ASSOCIATION DES MAIRES DE FRANCE : INFLUENCE, LOBBYING ET CORPORATISME
Alors que vient de se dérouler la grande messe des maires de France, euh... pardon !, le Salon des Maires de France, auquel madame Arosteguy a assisté en compagnie de son habituelle petite troupe de sa Majorité, quelques réflexions s'imposent.
Vous êtes nombreux à nous avoir demandé d'en parler. C'est désormais chose faite.
Encore un déplacement - payé par les Biarrots, comme de bien entendu - qui n'a guère de sens pour une maire qui, à quatre mois de la fin de son mandat municipal, est sur un départ que tout indique être inéluctable et définitif. Seule l'opportunité de serrer quelques mains de la confrérie, euh... pardon !, du parti, et celle d’activer quelques réseaux personnels, peuvent justifier ce déplacement.
Car son utilité, tant pour les Biarrots que pour la ville, reste très largement à prouver mais... nous le verrons plus loin.
Ainsi que le veut la tradition instaurée par madame Arosteguy, un «mandat spécial pour la participation d’élus au 107e congrès des Maires» avait été inscrit à l'ordre du jour du conseil municipal du 15 septembre dernier. Cela signifie, en clair, la prise en charge de tous les frais inhérents à ce déplacement - frais d'inscription, transport, hébergement, restauration - pour pas moins de six élus de la majorité... et le résultat que l'on sait !
Une nouveauté cette année : madame Pinatel - l'adjointe «à la culture, à l'euskara, aux ressources humaines et aux anciens combattants» - a indiqué «Proposer à un élu de l’opposition de bénéficier également de ce dispositif afin d’assurer une représentation pluraliste et équilibrée de la commune lors de cet événement».
Est-il utile de préciser qu'aucun élu de l'Opposition n'a pris part à ce voyage d'agrément ? Notons-là tout de même le signe que la Majorité a enfin compris que ce déplacement annuel faisait grincer bien des dents à Biarritz et donc, quoi de mieux que de chercher à discréditer l'Opposition en l’invitant à s’y compromettre ! Cette dernière n'est pas tombée dans ce grossier panneau.
Mais revenons, si vous le voulez bien, au rôle de l'Association des Maires de France (AMF) - organisatrice de ce Salon. Cette association se donne pour but de «conseiller, informer, représenter» les maires et les présidents d'agglomérations sur le plan juridique, administratif et financier et de peser auprès de l'État pour faire valoir les intérêts des communes.
Une ville paie une cotisation à l'AMF en fonction du nombre d'habitants de sa commune.
L'AMF compte un bureau de 36 membres et un comité directeur de 100 membres, tous maires d’une commune.
Qu'on se le dise donc très clairement : l'AMF est un groupe composé uniquement de maires.
Vous n'y trouverez aucune personne issue de la société civile, de l'entreprise ou de l'associatif.
Quant au rôle de cette association auprès des maires et des communes : ni elle ne contrôle, ni elle ne régule, ni elle n'arbitre, ni elle ne rappelle ses obligations aux maires, ni elle ne sanctionne, aucun conseil de discipline interne n’existe.
Elle n'accompagne pas les élus qui siègent dans l'Opposition municipale.
L'AMF fonctionne donc comme un syndicat des maires, où s'opère du lobbying et de l'influence menant à un fatal corporatisme.
On retrouve, année après année, des slogans tels «Les communes... heureusement !», «des liens forts pour l'avenir», «la proximité, c'est notre force», «agir au cœur des territoires», «unis et engagés pour nos communes», jamais n'apparaît celui censé être au cœur du sujet : L’ADMINISTRÉ.
Au fait... qu'en est-il du citoyen ?
Vous savez bien ! Madame Toutlemonde qui vote, monsieur Truquemuche qui n'a jamais manqué de se déplacer pour un scrutin.
Pour le savoir, nous avions rencontré un de ses représentants - le vice-président Joël Balandraud - pour lui faire connaître notre grande surprise du vide réservé aux citoyens, les fameux administrés.
Au lieu de chercher le dialogue et la conciliation, celui-ci s'est immédiatement placé dans le camp de l'élu, arguant que l'AMF ne sert pas à cela, et que si le citoyen a besoin d'être défendu... et bien libre à lui de fonder sa propre association. C'est donc le mode opératoire du face-à-face au lieu d'un ensemble fraternel, qu'assumait ce représentant du bureau de l'association. Ça a le mérite d'être clair.
