LOGEMENT À BIARRITZ : LES EFFETS DE POLITIQUES FOURBES
Oui, il est difficile de se loger à Biarritz. Et pourtant, convenons-en, ce ne sont pas les agences immobilières qui manquent. D'ailleurs, lorsqu’un commerce annonce sa fermeture prochaine, nous sommes nombreux à redouter la venue d'une énième agence.
Alors, la seule présence d'agences immobilières n'induit pas forcément la grande disponibilité de biens à vendre, tous formats confondus. Certes ! Mais, à Biarritz, le problème n'est pas la rareté de l'offre mais bien le prix très, trop élevé, des maisons et appartements proposés.
Ainsi, lorsque madame Arosteguy se compromet à bétonner la plaine Aguilera au péril du développement de sa vocation sportive, avec pour prétexte celui de créer du logement qui ferait défaut à Biarritz, c'est une blague. Cet argument spécieux, mais aux accents d'humanité, masque des motivations qui sont autres, à l'évidence.
Et qu'on ne nous parle plus des logements sociaux dont les Biarrots se verraient bénéficiaires : nous avons développé cette escroquerie, rappelant les conditions d'attribution régies par la loi que doit scrupuleusement observer la Commission en charge de l'étude des dossiers de candidature, laquelle ne reconnaît aucun statut privilégié à celle des «Biarrots» - sachant qu’un accord reste à trouver sur la définition de cette désignation.
Pour corroborer le fait qu’à Biarritz l'effectif de logements n'est pas insuffisant au regard de sa population, il convient de se pencher sur les statistiques. C'est un exercice auquel s'est fort pertinemment livrée l'élue d’opposition Corine Martineau, lors du dernier conseil municipal duquel l’exclusion des citoyens biarrots «non LR» a été organisée par la maire Arosteguy.
Madame Martineau, toujours très efficace dans ses interventions au grand dam de la majorité, rappelle qu’en 2022 Biarritz compte 25.810 âmes. Mais qu'en 1975 la ville abritait 27.595 Biarrots, 28.742 en 1990, avec un pic de 30.055 en 1999.
Vous voyez bien que nous avons une marge d'environ 5.000 habitants, à l'aube du XXIème siècle.
Alors et surtout que durant ces 26 années passées, de nombreuses résidences ont fleuri dans tous les quartiers biarrots, sans parler du nouveau quartier de Kléber sorti de terre sous l'ère Borotra.
La crise du logement biarrot trouve son origine dans la désinvolture de politiques qui n’ont pas su, à temps, s'emparer :
1-de l'hémorragie des résidences secondaires,
2-des effets pervers des locations saisonnières mises sur des plates-formes en ligne,
3-de l'absence d'encadrement des loyers,
4-d'une remise à jour des lois arbitrant les litiges propriétaires-locataires,
5-de la loi de Solidarité et Renouvellement Urbain (SRU), qui impose aux communes un taux de 25% de logements sociaux sur leur territoire,
-etc...
Concernant le point n°1, il est utile de rappeler que dans son programme des précédentes Municipales, madame Arosteguy avait fait des œillades à son électorat LR en promettant de ne pas augmenter les taxes sur les résidences secondaires.
Le sénateur Max Brisson était sur la même ligne, arguant qu’une majoration de l'impôt n’aurait aucune incidence sur l'amélioration de la situation immobilière biarrote.
Face à la pression populaire, tous les deux ont changé d'avis, mais que de temps perdu, si bien qu’une grande partie de logements biarrots à l'année sont devenus des habitations secondaires.
Il y va de même pour les points suivants (2, 3, 4 et 5) :
-le législateur a réagi trop tardivement, laissant la place à l'organisation de toute une économie du logement saisonnier, de l'investisseur qui a établi son business plan à partir de loyers escomptés, des sites de réservation de ces logements faisant le lien propriétaires-locataires, des sociétés de services de conciergerie.
-Surfant de fait sur une manne touristique rendue mécaniquement croissante, l'attrait de l'immobilier biarrot allait incontestablement devenir un problème. Les vitrines d'agences immobilières ont affiché des prix de plus en plus élevés, jusqu'à atteindre une certaine extravagance, pour ne pas dire indécence. Indécence qui s'est répercuté sur le montant des loyers que le législateur a aussi tardé à encadrer.
