supporters du Biarritz-Olympique : un super-stade, écologique avec des espaces commerçants, des espaces événementiels... Bon !».
Puis de poursuivre : «Refaire la pelouse j'allais vous dire que ça coûte pas cher ! Enfin si, ça a quand même un certain coût. Ça a des avantages, ça a des inconvénients. (…) moi, j'ai quand même des limites sur le tout-synthétique. C'est vrai que tous nos terrains sont aujourd'hui synthétiques ; ce n'est pas forcément la meilleure des choses au niveau écologique parce que les terrains absorbent moins l'eau, ce n'est pas non plus la meilleure des choses au niveau de la traumatologie parce que les joueurs peuvent aussi s'y blesser. C'est sujet à débat. Mais moi, en tous cas, je ne suis pas partisan de mettre du synthétique partout.».
Dans un coin de
France où l'herbe ne demande qu'à pousser - il suffit de se
promener dans l'arrière-pays pour le constater -, la démarche peut
paraître curieuse de préférer le synthétique au
naturel.
D'ailleurs, à ce jour, nombre d'équipes de la ProD2
(Aurillac, Carcassonne, Colomiers, Dax, Valence Romans) ont choisi de
maintenir une pelouse véritable.
Madame Arosteguy, elle, déclare son incompétence : «un terrain synthétique dont je suis bien incapable de vous dire si c'est bien, si c'est mieux ! C'est ce qu'ils voulaient, c'est ce qu'ils nous ont demandé et c'est ce qu'on a pu dans un cadre strictement légal leur offrir.».
Sans se renseigner, sans savoir, sans barguigner, comme ça, il suffit de demander ? Messieurs Aldigé et Gave, quand vous lirez ceci...
Puisque madame Arosteguy nécessite - encore - les cours du soir, les voici.
Il y a beaucoup d'avantages à la pelouse naturelle, le premier étant tout de même la matière. Que l'on soit sensible à l'environnement ou pas, on ne peut se satisfaire que du plastique soit préféré à de la belle herbe.
Le deuxième atout concerne les joueurs qui voient les blessures et les chocs - chutes, glissades et plaquages - bien mieux amortis sur la pelouse naturelle que sur le synthétique qui comporte un sol dur. Les rugbymen témoignent d'une fatigue articulaire moindre après-match lorsque la partie a été jouée sur de la pelouse naturelle.
Le plastique irrite, et
les brûlures provoquées par celui-ci sur les joueurs sont tout de
même un sujet.
Bien sûr qu'un terrain synthétique demande un
entretien allégé sur les plans de l'arrosage et de la tonte et
permet une meilleure résistance en cas d'usage intensif. Mais le
confort des joueurs prime et ceux-ci se sont exprimés, à de
multiples reprises à travers la France, pour marquer leur large
préférence à la pelouse naturelle.
Prenant en considération tous ces paramètres, nombre d'équipes du Top14 ont basculé vers le compromis d'un gazon hybride, c'est-à-dire pelouse naturelle avec ajout de fibres synthétiques cousues dans le sol.
Guillaume Barucq est goguenard envers la maire : «On a refait la pelouse. Bon sur six ans, à côté des grandes promesses, madame le maire, que j'entends encore : du super-Aguilera avec des investissements qui se montaient à des dizaines de millions d'euros ! Franchement, quand on va au stade et qu'on arrive à la tribune Serge Blanco et qu'on voit dans quelle état elle est... bon ! J'espère pour le BOPB qu'il aura un avenir plus radieux et que la prochaine municipalité, dès le début du mandat, se souciera de cette problématique que l'on a pour ce stade qui sert au rugby professionnel mais qui pourrait servir à bien d'autres événements.».
Patrick Destizon, fidèle à lui-même, observe, note et s'interroge sur l'aspect légal de la chose : «Je ne vais pas reprendre tout ce qu'a dit Guillaume Barucq. Mon intervention sera donc très courte. Disons simplement - pour synthétiser - que par rapport à vos engagements de 2020, la montagne aura accouché d'une souris parce qu'on est quand même très, très loin de ce que vous aviez promis. Mais bon, 580.000€ je vais les voter. Bien entendu que je vais les voter. On ne peut pas refuser un fonds de concours comme ça... mais enfin ! Je me demande quand même comment vous allez faire pour justifier d'avoir investi un million et demi d'euros puisque c'est à peu près le coût du terrain sur un bail emphytéotique ! Là, je serais très curieux de savoir ce que vous allez répondre à la cour des comptes régionale... Ça m'intrigue beaucoup. Là, franchement ! Je suis curieux de le savoir.».
Question gênante ? C'est à croire ! Car Patrick Destizon n'obtiendra aucune réponse de la maire et, par extension, les Biarrots non plus.
Ce qui est certain, c'est que le prochain édile devra répondre des agissements de madame Arosteguy à la cour régionale des comptes.
Souhaitons-lui d'ores et déjà «Bon Courage !».