On nous dit donc que la mission de l'AMF n'est pas d'arbitrer les situations de crise entre habitants et maires. Mais face à de graves dérives constatées ici et là en France, l'AMF a-t-elle songé à se réformer, à rétablir la confiance entre citoyens et élus en instaurant un service de médiation ?
Des réformes pour conforter le statut de maire en omettant celui d'administré, alors même que l'un ne va pas sans l'autre ? Est-ce au niveau des attentes d'une société civilisée et moderne ?
L'AMF ne prend jamais la parole pour condamner le comportement d'un maire, alors qu'une large présence médiatique a été assurée pour évoquer les agressions d'administrés envers des élus et, à ce titre, des revendications statutaires et financières.
Bienvenue dans la France de 2025 ; tous les jours des infirmières, des bijoutiers, des policiers, des serveuses sont agressés. Qui pense à eux ? Les maires ne sont qu'une catégorie de plus à être concernés par la malveillance dont sont victimes TOUS les autres Français.
Alors, face à ce flagrant déséquilibre, doit-on véritablement s'étonner de la défiance des citoyens envers les élus et les partis ?
Un maire ne tient sa légitimité que du citoyen-électeur. Pour autant, un bulletin de vote n'est pas un blanc-seing qui permet à un élu d'être irrespectueux, calomniateur et diffamateur envers ses administrés.
Un élu - maire, adjoint, ou conseiller municipal - qui s'est personnellement rendu coupable d’un comportement répréhensible, ou qui tient des propos calomnieux et mensongers à l'adresse d'un citoyen, voit quand même ses frais de justice pris en charge par la commune - c'est-à-dire les contribuables de sa commune - si ledit citoyen entend réagir de manière judiciaire. En revanche, le citoyen victime de propos inappropriés voire insultants d'un élu doit, lui, payer de sa poche les frais de procédure et ceux de son avocat. Les frontons des mairies n'indiquent-elles pourtant pas la devise «LIBERTÉ, ÉGALITÉ, FRATERNITÉ» ?
Et que dire d'une maire qui calomnie et diffame d'autres élus qui ont la particularité d'être dans les rangs de l'Opposition ? Rien n'est non plus prévu pour eux. Allo ! Ça ne choque personne à l'AMF ?
En remake des années précédentes, plusieurs débats, tables rondes et prises de parole ont eu lieu au cours de ce Salon des Maires, autour de sujets relevant de la vie municipale.
Il est remarquable que lors du forum intitulé «Lever les contraintes à la maîtrise foncière au service des politiques d'aménagement» dont l'intention était d'évoquer les difficultés dans la gestion du foncier des communes, et au cours duquel plusieurs acteurs politiques (maires, ministres, notaires et présidents d'agglomération) se sont exprimés, la maire de Biarritz ne fut pas associée à ce sujet - et à aucun autre d'ailleurs. Il semble pourtant qu’il soit central pour l'avenir de notre ville.
Toujours à ce Salon des maires, des débats sur :
-la «Fin de mandat ou nouveau mandat, comment bien épargner pour sa retraite d'élu local, quels nouveaux services»,
-«La lutte contre les atteintes aux élus : une priorité nationale. Élus et Justice : informer et accompagner»,
-les «Élections municipales 2026 : Bien préparer le scrutin et anticiper la suite»,
-comment «Animer et fédérer une équipe municipale, une mission sur 6 ans»,
-ou encore «Mieux appréhender la responsabilité juridique et financière des élus».
Voilà à quoi servent nos impôts ! De qui se moque-t-on ?
À force de ne parler que de droits, ces maires n'oublieraient-ils pas de penser à leurs devoirs ?
Où est la transparence ? Où est la déontologie ? Où est le respect que mérite tout administré ?
Où est notre droit de contrôle en tant que citoyen ? Quel statut pour nous citoyens, pour pouvoir accéder facilement, en ligne, à des documents administratifs automatiquement disponibles ? Car il ne s'agit QUE d'argent public, sur lequel il est normal pour nous tous d'avoir un droit de regard.
Sous l’œil bienveillant de Marianne, peut-on espérer que les consciences changent et qu’une moralisation vienne enfin équilibrer, en ce XXIème siècle, le statut de maire et celui de citoyen ?