-Une absence de vision, d'anticipation de nos politiques qui, encore aujourd'hui, ne font pas preuve d’une grande précipitation pour moraliser les rapports entre locataires mauvais payeurs - voire squatters - et propriétaires auxquels il est demandé de tenir le rôle d'assistants sociaux ou d'armée du salut dans le cas de non-paiement de leur loyer.
Cette désinvolture dissuade les propriétaires à mettre leur bien en location, pénalisant les honnêtes gens.
-Si l'on peut saluer certaines réformes, notamment la loi de compensation ne condamnant un propriétaire qui loue en saisonnier à pouvoir revendiquer un autre bien loué à l'année, beaucoup reste à faire pour guérir notre ville de ce fardeau.
Notamment le moyen de déjouer le passage de résidence secondaire en résidence principale.
La ville de Biarritz en a enregistré 1.300 !
-À cette parade, s'ajoute le fait que les nouvelles dispositions en vigueur ne sont pas respectées par tous.
Des contrôles assidus s'imposent si l'on veut prétendre à résorber la fraude.
À ce propos, lors du dernier conseil municipal madame Arosteguy a déclaré : «Nous développons des moyens mais nous ne pouvons pas non plus embaucher du personnel et des fonctionnaires pour faire ces contrôles, en tous cas la communauté d'agglomération doit nous aider là-dessus.».
Réflexion aussi décevante que surprenante de la part de celle qui se montre prodigue quand il s’agit d’aider financièrement l'association Stand Speak Rise Up de Son Altesse Royale la Grande-Duchesse du Luxembourg, ou de se transporter aux U.S.A. avec plusieurs membres de sa majorité, ou encore de subventionner à répétition un festival de cinéma qui, sous ses «Nouvelles Vagues», aura englouti 130.000€ en 2022, 350.000€ en 2023, 350.000€ en 2024. et «seulement» 160.000€ en 2025 car ces largesses ont fait grincer l’opposition municipale et la population biarrote. Précisons que cette bagatelle de 990.000 euros correspond à la moitié du prix de cession de la Villa Fal !
Ce qui précède prouve que quand on veut payer, on le peut.
Et on le peut d’autant mieux que l’édile biarrote nous en donne la preuve. À quatre mois des élections municipales, madame Arosteguy et sa majorité suiveuse ont voté l'embauche d’un avocat - vous nous lisez bien, L'EMBAUCHE, pas des services ponctuels - par la ville de Biarritz et qui lui coûtera la modique somme de 63.235€/an, crise budgétaire oblige !!!
[Nous reviendrons d’ailleurs, ultérieurement, sur cet étrange recrutement tardif, dont l'opportunité et le dessein, à quelques semaines du terme du mandat de madame Arosteguy, interrogent.]
Donc la justification financière échappatoire n’est pas recevable !
-Quant à la loi SRU, madame Arosteguy en conteste l'application qui génère de très lourdes amendes, tout en rappelant que notre ville est déjà la plus dense du département ; mais jouer les Calimero n’est pas ce que l’on attend de nos élus. Il est regrettable qu’elle n'ait pas eu la combativité, de concert avec son collègue du parti LR et sénateur Max Brisson, d'agir en réaction à une telle disposition légale qui ne tient pas compte de la carence de terrains disponibles à Biarritz.
Fort heureusement, et sans considération d'ordre pécuniaire, face à d'inacceptables dérives et au dévoiement de la vocation d'un logement, certains maires ont eu le courage de prendre des dispositions radicales en interdisant les locations type Airbnb, et même les résidences secondaires.
Voilà bien une manière d'opposer une résistance à un phénomène qui ne doit pas être une fatalité.
Le bilan de cette envolée immobilière est catastrophique pour les relations intergénérationnelles de notre ville : les enfants ne peuvent plus habiter près de leurs parents ; cette distance géographique complique la garde des petits-enfants par les aînés, tout comme l’aide des jeunes aux anciens pour leurs courses, leurs soins, ou de rapides visites quotidiennes.
À quand un vrai sursaut biarrot, et non des artifices ?
