CONSTRUCTIONS À BIARRITZ : ENTRE COM' ET RÉEL

Fin septembre, nous avions évoqué le PLUi (Plan Local d'Urbanisme Infracommunautaire) au cours duquel des modifications étaient à noter. Pièce importante de la politique municipale, ce texte dessine les contours urbanistiques de notre ville.

Rendant compte à ses lecteurs de ce nouveau Plan, le journal Sud-Ouest avait, le 19 novembre 2025, curieusement titré son article «Nouveau plan d'urbanisme : plus de nature et moins de constructions» alors même que nous assistons au bétonnage d'Aguilera voulue par cette Majorité municipale et à cette nouvelle possibilité d'augmenter, tant l'emprise au sol que la hauteur des constructions, sur pas moins de trois quartiers : Beaurivage, Milady et Pétricot.

Qui cherche-t-on à tromper avec ce titre aguicheur, en partie démenti à la lecture de l'article ?

Constatant que «Le futur PLUI ne convient pas à tout le monde» - ainsi que le titre cette fois-ci Sud-Ouest le 26 novembre 2025 -, il est fait état d'anormalités de ce nouveau Plan. Tiens donc ! Comme quoi, il convient d'étudier un sujet avant de s'en remettre aux éléments de langage des élus/communicants de la ville.

Parfois il faut prendre sa loupe et regarder les choses telles qu'elles sont, et non comme certains ont intérêt à nous les vendre ! Qu'en est-il donc ?

Dans un épais dossier, remarquablement préparé par la Communauté d'Agglomération Pays Basque (CAPB) - un état des lieux des communes est dressé sur leur aspect architectural, géologique, météorologique, environnemental, paysager, patrimoine bâti, écologique, démographique, mobilités : tout y passe.

Nous aurons d'ailleurs l'occasion de revenir plus en détail sur certains aspects qui imposeront, à la nouvelle Majorité biarrote, de prendre de nouvelles dispositions.

Pour l'heure, revenons sur une contradiction majeure qui s'opère entre un discours de retour à la nature et une réalité de densification urbaine.

Lors du conseil municipal du 15 septembre, Guillaume Barucq donnait l'alerte : «derrière le bétonnage d’Aguilera - et, c’est là qu'il faut bien lire - vous nous proposez deux autres secteurs à urbaniser, et alors là, en allant totalement à l’encontre des belles intentions écologiques. Parce que j'ai envie de vous dire que le PLUi, c'est pour la transition écologique et c'est pour la nature. Mais en l'occurrence, pour trois quartiers que sont Pétricot, Beaurivage et Milady, vous nous proposez tout simplement de dépasser le coefficient d'emprise au sol existant et de dépasser le vélum des constructions avoisinantes. Ce qui veut dire, en clair, qu'on va construire sur une assiette plus large, qu'on va imperméabiliser encore plus de sols, qu'on va augmenter les risques d’inondation sur notre ville et, accessoirement pour ces habitants des quartiers Pétricot, Beaurivage, Milady, il faut savoir que demain on pourra construire en face de chez vous une maison plus élevée, tout en restant dans la moyenne du PLUI. Il y a quand même un cadre, mais moi il me semble que c'est un dérapage complet.».

Et l'élu d'Opposition de poursuivre : «Alors on pourrait se mettre d'accord pour travailler sur la hauteur, de manière concertée... L'urbanisme à Biarritz, ça a toujours été de la dentelle. Mais là, y aller avec une délibération comme ça, qui va permettre à tout nouvel acquéreur d'augmenter l'assiette de sa construction..!».

