MISÈRE À BIARRITZ : BIXENTE... ET TOUS LES AUTRES

«Triste monde où les plus riches côtoient les plus pauvres dans l’indifférence, dans le centre de la Ville à Biarritz... Une nouvelle tragédie qui rappelle l’urgence d’une véritable politique sociale. On ne peut plus fermer les yeux : la précarité tue, et l’indifférence aussi.» : ainsi Christophe Abellano décrit-il sur les réseaux le décès, en plein centre-ville dans le quartier des Halles, d'un homme sans domicile fixe.

Cette parole de Biarrot devrait encourager à ouvrir les yeux de ceux qui ne voit pas cette misère. À Biarritz, la pauvreté est présente comme partout ailleurs. À ceci près qu'elle semble être ensevelie sous des paillettes qui ne sont plus scintillantes mais poussiéreuses. Sous le plaqué or d'une ville qui a été, mais n'est plus, se révèle une arrière-scène qui n'a rien de magique ou d'enviable.

Dans la nuit du samedi 22 au dimanche 23 novembre, un homme est mort. Seul. Sans famille, sans amis, dans le froid glacial. À l'endroit même où d'autres rient, parlent, boivent, chantent, festoient, un homme est mort. Il s'appelait Benoît, mais était davantage connu sous son nom d'emprunt «Bixente».

Alors, oui, c'est difficile comme sujet. Car il ne s'agit pas de données pratiques ou de chiffres secs, mais d'êtres humains. Et d'êtres humains qui ont le droit à la dignité. Sont-ils respectés par ceux qui ont le devoir de créer les conditions pour que n'existe pas un drame comme celui qui vient de se dérouler ?

Si l'on peut légitimement se poser des questions, les réponses sont différentes selon les cas des personnes en difficulté. Bien évidemment que certains sdf ne souhaitent pas aller en centre fermé ; mais quand les températures tombent à des extrêmes que nous avons connus ces derniers jours, rares sont ceux qui refusent la main tendue. Et d'ailleurs, il s'agit d'une non-assistance à personne en danger que de laisser une personne séjourner trop longtemps - immobile - dans un tel froid.

Sur Sauvegarder Biarritz, nous avions déjà évoqué le remarquable travail effectué par le point accueil jour «Zuekin» au quartier Saint-Martin, qui assure une écoute, une collation, une machine à laver le linge à disposition et la possibilité de prendre une douche.

Toujours à Biarritz, deux autres sites sont disponibles et qui, eux, ont la capacité d'héberger la nuit des personnes en grande précarité : le «Centre équestre» où sont disponibles douze places, et «La Maison de Gilles» - au quartier de la Négresse - qui en compte trente-neuf.

L'action efficace - en toute chose - tient à la compétence et au dynamisme de ceux qui sont aux commandes d'une ville

L'ouverture, en 2012, de l'hôtel social «La Maison de Gilles» a été une de ces réalisations importantes engagée par des personnes responsables.

Hélas, ce site d'accueil est fermé depuis le 5 mars 2025 et ne rouvrira ses portes que début décembre.

Cette fermeture est due au droit de retrait du personnel, suite à un grave incident avec un sdf tandis que - faute de moyens financiers - un seul salarié était présent dans la structure. La sécurité de la personne travaillant seule ne pouvant plus être assurée, de nouvelles dispositions étaient à prendre.

Si le droit de retrait a été levé en juin dernier après des réparations effectuées sur le site, les salariés attendent pour autant, légitimement, que leur parole soit entendue.

La suite, la presse en a parlé et la chose se sait. Dix salariés sont présents sur place. Il en faudrait quinze pour que jamais un salarié ne se retrouve seul dans la structure. Mais impossible de trouver le financement. Ni L'État, ni la CAPB - principaux financiers de la structure - ne veut rajouter au pot. Alors, que faire ?

Rappelons que la Ville de Biarritz alloue une subvention à l'association Atherbea qui a, entre autres, la gestion de «La Maison de Gilles».

Ne peut-elle s'engager davantage ? Ou va-t-on encore assister à un discours pleurnichard sur le «budget tendu» de la Ville ? Des mêmes pour qui le premier geste a été de majorer au maximum autorisé leur salaire de maire et d'adjoints. Les mêmes qui se déplacent dans de chers voyages d'études. Des mêmes qui, à six mois des Municipales, embauchent sans rechigner un avocat à la Ville de Biarritz.

Question de priorité !

Ce qui est surprenant, c'est que cette Majorité a l'avantage de compter des élus qui pourraient peser dans la balance auprès des instances compétentes, pour permettre à «La Maison de Gilles» de fonctionner dans des conditions dignes de ce nom :

-Au département des Pyrénées-Atlantiques, la conseillère départementale Martine Vals - adjointe à Biarritz -, ainsi que son binôme Max Brisson, pourraient activer des leviers,

-À la communauté d'agglomération (CAPB), les conseillers communautaires que sont les élus biarrots Maud Cascino, Édouard Chazouillères, Gérard Courcelles, Anne-Cécile Durand-Purvis, Mathieu Kayser, Michel Laborde, Anne Pinatel et Martine Vals, ont aussi moyen de faire entendre leur voix sur cette préoccupation, sans oublier madame la maire qui en est vice-présidente.

Ont-ils agi ? À en croire ceux qui sont sur le terrain, il semblerait que peu se pressent au portillon pour obtenir ces précieux deniers.

Faut-il encore compter sur un sursaut de la société civile pour appeler à l'action et se démener ?

Et pourtant... ce service indispensable a fortement manqué aux personnes précaires, alors que nous comptabilisons, à Biarritz, un nombre jusqu'ici jamais égalé de sans-abri.

Et l'offre d'hébergement d'urgence - même en comptant l'action de «La Maison de Gilles» - est très insuffisante par rapport aux besoins.

Au lieu de se battre pour ouvrir de nouvelles structures, on en est à ferrailler pour maintenir l'existant !

Si l'on ne peut imputer la faute du décès de cet homme à quiconque, il est tout de même nécessaire d'en tirer plusieurs leçons :

-Que l'image disneylandisée que nous vendent certains communicants, cache une réalité bien plus noire,

-Qu'il est indécent que les instances publiques ne fassent pas de démarches, non pas pour chercher mais pour trouver, le financement nécessaire pour venir en aide à ceux qui n'ont RIEN,

-Qu'une ville où l'opulence ostentatoire est présente aux yeux de tous, a, plus que toute autre, le devoir d'assumer, sans sourciller, sa solidarité envers les plus démunis,

-Que lorsqu'une ville alloue des centaines de milliers d'euros à des festivals, il est insoutenable de la voir s'esquiver à toute demande d'aide de structures indispensables à la société ; et il ne s'agit pas d'opposer les priorités, seulement de les mener conjointement.

-Que ce sujet de la dignité humaine ne peut être récupéré par aucun camp, aucun clan, aucun parti, mais qu'il est bien l'affaire de tous.

Saurons-nous apprendre de cet échec ?

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