«PRENEZ LE BUS !» FAITES CE QUE JE DIS, PAS CE QUE JE FAIS...
On croit rêver.
Lorsqu’au matin du 24 octobre dernier madame Arosteguy est interviewée sur les ondes de «Ici Pays Basque» par la rédactrice en chef Odile Faure, sur le sujet très inquiétant du futur stationnement à la plaine Aguilera, sa réponse laisse sans voix.
On vous laisse juge : «Ils sont inquiets sur le stationnement, mais il y aura beaucoup de stationnement puisqu’il y aura un stationnement souterrain qui va prendre en compte bien sûr les besoins de la clinique, du nouveau quartier de Santé qui est en train de s'organiser, et bien sûr de tous les pratiquants de sport, mais je rappelle quand même que la communauté d'Agglomération et la ville de Biarritz aussi investit beaucoup sur les transports en commun pour que nous changions nos habitudes et que le tout-voiture, qui aujourd'hui n'est plus possible, soit une pratique que de plus en plus nous abandonnons.».
-Rappelons, une fois encore, que les 330 places prévues pour les 250/300 logements sont bien dérisoires, car qui peut raisonnablement penser qu'il n'y aurait qu'un véhicule par foyer, surtout dans le cas d'actifs avec des enfants ?
-Rappelons que pour les 144 logements + 30 chambres qui seraient érigés dans un second temps à l'intention des seniors, étudiants et saisonniers, AUCUNE place de stationnement n'est prévue !
-Rappelons que les 400 places en souterrain promises - aux calendes grecques ? - par la majorité Arosteguy, et qui seraient dédiées aux usagers de la plaine et de la polyclinique, seraient PAYANTS !
Comment peut-on envisager, dans une petite ville de province, PAYER son stationnement pour faire du sport, attendre son enfant pendant son cours, consulter un médecin, visiter un malade ou aller travailler dans le secteur ?
-Rappelons que le promoteur Robert Alday a prévu de multiples commerces, en rez-de-chaussée de ses nouveaux bâtiments : faudrait-il que ces commerçants et leurs clients paient le stationnement comme en centre-ville ?
Face à ces éléments factuels, madame Arosteguy milite «pour que nous changions nos habitudes et que le tout-voiture, qui aujourd'hui n'est plus possible, soit une pratique que de plus en plus nous abandonnons.».
Et bien qu'elle donne l'exemple ! Qu'elle abandonne son véhicule. Que les élus de la majorité en fassent de même. Et ensuite, on en reparlera.
Ah non ? Pas tout de suite ? Ils sont dans l'obligation de conserver leur véhicule ? Ils ne prennent jamais les transports en commun ? Leur travail les contraint à ne se déplacer qu'en voiture ? Ils sont aidants ou bien âgés et ne peuvent se passer de leur voiture ?
Et bien c'est pareil pour un très grand nombre de personnes. Si nos élus ont leur raison, d’autres ont les leurs. Et ce n'est pas par bonheur d'être coincés dans les bouchons, ni de subir le stress inhérent à la conduite, mais ILS N'ONT PAS LE CHOIX !
Que ceux dont le lieu de vie, l'activité professionnelle, parfois l'absence de progéniture le permet, tant mieux qu'ils choisissent ce mode de transport en commun, même si parfois cela est contraignant. C'est très bien aussi que des tarifs modérés et des aides viennent en appui pour encourager les personnes à adopter ce mode de transport. Mais cela doit être un choix individuel, pas coercitif, pas par défaut. UN CHOIX.
Et pourtant une voiture ça coûte cher, très cher : achat ou location, assurance, entretien et réparation, péages, et pour les moins disciplinés d'entre nous des PV. Sans compter, à Biarritz, la tarification confiscatoire du stationnement municipal et des parkings Indigo.
Bon ça, madame la maire et les élus de la Majorité ne sont pas concernés car ils ont des places gratuites réservées - 24h/24, 7j/7 et 365 jours par an - en mairie de Biarritz... mais ils nous somment néanmoins de changer NOS habitudes ! Là aussi, quand on donne la leçon aux citoyens, il faut se l'appliquer à soi-même. Question de crédibilité ! Combien de commerçants, de soignants, de travailleurs, aimeraient eux aussi bénéficier d’un emplacement gratuit, réservé à leur usage unique ? Ah bien non, RÉSERVÉ aux élus de la majorité ! Ils ont du retard car l'abolition des privilèges, c'était déjà en 1789.
L'élue d'opposition Corine Martineau a les pieds sur terre et interpelle madame Arosteguy : «J'ai écouté votre interview de ce matin. Les bras m'en sont tombés sur certaines choses (...) Déjà tout à l'heure vous avez avoué l'échec du stationnement puisque, madame le maire, dans votre interview, et madame Cascino tout à l'heure, vous avez dit : "Il faut que les Biarrots s'habituent à prendre les transports en commun. C'est comme ça !". Ben non... ce n'est pas comme ça.».
Et madame Martineau s'explique : «Il faut comprendre une chose, c'est que quand vous pouvez mettre des Tram'Bus si vous voulez et vous ne pourrez pas en mettre davantage et d'ailleurs ce ne sont même pas des voies dédiées, donc ce n'est pas vraiment du Tram'... Quand vous avez des enfants et vous en avez eus, vous savez très bien que quand vous allez les chercher à l'école et bien il y en a un qui va aller à la danse, il y en a un autre qui va aller à l'escrime, il y en a un troisième qui va aller à la natation, vous avez besoin d'une voiture. Vous n'avez pas besoin d'un Tram'bus ! Donc les gens qui arriveront dans les logements dits sociaux, certains seront jeunes, ils auront des enfants, et ils auront la nécessité d'avoir une voiture... que vous le vouliez ou non».
Ce même débat avait eu lieu l'année dernière, lorsque la ville avait passé en mode «payant» le stationnement de la plage de la Milady - gratuit jusqu'à 5h30 pour les Biarrots et payant pour tous les autres. Tous les élus d'opposition s'étaient récriés d'une telle mesure, et pourtant madame Arosteguy avait déjà mis en avant l'oukase de prendre le bus.
Madame Martineau avait alors déclaré : «Si j’avais habité Arbonne, Arcangues ou Ahetze, je ne me serais pas vue prendre un bus avec les seaux, les pelles, les bouées, les trois enfants en bas âge, changer à Iraty pour prendre un bus jusqu’au centre-ville, puis rechanger du centre-ville ou ailleurs pour aller à la plage (…) C'est un peu délirant.».
L'élu d’opposition Brice Morin avait, lui, imploré : «ne laissez pas les Biarrots des champs en dehors de leur Ville.».
Vous savez, ces Biarrots qui n'ont plus les moyens de se loger dans leur ville et qui sont partis vivre à Saint-Pée-sur-Nivelle ? Et bien, double peine pour eux.
Pour l'élue Corine Martineau, le fait que madame Arosteguy esquive la grave question du stationnement sur le futur plateau Aguilera, préférant invoquer l'abandon de nos voitures, «c'est déjà un aveu d'échec puisque de toute façon nous n'avons pas la possibilité d'avoir des transports dédiés suffisants pour alimenter des résidences de 100 ou 150 ou 200 personnes. Donc le fait de dire, ben il faut s'habituer au Tram', ça prouve déjà que vous savez qu'il n'y aura pas assez de parkings sur votre projet.».
C.Q.F.D. Et aucune acrobatie de communication ne pourra démentir ce lucide présage.