Puis d'en venir au quartier de la Négresse : «Il y a un deuxième quartier, et là aussi ça m'a un peu surpris - mais vous allez peut-être nous éclairer - où c'est pareil. Alors, on prétexte qu’on va refaire l'entrée de Ville, c’est-à-dire que voilà on va refaire l'entrée de la gare qui le méritait bien, mais on en profite. On nous dit : bon bien, tant qu'à faire, vu qu’il va y avoir un bus à haut niveau de service qui va passer, on va aussi augmenter l’emprise au sol de 40 à 50 % dans cette zone. Donc qu'est-ce que cela veut dire derrière ? Cela veut dire qu'on va faire une cité à l’entrée de Biarritz pour accueillir les visiteurs et mettre encore plus d'immeubles dans une zone qui en contient déjà pas mal. Moi, madame le maire, que les choses soient claires, on est allé trop loin dans l'urbanisation et jamais je ne suivrai des engagements d'une municipalité qui iront vers plus de béton à Biarritz. Parce que pour l’instant, c'est ça que vous nous proposez : Horizon béton. (…) On est une des villes les plus denses du département. On n'a pas besoin de densifier davantage. Il y a des solutions pour potentialiser le logement existant. Il y a des solutions pour ne pas imperméabiliser plus. Mais en tous cas, aujourd’hui, on ne peut pas continuer dans cette direction si on veut s'en tenir donc aux intentions politiques affichées.»

L'élu d'Opposition Jean-Baptiste Dussaussois Larralde voit loin et envisage déjà la modification de ce PLUi : «Vous savez qu'aujourd’hui on a accès à des données dans tous les sens et on ne les regarde pas. Alors si on prend le nombre de logements au kilomètre carré sur le département, Biarritz est la ville la plus dense. (...) Donc finalement, ce que vous nous proposez ici, c’est complètement décorrélé de la réalité et de ce que vivent les Biarrots au quotidien. (..) Le PLUi, le Plan Local d'Urbanisme, c'est un document qui est au service d'un projet. Il ne faut pas se dire finalement on est contraint par le PLUi. Le PLUi se modifie. La preuve en est, vous êtes en train de le modifier pour un horizon, une destination que j'ignore et que les Biarrots ignorent. On a du mal à comprendre où vous voulez en venir. Le seul élément qui me donne un peu de plaisir, c'est de me dire que lors de la prochaine mandature, peut-être une prochaine majorité, ce PLUi sera à nouveau modifié pour être plus adapté aux besoins des Biarrots et aux réalités que vous semblez ignorer.».

Lors du conseil municipal «remake» du 24 octobre, Guillaume Barucq enfonçait à nouveau le clou : «Or, ce que vous nous proposez à l'heure actuelle, c'est d'augmenter le terrain d'assiette, c'est-à-dire le coefficient d'emprise au sol des constructions donc dans les quartiers Pétricot, Beaurivage, Milady, le quartier de la Gare... donc vous demandez en dérogation au PLUi à AUGMENTER ENCORE la base sur laquelle on va pouvoir construire ! Donc ça va à l'encontre des objectifs élémentaires de transition écologique ! On a une ville imperméable qu'il faut désimperméabiliser, donc vous me diriez on va désimperméabiliser, on va passer de 40% à 30% d'emprise au sol, je vous dirais très bien. On va dans la bonne direction. Là, vous nous demandez de passer de 40% à 50% ! Donc il faut bien que les citoyens se rendent compte qu'Aguilera c'est l'arbre qui cache la forêt de la sur-urbanisation qui nous guette !».

La réponse de l'adjointe à l'Urbanisme - madame Cascino - semble être bien loin de la réalité du terrain : «On doit densifier ! La loi ZAN fait que malheureusement on n'a pas le choix ! On devra reconstruire la ville sur la ville ! C'est comme ça !».

Ce fatalisme n'a pas lieu d'être. Car quand on est un élu responsable qui défend son territoire, on n'abdique pas ainsi. On va défendre, sur pièces, ses arguments devant les législateurs, devant les ministres, et on utilise ses contacts dans le milieu de la Presse pour faire évoluer des règles qui sont parfois inapplicables à certaines communes.

Attention donc ! Car cette intensification urbaine, préconisée dans ce nouveau Plan, conduira à une inévitable sur-densification que des communicants nous vendront encore avec la belle formule de «requalification».

C'est cela regarder le réel en face, que d'aucuns cherchent à cacher derrière le leurre d'une «nature» qui est bien plus vendeur.

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