BIARRITZ : LA DÉLOCALISATION DE LA CULTURE SOUS LE MANDAT AROSTEGUY

«La Culture est l'âme de la démocratie !» Cette phrase, dite par l'ancien Premier ministre Lionel Jospin, nous oblige à une réflexion intérieure.

Sous emprise des pouvoirs autoritaires, glorifiée par les peuples émancipés, la Culture est indissociable de la promesse de liberté des démocraties.

Dans le pire des régimes, la Culture peut n'être qu'un outil au service d'un pouvoir, d'un parti, d'une idéologie, d'une personne.

Dans les grandes démocraties, la Culture permet le récit de la diversité des parcours, la coexistence des pensées, la critique politique, la liberté d'expression.

Ne transigeons donc pas pour permettre à tous les courants de s'extérioriser et que l'Art, sous toutes ses formes, soit, à Biarritz, promu.

Vous vous en rappelez probablement : à la mi-décembre, nous vous avions relaté dans nos colonnes le surprenant échange, lors du conseil municipal du 15 septembre dernier, entre l'élue d'opposition Corine Martineau et madame Arosteguy sur le sujet Culture à Biarritz. Rebelote au conseil municipal du 15 décembre où le débat s'est à nouveau porté sur la politique culturelle de la Majorité municipale lors de la délibération mélangeant allègrement les subventions aux associations, qu'il s'agisse de Culture, de Sport Amateur et de Sport Pro.

Ce n'est pas inintéressant de laisser parler certaines personnes pour connaître la profondeur de leurs sentiments : nous en avons encore eu la preuve avec ce qui suit.

La création du festival Nouvelles Vagues semble - à écouter madame Arosteguy et ses adjoints référents monsieur Bach et madame Pinatel - être strictement due à une supposée demande faite par le secteur tourisme de la Ville de «remplir les hôtels et les restaurants.».

Monsieur Bach affirme que «Le mois de juin est un mois qui est très creux» et souhaite «faire venir les touristes» pour combler ce soi-disant vide.

Biarritz n'a pas vocation à être un permanent terrain de jeu du Tourisme, un Disneyland de plein-air. C'est le cri des habitants de cette ville et même de ceux qui viennent goûter au calme que peut offrir le Pays Basque hors-saison. Sachons donc respecter ce souhait populaire.

Corine Martineau - adepte d'une programmation culturelle de qualité - déplore : «Vous parliez de festivals, de creux, mais vous l'avez créé aussi le creux puisque vous avez enlevé le Festival des Arts de la Rue qui était au mois de mai, qui était un superbe festival avec des artistes vraiment fantastiques. Beaucoup de Biarrots, certains gens de l'extérieur - de la périphérie - des Espagnols, des gens de Bayonne, etc, venaient. Donc le creux, vous l'avez créé...».

Madame Arosteguy choisit de revendiquer son vide culturel en atout pour le Pays basque ! C'est hardi, mais quand on manque d'arguments... : «Alors on va mettre tout le monde d'accord. Je le redis une fois de plus. Biarritz n'est pas une plateforme isolée au sein du Pays Basque, Biarritz fait partie du Pays Basque dans lequel de très nombreuses communes amies et voisines travaillent énormément sur le volet culturel et que aujourd'hui il faut voir la Culture à l'échelle du Pays Basque et non pas à l'échelle de nos communes et la Culture, les événements se complètent.».

Puis madame Arosteguy poursuit : «Aujourd'hui, nous avons un extraordinaire musée qui vient de rouvrir au Pays Basque qui s'appelle le Musée Bonnat, qui bientôt deviendra le Louvre au Pays Basque - je l'imagine ou en tous cas je le souhaite. Donc certains festivals s'arrêtent sur une commune, pour reprendre dans une commune voisine. Le Festival des Arts de la Rue est passé sur Anglet, donc on peut parfaitement aussi aller à Anglet. Je pense que c'est bien que l'on ait une vision un petit peu plus élargie du territoire dans lequel plutôt que d'essayer d'avoir chacun son exposition, son festival, son machin, son feu d'artifice, on puisse voir de façon beaucoup plus large et on ne peut, de toute façon, que se féliciter du caractère extrêmement complet et qualitatif de la vie culturelle aujourd'hui sur le Pays Basque, ce qui n'était pas forcément le cas il y a une vingtaine d'années.».

