LA «CONCERTATION» À BIARRITZ : ENCORE UNE DUPERIE ?
Il nous a été donné d'entendre, lors du conseil municipal du 15 septembre, des choses pour le moins surprenantes. L'une d'elles - au sujet du projet de bétonnage sur la Plaine sportive d'Aguilera - a été dite par madame Arosteguy : «La concertation, elle aura lieu.».
Cette phrase, délivrée avec une grimace de dégoût, en dit long sur le respect que madame Arosteguy porte aux Biarrots qui s'expriment sur le devenir de leur ville.
Car est-il nécessaire de répéter que ce qui pourrait se construire, en ce lieu emblématique, demeurera peut-être un siècle et au-delà ?
Quant à cette «concertation» promise, on peut aisément s'interroger quand elle aura lieu. Quand les carottes seront cuites ?
Toujours au cours de ce même conseil municipal, il a été question de la clôture du dossier du quartier Kléber. Quartier Kléber qui, rappelons-le, a été porté par l'ancien maire Didier Borotra et a permis de créer un véritable nouveau quartier dans la ville de Biarritz.
502 logements y ont vu le jour dans une surface d'environ quatre hectares, en même temps que des rues, des chemins, et des espaces végétalisés.
À ce sujet l'élu d'opposition Patrick Destizon se souvient : «J’ai une remarque. Je suis sûrement le seul dans cette enceinte qui a voté la création de ce budget annexe. C'était il y a 20 ans. 20 ans pour développer un projet de cette envergure. C'est le temps qu'il faut pour mener un projet à bien. Je crois qu'aujourd'hui tout le monde reconnaît la qualité du projet, l'insertion du projet dans la Ville. Mais ce projet a donné lieu à beaucoup de travaux, beaucoup d'études, beaucoup de concertations. Et à l'époque de Didier Borotra, j'étais dans l’opposition, mais Didier Borotra nous a associés. Didier Borotra a fait des réunions, oui, madame le maire.».
Il nous apparaît intéressant d'établir ce parallèle entre les constructions à Kléber (500 logements) et ceux qui sont en projet à Aguilera (250-300 logements).
Cette collaboration concertée engagée avec l'intégralité du conseil municipal et donc, par extension, avec tous les électeurs, a permis de bâtir un projet complet, accepté par tous les acteurs politiques et admis très largement par la population biarrote. Et pourtant, on le sait, Didier Borotra n'était pas homme à se laisser assujettir... mais il avait l'intelligence de comprendre qu'un tel projet d'ampleur devait prendre en considération la pluralité des positionnements.
Mais cette collaboration voulue par le maire Borotra, entre Majorité et Opposition, et dont monsieur Destizon vante aujourd’hui les mérites, Madame Arosteguy la conteste : «C’est une vaste plaisanterie, Monsieur Destizon !».
Monsieur Destizon : «Non ! Laissez-moi finir. Didier Borotra a fait des réunions et croyez-moi, je n’étais pas toujours tendre avec lui. Mais il a fait des réunions, il a fait de la concertation, il a expliqué le projet. Il y a eu des Commissions générales. Et oui, je tiens à le dire. Ce projet a mis 20 ans. Il est arrivé, et aujourd’hui il est admis. Vous auriez dû faire la même chose. Vous auriez pu vous en inspirer.».
Madame Arosteguy : «Excusez-moi, je peux tout entendre, mais ça non. Didier Borotra a décidé de ce quartier dans un appel à projets et non pas dans un marché de... voilà, dans un marché...».
Monsieur Destizon : «Vous n’allez pas refaire l’histoire puisque j’y étais, pas vous.».
Madame Arosteguy : «Moi aussi, j’y étais.».
Monsieur Destizon : «En 2005, vous n’étiez pas élue.».
En effet, l'élu Patrick Destizon a bonne mémoire : madame Arosteguy est «entrée» en politique en 2008 - sur la demande de Jean-Benoit Saint-Cricq - alors que la loi paritaire de 2007 était passée par là, contraignant donc les listes à compter un nombre égal d'hommes et de femmes.
Et lors d'une interview télévisée en 2023, madame Arosteguy l'avait confirmé : «On est venu me demander, parce qu'on avait besoin de femmes, de participer à une liste pour les élections municipales. C'était en... 2008, je crois. J'étais déjà pas si jeune que ça et franchement, moi, la politique ça ne m'intéressait pas plus que ça. Je crois d'ailleurs que je n'allais pas forcément voter à toutes les élections. Je voyais ça comme un monde masculin, un peu magouilles d'ailleurs. C'est un peu l'image qu'on a parfois, ça magouille là-dedans. Ça ne m'intéressait pas vraiment.».
Contredite, Madame Arosteguy concède : «Non, pas en 2005. Mais après quand Erilia est venue et s’est emparée...».
Monsieur Destizon : «Le projet était parti. La réflexion elle a eu lieu entre 2005 et 2008 essentiellement. Après, une fois que le projet est arrêté, il roule.».
