PATRIMOINE IMMOBILIER MUNICIPAL BIARROT : LE RÉCIT DE FIASCOS
L'actuelle et provisoire maire de Biarritz bat tous les records de la mauvaise gestion du patrimoine municipal. Méconnaissance des dossiers, cupidité court-termiste, indifférence de notre histoire locale, tandis que de bien curieuses motivations auront eu raison de plusieurs lieux d'exception biarrots, transmis par les générations et édiles précédents.
Il y a tant de choses que l'on ne peut pas dire.
L'élu Sébastien Carrère aura été tout au long de ce mandat - comme ses collègues de l'opposition - un infatigable avocat au service de la préservation du patrimoine communal. Ne comprenant pas ce besoin irrépressible de madame Arosteguy de brader nos actifs, à de nombreuses reprises il aura tenté - en vain - de réveiller la conscience des élus de la majorité municipale. Car si ceux-ci s'étaient opposés à la vente de ces biens, madame Arosteguy aurait été empêchée de poursuivre sa politique de la terre brûlée.
Mais ces élus passifs, impassibles, auront voté, le doigt sur la couture, et auront décidé d'incompréhensibles et coupables aliénations de biens municipaux. Leurs noms seront éternellement liés à ces dilapidations et on pourrait d'ailleurs sérieusement envisager - lors du prochain mandat - d'apposer une plaque commémorative sur ces sites vendus à des privés afin de rappeler aux passants les identités de ceux qui ont permis ces déprédations.
Car notre commune ne pourra plus jamais acquérir de biens comparables à ceux honteusement soustraits au patrimoine municipal par la Majorité Arosteguy, eu égard à la cherté et à la rareté du marché immobilier biarrot.
Ce sont donc de mauvaises décisions qui impacteront durablement, éternellement, la ville de Biarritz.
Lors du conseil municipal du 24 octobre dernier, l'élu Carrère a fouillé dans ses tiroirs et rappelé à madame Arosteguy «un de vos engagements dans le programme "Pour Biarritz, pour vous" qui était votre profession de foi en 2020. Vous vous êtes engagée, je cite : "à protéger les intérêts des Biarrots liés au patrimoine de la ville (fonciers et bâtiments) : la ville s'interdira de vendre tout terrain ou tout bien sur la seule base du profit à court terme." S'interdira ! C'est sans équivoque. Ce n'est pas étudiera de façon sérieuse ou mettra un débat, c'est s'interdira !».
Comment peut-on se dédire dans de telles proportions ?
Sébastien Carrère entame la triste liste des bien bradés par madame Arosteguy : «Un rappel : la ville s'est débarrassée de la ville Fal - un patrimoine remarquable - au prix de 1.900€ le m2 de bâti, je dis bien 1.900€ le m2 pour un bâtiment unique, pour faire des bureaux ! Au prix de 200€ le m2, si on rapporte le prix de vente à l'hectare de terrain environ ! 200€ le m2 le foncier, ce sont des prix que l'on trouve dans les communes rurales du Pays Basque ou du Sud des Landes ! 200€ le m2 de foncier !».
Quant au local situé rue Jaulerry, derrière le bâtiment de La Poste, près des Halles, monsieur Carrère nous éclaire : «Les anciens locaux de la Police municipale de l'avenue Jaulerry à 3.000€ le m2 environ, et en plein centre-ville. 3.000€ le m2 ! Et je rappelle les conditions rocambolesques de ce conseil municipal où nous avons eu connaissance de la valeur du m2 après avoir obtenu une interruption de séance, parce que la version de l'estimation des Domaines avait été tout simplement caviardée !».
L’élu revient aussi sur la scandaleuse vente de l'Auberge de Jeunesse. Cette cession, au prix dérisoire de 2.130.000€, pour un foncier de 6.500m2 dont un bâti de 2.000 m2, le fait aussi réagir : «La vente de l'Auberge de Jeunesse : une vente, au lieu d'un bail emphytéotique administratif (BEA) proposé par l'acquéreur Vilogia au même prix, payé en une seule fois ! Que tout le monde comprenne bien, la ville aurait pu avoir le même prix et nos descendants récupérer le bâtiment dans plusieurs décennies.».