Un peu d'histoire s'impose : si le Musée Bonnat existe, c'est grâce à l’exceptionnel don du collectionneur bayonnais Léon Bonnat qui, à l'orée du XXème siècle, permet la création d'un espace muséal. Puis, les maires successifs de Bayonne ont fait leur part, et plus particulièrement l'actuel en la personne de Jean-René Etchegaray, qui lui a donné une nouvelle impulsion en restaurant les œuvres, en rénovant le bâtiment existant, en créant de nouveaux espaces publics et de conservation, en doublant la superficie d'exposition ; 7.000m2 composent aujourd'hui l'ensemble du Musée Bonnat-Helleu.

Que monsieur le maire Etchegaray, son adjoint à la Culture Yves Ugalde, la Majorité municipale bayonnaise et la directrice du pilotage du projet Sabine Cazenave, soient ici remerciés pour leur dynamisme et leur remarquable réalisation !

Quant à la maire qui assume complètement le fait que la Ville de Biarritz se dessaisisse d'un Festival - ce «machin» dit madame Arosteguy -... ces propos laissent songeur. Car quel maire de France n'aurait à cœur de défendre prioritairement les intérêts de sa commune ? Quel maire pourrait se réjouir de la disparition d'événements culturels de sa commune ? À priori personne, et pourtant...

Corine Martineau ne se laisse pas endormir par une maire qui formule des propos hors-sujet : «Je n'ai jamais dit le contraire. J'ai juste dit qu'il y a des festivals qui ont disparu.».

Madame Arosteguy s'enferre dans des explications qui ne sauraient convaincre un nouveau-né : «Le Festival des Arts de la Rue avait lieu un week-end où il y avait beaucoup de monde et que, ce que nous a expliqué le directeur de la Culture, c'est qu'il avait de plus en plus de mal à trouver des compagnies d'artistes de qualité disponibles sur cette période-là, donc il y avait bien une explication technique sur la disparition du Festival des Arts de la Rue...».

Corine Martineau s'étonne : «Alors à Anglet, ils trouvent et pas à Biarritz ? Bizarre !».

Madame Arosteguy patauge : «Ils ont peut-être pas les mêmes critères que nous. Chaque ville a son regard sur ses politiques et c'est...».

Corine Martineau désabusée : «Il y a aussi les Étoiles de l'Opéra qui sont partis à Anglet...».

Madame Arosteguy lui répond sèchement : «Et tant mieux !».

Nous y voilà. Madame Arosteguy se réjouit maintenant du vide culturel qu'elle a créé !

Mais à quelques mois des élections municipales, ce fameux «creux» deviendra un boulet !

Selon la «logique» de la maire Arosteguy qu'il ne faut pas voir les choses «à l'échelle d'une commune» mais à l'échelle du «territoire», nous comprenons qu'elle n'aurait jamais encouragé la création d'une polyclinique puisqu'il existe un hôpital à Bayonne, pas de médiathèque ou de piscine puisqu'il y en a à Anglet, et bientôt plus de club de rugby puisqu'il y a en un à Bayonne, pas d'Aquarium puisque l'on en compte un à Monaco, et ainsi de suite...

En suivant cette même logique, à Biarritz il n'est pas nécessaire de créer un festival de cinéma puisque celui de Cannes nous a précédé, ainsi que 700 autres disséminés à travers la France.

Le franco-chinois Gao Xingjian - prix Nobel de littérature - émet une sage pensée : «La culture n'est pas un luxe, c'est une nécessité.».

Et si la Culture est une nécessité indispensable à toute société, elle s'exprime sous multiples formes.

La Culture ne s'oppose pas, elle est complémentaire. Quand on agit pour le Théâtre, ce n'est pas une autorisation à délaisser la Danse ! Quand on promeut la Musique, pourquoi renoncer aux Arts plastiques ? S'intéresser à la Littérature voudrait-il dire abandonner la Photographie ?

Nul besoin de détailler que le bien qui a été fait en matière de Culture à Biarritz est l'héritage d'anciens maires et de personnalités dynamiques.

Quant à ce mandat, il a été marqué par la suppression d'un festival, l'abandon d'événements marqueurs et l'effacement d'une politique ambitieuse en expositions d'art.

C'est un choix politique, confirmé, assumé, revendiqué par madame Arosteguy.

Un proverbe africain nous apprend qu'«un homme sans culture, c'est comme un zèbre sans rayures». Qu'en est-il des femmes ?

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