BIARRITZ : LA CULTURE ET LES SUBVENTIONS MUNICIPALES
Après le débat engagé par Guillaume Barucq quant à l'opportunité que l'argent public subventionne le club de rugby Professionnel BOPB, l'élu d'opposition a souhaité porter à l'ordre du jour le versement municipal, chaque année, au festival de cinéma «Nouvelles Vagues».
Cet événement, lancé par madame Arosteguy, aura, en effet, été bénéficiaire de 130.000€ en 2022, 350.000€ en 2023, 350.000€ en 2024. et 315.000€ en 2025, totalisant 1.145.000€ en quatre ans.
Il faut rajouter à cela ce qui a été présenté au conseil municipal du 15 décembre dernier comme «un premier acompte de 160.000€». À ce jour donc 1.305.000€ !
Alors, on peut - posément - s'interroger sur le bien-fondé que l'argent public serve à cela.
La Ville de Biarritz a-t-elle les moyens de poursuivre son accompagnement dans de tels événements, alors même que la Majorité n'a de cesse de clamer que l'argent est rare ?
Doit-elle recentrer son action culturelle au service d'autres causes, moins coûteuses et à grand public ?
Ce festival a-t-il vraiment besoin d'une telle subvention, alors que son budget annuel est d'environ deux millions d'euros ?
Ne pourrait-il davantage impliquer des partenaires privés et même être aidé dans cette démarche par l'élu afférant ?
Ne pourrait-on apporter un soutien dans d'autres proportions ou autrement à ce festival ? Cette question peut aussi se poser à l'endroit d'autres festivals qui bénéficient eux aussi d'importantes subventions.
Il ne faut pas voir ces interrogations comme un jugement de valeur ou un manque d'intérêt pour ces festivals, mais seulement comme une réflexion qui devra s'imposer face aux dotations de l'État qui baissent et aux priorités absolues qui s'imposent en notre ville après un mandat de jachère.
Guillaume Barucq alerte: «Madame le maire, vous avez créé votre propre festival de cinéma - avec notre nom d'ailleurs, c'est assez marrant, de parti politique local. Vous avez choisi Biarritz Nouvelle Vague, comme notre nom. Je dis "votre" parce que c'est le seul événement où vous n'invitez QUE votre majorité à l'inauguration. Et d'ailleurs, chaque année vous faites la photo de la majorité à Nouvelles Vagues - donc c'est un peu particulier - et autant, bon je n'ai absolument rien contre ce festival, mais ça fait pareil... Depuis le début que l'on vous demande le coût global de cette manifestation et que l'on ne l'a toujours pas eu ! C'est-à-dire combien coûte au total cette manifestation et à quel niveau est-ce qu'elle est autofinancée, parce que ça fait partie aussi des choses que l'on va devoir évaluer, tous les festivals. On ne pourra peut-être pas tout financer, à la même hauteur, avec les contraintes budgétaires qui nous attendent. Donc voilà, madame le maire, on mélange beaucoup de choses dans cette délibération : le social, le sportif amateur, les festivals de cinéma et donc le sport professionnel qui, à, mon avis, ne relève pas de notre compétence municipale.».
Madame Arosteguy répond à Guillaume Barucq : «Quant à dire que nous avons pris le nom Nouvelle Vague de votre parti politique, vous êtes quand même assez gonflé. Je vous rappelle quand même que Nouvelle Vague est quand même un mouvement cinématographique créé entre autres par Godard et que vous avez allègrement pillé ce nom, donc il était quand même normal que le cinéma reprenne ses droits et que Nouvelle Vague revienne à ses premières amours qui était le cinéma.».
Il est certain que l'utilisation de ce nom par les organisateurs du festival n'est pas des meilleures idées. Il existe assez de possibilités dans la langue française pour ne pas avoir à se mettre dans les pas d'un groupe politique biarrot.
Quant à accuser l'élu Barucq d'avoir «allègrement pillé ce nom», faut oser ! Le festival biarrot plagie le nom d'un courant de cinéma au terme inventé par Françoise Giroud, et madame Arosteguy accuse Guillaume Barucq d'être un pillard. Faut dire qu'en plagiat, madame Arosteguy s'y connaît.
En ce qui concerne le cinéma qui reprendrait ses droits en usant de cette formulation : le courant cinématographique des années soixante n'a strictement aucun lien avec le type de cinéma proposé dans ce festival...
Puis madame Arosteguy se défend comme elle le peut : «Nous savons ce que coûte chaque festival individuellement et surtout nous savons ce qu'il rapporte.».
C'est bien de le dire, c'est encore mieux de le prouver. En fouillant un peu, on trouve une aide indirecte apportée pour la durée du festival Nouvelles Vagues, du 24 au 29 juin 2025. La Ville de Biarritz prend intégralement à sa charge la location de la Gare du Midi pour la durée des six jours à 28.800€. Le tarif habituel facturé à tous par le gestionnaire Biarritz Tourisme s'élève à 57.600€, mais la commune bénéficie d'une remise de 50%.
D'autres prestations sont peut-être prises en charge par la commune : personnel communal, matériel municipal, prestataire son et/ou lumière. Nous n'avons hélas pas de transparence à ce sujet, ce qui - comme le dit fort justement Guillaume Barucq - est dommageable pour établir le coût global de l'opération et en déterminer la pertinence.
Madame Arosteguy poursuit : «Il me semble de bon aloi que dans le cadre d'une ville qui a une politique culturelle extrêmement ambitieuse, nous puissions lisser l'année l'ensemble des festivals qui sont devenus plus que des festivals pour les Biarrots, un véritable tourisme culturel et ça c'est que nous avons voulu créer.».
Ne nous mentons pas : un rendez-vous culturel organisé par des privés doit aussi répondre à une rentabilité. Mais cela ne doit pas représenter la raison même de la création dudit festival. Or, à écouter madame la maire, l'adjoint au Commerce Bach et l'adjointe à la Culture Pinatel, c'est le cas.
Opération en direction du Tourisme pour faire venir du monde, remplir les hôtels et assurer des réservations de restaurants, ou mission d'intérêt public en faveur de la Culture ? Ces trois élus ont choisi, suivi en cela par le directeur des Affaires Culturelles qui répond à cette même préoccupation de profitabilité, là où de sa part on s'attendrait à une vision tournée vers la Culture. Faut-il voir là la résurgence de sa formation en École de Commerce ?
Ce réflexe pavlovien se retrouve aussi chez Anne Pinatel qui répond à Guillaume Barucq : «Vous parlez d'un coût, moi je vais vous parler de ce que rapporte à la ville le festival Nouvelles Vagues. Alors, son budget pour 2024 est de 2.150.000€. Pour rappel, la subvention de la ville c'est 350.000€. (…) C'est devenu un véritable acteur économique. Donc certes il délivre une prestation culturelle, mais derrière tout ça c'est un véritable acteur économique et c'est en ça qu'il est très important.».
Oui, c'est ça. Pour madame Pinatel, le festival «est très important» car il rapporterait de l'argent - encore un élément clamé sans preuve envers l'assemblée présente - et cet argument semble se suffire à lui-même.
À n'en pas douter, des choix seront à prendre par la nouvelle Majorité qui sera élue en mars prochain.
Car il faut bien comprendre qu'une ville ne peut pas ouvrir toutes les vannes et devra se concentrer sur ses missions premières.
Une de celles-là sera de rétablir une véritable et ambitieuse politique en faveur de la diffusion des peintres et des sculpteurs au travers d'expositions d'art dans notre ville.