Nous n'aurons jamais d'explication à ce qui précède : pourquoi donc avoir vendu un bien pour la même somme que l'acquéreur était d’accord de payer, au comptant, pour un simple bail emphytéotique au terme duquel l’ensemble immobilier aurait été transmis, en héritage, aux futures générations biarrotes ?
Choqué qu'un bien classé - qui, rappelons-le, est la plus haute servitude publique française pour garantir la protection d’un site - ait pu, au mépris des règles en vigueur, être sans vergogne vendu, l'élu Carrère se remémore : «La cession d'une partie de la chapelle impériale en début de mandat, sans consultation des autorités compétentes - puisqu'on parle de procédures, de personnes procédurières, vous l'avez peu été à ce moment-là. Pas de consultation de la direction régionale des Affaires Culturelles ou d'avis du préfet de région compétent en la matière ! Pour des intérêts strictement privés, et il y avait d'autres solutions.».
Puis, point d'orgue, l'élu Sébastien Carrère s'attache à défendre le dernier bien d'exception dont madame Arosteguy entend se débarrasser, avant de quitter définitivement ses fonctions : «Enfin - c'est l'objet ce soir - la vente d'une partie du plateau sportif d'Aguilera au promoteur évidemment le moins offrant, mon collègue l'a rappelé : un différentiel de 4 millions d'euros avec ses concurrents, que vous n'avez toujours pas expliqué. Il y a des informations qui circulent, on vous remercie de nous préciser ça, par rapport à la prise en charge du coût des logements sociaux. Donc, vous voyez, on peut aussi avoir des archives bien tenues.».
Aucune réponse n'a été apportée par madame Arosteguy.
Alors, la question se pose : les maires détiennent-ils trop de pouvoir en ayant la prérogative de disposer librement, comme ils l'entendent, du sort des biens communaux ?
Oui et non.
OUI, car sur la seule lubie d'un maire, celui-ci peut entamer une procédure de cession avec souvent de vrais/faux arguments, tels que le coût d'entretien du site concerné, de son inutilité immédiate n’en ayant pas d’usage, de l'avantage de faire entrer de l'argent dans les caisses, d'avoir un fléchage prévu de la somme perçue. Le maire peut alors compter sur les élus de sa majorité municipale pour qu’ils votent dans son sens, maintenant ainsi la cohésion du groupe.
NON, car même les élus de la majorité municipale ont toute liberté pour voter selon bon leur semble et n'ont de devoir qu'envers leurs électeurs, pas envers leur maire. Ils peuvent d’ailleurs, lors du conseil municipal, solliciter le vote à bulletin secret pour une délibération concernant la cession d'un bien. Encore une fois, ils peuvent voter en leur âme et conscience, CONTRE une décision qu'ils estiment mauvaise et de nature à desservir durablement leur commune. Cela s'est déjà vu à Biarritz.
Car un bien communal ce n'est pas seulement des pierres, du ciment, des fenêtres et des portes. C'est d'abord un legs de nos aïeux, c’est une histoire à perpétuer, ce sont des sentiments à préserver, ce sont des vies qui s'y sont déroulées.
Quand cette dimension sociale est oubliée sur l'autel de calculs médiocres, cela a pour effet l'inexorable non-acceptation par la population de la liquidation de ce qui leur appartient.
Les habitants savent qu'il manque souvent des outils à leur cité : une salle d'exposition d'art, une crèche, un musée, un espace pour les seniors, un lieu d'apprentissage, un point de partage intergénérationnel, un espace récréationnel, de l'habitat...
Comment, alors, imaginer faire admettre à des citoyens lucides qu'il s'agit de bonnes décisions ?
Un maire et des élus doivent se considérer comme des maillons d'une chaîne.
Ils doivent s'estimer comme de provisoires détenteurs des clés de leur ville.
Le seul rôle qu'ils sont en mesure d'assumer, c'est celui de passeurs. Et quel plus beau rôle peut-on avoir que celui de transmettre aux futures générations ?
