BIARRITZ : UN DISCOURS MAL «RODET» !

Pour un élu d'opposition, c'est parfois un handicap d'être percutant car cette efficacité à porter ses arguments peut lui conférer le statut de cible idéale de la Majorité.

L'ennui pour la Majorité, c'est quand on ne comptabilise pas un, ni deux, ni trois membres de l'Opposition, mais bien son intégralité, à mener avec intelligence et réflexion son action.

Hélas, aux dossiers travaillés de l'Opposition s'opposent, trop souvent - pour ne pas dire systématiquement - des réponses de madame Arosteguy et de sa Majorité qui ne se situent pas sur le fond, mais seulement sur la forme.

C'est ainsi qu'à la suite de toutes les interventions des élus de l'Opposition, la conseillère municipale déléguée à la «Smart City» - en bon français, la «ville intelligente» - Christelle Rodet, s'est exprimée.

Dans un premier temps, les auditeurs du conseil municipal n'ont su à qui attribuer cette prise de parole car l'image à l'écran ne s'était pas encore portée sur elle. Celle qui durant ce sixtennat sera intervenue seulement à une dizaine d'occasions a donc créé la surprise, tant de la découverte de son timbre de voix, que par le contenu de sa harangue.

Madame Rodet commence fort dans son attaque : «Vous dites tous beaucoup de choses. Vous utilisez ce conseil municipal comme une tribune permanente.».

Remarquable point de vue de celle qui dépend d'une maire qui aura, de manière déloyale, utilisé tous les supports municipaux pour sa promotion personnelle, confondant politique politicienne et vie municipale !

Étonnant point de vue de considérer qu'un conseil municipal serait autre chose qu'un lieu d'expression - donc une tribune - où se déroule l'avenir de notre ville ! Un conseil municipal n'est pas une chambre d'enregistrement, ni d'adoubement, mais bien un moment de débat démocratique. La mairie de Biarritz n'est pas la Douma.

Madame Rodet : «Si je regarde bien dans cette salle, nous sommes vingt-cinq à travailler ensemble sur les projets. Vous êtes neuf dans l'opposition et vous jouez l'opposition. Effectivement, systématique. C'est ainsi. C'est le jeu politique.».

Madame Rodet se trompe. Ils sont bien trente-cinq personnes à composer Majorité (vingt-six élus) et Opposition (neuf élus). Ils sont donc trente-cinq personnes à travailler, quand être dans l'Opposition c'est travailler avec un effort double à fournir. C'est de surcroît un travail bénévole de tous les instants, sans pourvoir compter sur l'aide de l’Administration municipale, ni sur l'aide d'avocats ou d'agences de communication comme le fait si commodément la Majorité.

Madame Rodet s'est peut-être mentalement extraite des conseils municipaux au cours desquels pendant six ans l'Opposition a voté sans rechigner, sans pinailler, sur tant et tant de délibérations. Quel intérêt à mentir sur ce prétendu «jeu politique» ?

Madame Rodet : «Alors on ne va pas vous demander pardon de travailler, de vouloir faire avancer les projets. Vous réduisez quatre ans de concertation sur un projet majeur qui veut trouver des solutions pour loger des Biarrots. On ne bétonnise pas. On ne veut pas raser le bois du Mont d'Orient.».

On peut répéter inlassablement un élément de langage, mais cela n'en fait pas une vérité !

NON, durant ce mandat cette majorité n'a pas réalisé de projet d'avenir.

NON, il n'y a pas eu ni le référendum, ni l'écoute des citoyens promis.

NON, ces logements ne seront pas bâtis pour «loger des Biarrots».

OUI, c'est bien un projet de bétonnisation sur une plaine à vocation sportive.

Qu'ils l'assument, et puis c'est tout.

Avec un air docte et répétitif, madame Rodet poursuit : «C'est quand même assez incroyable. Vous parlez de manipuler les mots, vous passez votre temps à manipuler les mots. On pourrait parler de leçons de Martineaucratie parce que ça fait six ans qu'on écoute des leçons de Martineaucratie. On est très, très polis. On a un respect pour la démocratie, donc moi je ne supporte pas quand j'entends des élus nous dire que l'on est dans un déni de démocratie. On a fait quatre ans de concertation sur ce projet. Qu'est-ce que vous voulez faire de plus ? Mais c'est le jeu politique, ce n'est pas ma nature. Il faut que je l'accepte. Il faut que nous l'acceptions. On est vingt-cinq à travailler ensemble sur tous ces projets.».

