À BIARRITZ, LA BEAUTÉ N'EST PAS TOUJOURS PLASTIQUE ou L'APOCALYPSE DU PLASTIQUE
À Biarritz - ce n'est pas pour nous vanter - mais on a toujours eu un petit truc en plus en matière de chic. Nos voisins bayonnais et luziens prenaient même les Biarrots du peuple pour des presque-aristocrates. Enfin... ça c'était avant.
Maintenant, quand ils viennent à Biarritz c'est pour passer en revue notre déchéance. Nous sommes devenus le cousin un peu arriéré, dépenaillé, raccommodé et sale.
En bref, nos circonvoisins se fichent un peu de nous quand ils se comparent à notre ville.
Et si, au début, ils gardaient poliment leurs jugements pour eux, aujourd'hui ils nous écrivent.
En passant en revue tous les courriers reçus, ce qui apparaît le plus souvent dans leurs griefs envers nos échecs ce sont les potelets en plastique et les bancs/blocstops en béton jetés un peu partout.
Et ils nous disent qu'à Biarritz, on a désormais (très) mauvais goût.
Mauvais goût ! C'est un peu comme ça chez tata Nicole. Le truc moche qui est entré un jour à la maison et qui trône sur la cheminée, là où tout le monde peut le voir. Des tatas Nicole, on en a tous dans nos familles et à vrai dire elles mettent un peu la honte à tout le monde. On n'est pas snob, mais quand même ! Et on ne peut rien lui dire, question de ménager les susceptibilités.
Mais disons-le... quand c'est moche, c'est moche.
Le souci, c'est quand tata Nicole fait de la politique et devient acheteur de mobilier urbain pour la commune.
Et là ! On se retrouve avec d'immondes potelets/balises/plots - choisissez le mot que vous préférez - qui viennent protéger Dieu sait quoi et encadrer Dieu sait qui.
Fondus, cabossés, percés, aplatis, tordus, et dans tous les cas sales, ces malheureux plots ont subi toutes les vicissitudes possibles. À tel point que l'on se dit que même cette matière inerte pourrait un jour se venger et venir hanter nos nuits, telle la poupée Chucky.
On serait tenté d'engager les élus en place à stopper le massacre, mais ils ont déjà sévi partout.
C'est l'épidémie ! Non, non, posez votre masque FFP2... c'est l'épidémie plastiqueuse. Il y a un fabricant quelque part qui a dû passer un été très pluvieux à Biarritz et qui, pour se venger de notre ville, a voué nous gâcher la vue et la vie avec ces horribilissimes choses. Il entre alors en mairie de Biarritz pour vendre sa camelote et qui voit-il ? Tata Nicole !
Ils sont faits pour s'entendre !
À croire qu'il faudrait faire passer aux candidats avant élection - en plus des tests de sanité physique/mentale et de culture générale - un test en bon goût. Car laisser tata Nicole voguer avec le carnet de chèque de la ville, ça donne des catastrophes. Catastrophes, qu'il faut ensuite se coltiner dans l'espace public.
Ah ces déPLOTrables plots !
Oscillant entre le gris dépressif et le vert malade Cetelem, le malheureux Biarrot assiste, impuissant, à la mochification assumée de sa ville. Serait-ce un complot contre les Biarrots ?
Car enlaidir - avec une telle systématisation - des spots connus et reconnus pour leur beauté architecturale, naturelle ou historique, ça ressemble bigrement à une attaque en règle contre notre ville.
Et pis, quelle célérité à en placer dans des endroits les plus invraisemblables où même un énarque zélé n'y aurait songé !
Quant au touriste, il lui est proposé de ne plus faire de photos lorsqu'il est de passage à Biarritz car il en aura toujours un en vue, si ce n'est deux, cinq, dix, n'en jetez plus !
La balise ou potelet, c'est l'exemple intéressant du «pas cher» qui coûte cher. Une balise de voirie va coûter environ 40€-80€. Un potelet esthétique dans une matière solide, donc durable, va coûter environ 150€-250€. Si on considère que sa ville a beaucoup de passage humain et doit aussi compter avec les inéluctables malfaisants, tels des embruns marins, des UV et des intempéries, il faut - pour parer à toutes ces dégradations programmées - choisir le modèle haut de gamme.
En choisissant le «pas cher» - et sauf à vouloir faire une fidèle imitation de New Delhi - vous devrez remplacer le potelet plastiqueux souvent, très souvent, trop souvent.
C'est donc une politique low-cost qui - on vient de le voir - nuit aux finances, abime le paysage, dégrade le standing de la ville, révèle aux yeux de tous la négligence d'une gestion municipale et témoigne d’un mauvais goût tellement confondant que ça en devient gênant pour nous tous, Biarrots.
Quel affaissement moral tout de même chez cette majorité municipale qui se satisfait de l’installation d’un mobilier urbain si cheap, tout en pérorant sur le tourisme qualitatif que l'on cherche d'ailleurs toujours... en vain.
Comment hisser notre ville au rang qu'elle a autrefois occupé, si cela s'accompagne de cette image de ville générique, insipide... ordinaire ?
Et tant pis si l'on est un peu chauvin - chut, nous sommes entre Biarrots ! - mais notre ville peut-elle véritablement se contenter de modèles communs trouvés dans des catalogues de mobilier urbain que l'on aperçoit à Maubeuge, Cergy-Pontoise ou Fos-sur-Mer ? Notre ville mérite tellement mieux, cela va sans dire.
Nous avons pourtant l'exemple remarquable de Saint Sébastien et de ses balustrades en front de mer qui sont reconnaissables entre mille. La perle de l'Espagne serait-elle la même sans ce marqueur identitaire ?
Les bancs trencadis de Barcelone, les sols aux mosaïques courbes de Rio de Janeiro, les chaises vertes du Luxembourg à Paris ou les bleues du promenoir de Nice : autant de mobilier et d'aménagements urbains qui ont durablement marqué l'imaginaire de nous tous.
Ne pourrait-on, à Biarritz, envisager le mobilier urbain comme un landmark - un symbole - qui nous définit ?
À l'inverse d'un texte émis sur les réseaux sociaux et dont on peut s'approprier allègrement en le plagiant, le bon goût ne s'imite pas. On a bon goût ou on a mauvais goût.