Madame Arosteguy : «Enfin, j'étais déjà Biarrote à l’époque. Même si je n’étais pas élue, je ne me souviens pas de réunion de concertation sur le projet Kléber. (...)».
Monsieur Destizon : «Il y a eu une concertation avec l’Opposition. Vous n'arrêtez pas de me couper le micro, je suis obligé de prendre un coup à gauche et un coup à droite. Je suis centriste, alors ça ne me pose pas de difficulté. Enfin, bref ! Tout ça pour vous dire qu'il y a eu au moins, avec l’Opposition, un certain nombre de réunions, de Commissions générales pour expliquer. Vous n’y étiez pas. Mais entre 2004 et 2008, il y a eu un certain nombre de concertations que, vous, vous n'avez pas menées sur le projet Aguilera.».
Mais madame Arosteguy poursuit dans son déni des faits rappelés par monsieur Destizon et clame que «Kléber (qui) n'a pas été concerté avec les Biarrots.».
Monsieur Destizon, incrédule, lui réplique : «C’est faux ! Vous n'y étiez pas ! Qu'est-ce que vous en savez ?».
Madame Arosteguy : «Je n’y étais pas, mais j'étais Biarrote. J'étais contribuable.».
Monsieur Destizon : «Vous n'étiez pas aux Commissions générales. Vous êtes en train de me dire ce qui était, alors que vous n'y étiez pas. C'est un peu fort !».
Même mise devant le caractère mensonger de son allégation, madame Arosteguy s'obstine : «Je ne vous dis pas qu'il n'y a pas eu de Commissions générales. Je vous dis qu'il y a eu une Commission générale sur le quartier Aguilera, sur un plan-guide. Plan guide qui a été élaboré en concertation avec les Biarrots. Je vous dis que cette concertation n'a pas existé avant la Commission générale pour travailler sur Kléber. Je ne me souviens pas en tant que Biarrote que j'ai été concertée à aucun moment. Je me souviens d'une large concertation pour travailler sur l’agenda 21. J'avais beaucoup apprécié, mais il n’y avait pas eu de concertation sur le projet Kléber.».
Patrick Destizon conclut : «Vous êtes incroyable ! Vous réécrivez l'histoire. Mais je suis désolé, vous ne réécrivez pas l'histoire. Vous savez, il y a le réel. Et le réel, il n'est pas ce que vous dites. Cela ne s'est pas passé comme ça. Bien sûr, Didier Borotra, une fois qu'il avait tranché, il avait tranché. Dieu sait si je n'ai pas toujours été tendre avec lui. Mais avant, quand même, il y avait eu une réflexion. D'ailleurs, nous ne nous sommes pas opposés à ce projet. J’ai voté. Je crois que toutes les oppositions de l'époque ont voté ce projet. Nous l'avons voté ! Nous avons voté Kléber de A à Z. Vous pouvez reprendre les délibérations. J'ai voté toutes les délibérations sur Kléber. Et, ce n'est pas un hasard. Je l'ai voté parce qu'on nous l'a expliqué et parce qu'on nous a fait participer à ce projet. C'est tout.».
Il est utile de rappeler aux lecteurs que les conseils municipaux n'ont été filmés et donc mis à la porté de connaissance des citoyens biarrots qu'à partir de 2014. Comment madame Arosteguy peut-elle en effet se prévaloir de tout savoir sur les modalités de ce dossier elle qui, de surcroit, dit n'avoir pas été intéressée par la politique avant 2008 ?
Guillaume Barucq s'interpose et dit qu'«il faut repartir sur les bases et insister dessus. Pourquoi est-ce que Kléber a été une réussite ? C’est qu'on est parti d’un centre technique municipal désaffecté et imperméabilisé, et on en a fait un projet urbain intelligent, une zone stratégique, en désimperméabilisant les espaces. Je salue d'ailleurs les services de la Ville qui ont fait de ce projet une réussite. Donc, dès le départ, on avait choisi le bon site. Et quand vous comparez avec Aguilera, qui est un plateau sportif qu'on devrait sanctuariser, en fait votre projet, votre idée, madame le maire, est mauvaise dès le départ parce que ce n'est pas l'endroit pour faire ce type de projet. Et si l'intention finale est de faire un Kléber à Aguilera, alors là ! On vous dit non d’office, et c'est pour cela qu'on empêchera que vous mettiez une brique supplémentaire à ce projet.».
On a vraiment un esprit de consensus parmi les élus de l'Opposition : Guillaume Barucq, Lysiann Brao, Sébastien Carrère, Patrick Destizon, Jean-Baptiste Dussaussois Larralde, Corine Martineau, Brice Morin, Nathalie Motsch et Richard Tardits.
Tous sont contre le projet tel qu'imaginé par la Majorité Arosteguy.
Aucun n'a été concerté malgré leur expérience sur les plans juridico-légal, environnemental, social et historique.
L'Opposition a fort à faire devant ceux que Raymond Devos décrivait ainsi : «On a toujours tort d'essayer d'avoir raison devant des gens qui ont toutes les bonnes raisons de croire qu'ils n'ont pas tort !».