Alors on veut bien croire que madame Arosteguy et sa Majorité font des cauchemars la nuit en songeant à tout ce que l'élue d'opposition Corine Martineau a su dénoncer au public biarrot depuis le début de cette mandature ! Mais s'il n'y avait pas eu tant de scandales qui l'avaient émaillée, il est certain que madame Martineau n'aurait pas eu à les révéler.

Madame Rodet accuse l'Opposition de manipuler les mots. On pourrait lui renvoyer le compliment en parlant d'un sujet bien plus intéressant pour les citoyens biarrots : celui de la manipulation des faits. Que ce soit sur le dossier de la Villa Fal, celui de l'Auberge de Jeunesse, au sujet du cinéma Le Royal, à propos des Seniors, de la Culture, de nos écoles... la mystification est permanente.

Puis madame Rodet choisit une autre cible : «Monsieur Barucq, vous voulez attendre encore, faire des audits encore ? Mais il n'est pas temps de construire des logements ? Il est temps de construire des logements. On ne veut pas bétonniser, on est en train de dire depuis plusieurs conseils qu'on veut rendre justement, avoir plus de nature, on veut rendre à la nature. Enfin madame le maire l'a dit, elle a été très claire au début de ses propos sur les délibérations. Je pense que vraiment, voilà, on a été d'une patience mais exemplaire jusqu'à présent.».

Madame Rodet revendique son goût de la démocratie et répond maintenant à ses propres questions. Parfait pour se rassurer soi-même !

Comment peut-on soutenir que l'on rend à la nature, tout en bétonnant un espace non-bâti ?!

La manipulation bat son plein.

Ayant été prise à partie, très naturellement madame Martineau l'interpelle mais son micro reste éteint. Pendant ce temps, faisant preuve d'une psychorigidité surprenante, madame Rodet se répète, tel un disque rayé : le dialoguiste était-il à court d'inspiration ou avait-elle perdu la suite du discours appris ?

Mais à cette offensive l'Opposition n'entend pas en rester là et souhaite prendre la parole... qui leur est refusée.

Mais c'est madame Rodet qui parle de déni de démocratie ! Elle cherche à retourner la situation : «Alors voilà le déni de démocratie, c'est parfait. Voilà donc, excusez-moi de prendre la parole ce soir mais je ne peux pas vous laisser dire qu'il y a un déni de démocratie, je ne peux pas vous laisser dire qu'on ne fait pas notre travail. On est vingt-cinq mais excusez-nous mais si tous les vingt-cinq, chacune des personnes s'exprimait chaque soir comme vous le faites au conseil municipal, je ne sais pas si ça ferait plus avancer les choses. Notre objectif c'est de faire avancer les projets. On ne vous dira pas pardon là-dessus.»

Il est vrai que tant de ces élus hologrammes sont fantomatiques et plongés dans un triste anonymat ! Pensent-ils ? Ont-ils un avis ? Savent-ils de quoi l'on parle ? Le mystère demeure entier.

Que madame Rodet se rassure, le bilan désastreux de ce mandat est sur toutes les lèvres biarrotes.

À la suite de cette inversion accusatoire, se soulève une bronca de l'Opposition qui comprend qu'elle n'aura pas un droit de réponse.

Entre alors en scène madame Arosteguy : «Écoutez, les leçons de morale et les conseils... ça va bien !».

Propos déconcertant, mais qui obéit lui aussi au même principe qui consiste à accuser l'autre de ce qu'on lui fait subir : c'est madame Rodet qui joue les moralisatrices mais c'est l'Opposition qui trinque ! Toujours la même esquive avec l'usage du retournement de situation, mais maintenant on connaît la ficelle.

La pièce de théâtre - un vaudeville ou boulevard, on hésite encore - a été jouée, mais elle aurait mérité quelques répétitions, un scénario plausible, de meilleurs dialogues et une actrice à la ritournelle mieux rodée.

Dans ce jeu de rôle, madame Rodet se place en parangon de la vertu.

Elle n'aura réussi qu'à se présenter comme le porte-voix servile de sa maire et une donneuse de leçon qui n'a rien retenu de l'expression populaire des Biarrots.

Sa tirade aura fait tchoufa !

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