À QUI SERAIENT ATTRIBUÉS LES LOGEMENTS SOCIAUX D'AGUILERA ?

Pour mieux imposer un projet qui ne trouve guère la faveur des habitants, il faut parfois faire des acrobaties. L'une d'elles consiste à laisser imaginer, à de braves gens qui ne savent pas forcément quels sont les critères d'attribution d'un logement social, que le simple fait d'être Biarrot leur confère, dans leur ville, un statut privilégié pour en bénéficier.

Pourtant, le lieu de résidence, de naissance ou de préférence n'est non seulement pas considéré comme un critère valable de priorité par les autorités, mais un tel passe-droit est illégal.

Du ou des demandeur/s sont bien entendu pris en compte leurs revenus qui ne doivent pas dépasser un certain plafond, leur situation de précarité (familiale, physique, etc) qui rend leur candidature au logement prioritaire, et évidemment le fait de détenir la nationalité française ou un titre de séjour valable.

Néanmoins, en mairie de Biarritz certaines personnes qualifient de «Biarrots» les prochains occupants de ces logements prévus à Aguilera. Qu'une fois installés ils le deviennent, cela ne fait pas l'ombre d'un doute. Mais confondre ces demandeurs d’un logement à Biarritz avec des Biarrots de souche ou de cœur relève d’une supercherie qu’il convient de déjouer pour ne pas se laisser manipuler.

Pour l'élu d'opposition Sébastien Carrère, cette question est à prendre avec des pincettes et il explique pourquoi : «Sur ce logement des "Biarrots" - je mets des guillemets - comment allez-vous faire puisque le lieu de résidence d'un demandeur ne peut pas être légalement un critère d'attribution ? C'est-à-dire que dans les demandeurs, et bien il y a des Biarrots, des gens qui sont nés à Biarritz ou qui ont grandi à Biarritz, mais aussi des gens des communes voisines, du département et plus loin. Donc je ne comprends pas cette explication, cette promesse que vous faites puisque, par définition, le lieu de résidence d'un dossier ne peut pas être un critère. Et même... quelqu'un qui n'aurait pas un logement pourrait attaquer la décision de la commission d'attribution.».

Madame Patricia Pourvahab - adjointe au Logement - répond à cette interrogation : «Tous les bailleurs sociaux ont accès à la plateforme pour savoir quels sont les candidats qui pourraient correspondre à la demande au niveau typologie. Heu... donc il y a des candidats qui sont de Bayonne, d'Anglet, Saint-Jean-de-Luz, Hasparren, Lahonce, et tous les bailleurs sociaux fonctionnent avec nous pour prioriser des candidats qui viennent de la commune. Que ce soit Biarritz, Anglet, Bayonne, tout le monde fonctionne comme ça. Ils sont tous extrêmement sensibles. Après, je suis présente à toutes les commissions d'attributions et c'est vrai que s'il y a trois dossiers - comme je l'ai déjà dit - avec une personne qui vient de Bayonne et deux personnes qui viennent de Biarritz, je vais soutenir la candidate ou le candidat de Biarritz. Mais la commission est souveraine, et après il y un vote, donc ce n'est pas simplement nous, la mairie, c'est général. Il y a des, des, des représentants de plusieurs organismes. Donc voilà. Est-ce que j'ai répondu à la question ?».

En effet, madame Pourvahab a correctement répondu à une question qui ne lui était pas posée. Celle selon laquelle la commission est bien souveraine dans son attribution à madame X ou à monsieur Z. C'est donc difficile - pour ne pas dire impossible - de promettre à des personnes qui ont fait une demande en notre ville que leur dossier sera retenu dans les hypothétiques futurs logements sociaux d'Aguilera. La question essentielle portant sur la notion de Biarritzitude - si vous nous permettez ce néologisme - qui ne saurait peser favorablement lors de l'attribution d'un logement social n’a, par contre, pas fait l'objet d'une réponse de madame Pourvahab.

Méconnaissance du sujet ou bien volonté d’esquiver une question frontale ?

Et l'élu d'opposition Patrick Destizon de prévenir : «Une réaction à ce que vient de dire madame Pourvahab. Deux phrases... Attention quand même ! Enfin voilà, je ne voudrais pas qu'il vous arrive des ennuis. Vous risquez... Attention au délit de favoritisme qui est un danger. Je vous le dis gentiment et aimablement, dans votre intérêt.».

En effet, un cadre très strict permet d'éviter le favoritisme qu'évoque monsieur Destizon mais, malgré tout, des failles existent et ont permis d'intolérables et massives fraudes.

Quant à Sébastien Carrère, la réponse de madame l'adjointe ne le convainc pas : «Ça reste très théorique et effectivement ce ne sera que quelques logements, mais il faut dire la vérité ! Il faut arrêter d'utiliser toujours les mêmes expressions. Enfin vous m'avez compris : on ne fait pas du logement à Aguilera pour les Biarrots ! On fait du logement... Il y a un besoin en logement, quelques-uns de ces logements pourront être attribués à des Biarrots, à condition que quelqu'un ne vienne pas attaquer la décision de la commission d'attribution car, comme je l'ai dit, ça ne peut pas être un critère. Voilà bon, on a échangé mais je n'y crois pas personnellement.».

Des fraudes dans les attributions dont peuvent se rendre coupables des élus - soit par souci de faire plaisir, soit par préférence familiale, soit par compensation - perdurent largement, et les exemples pleuvent partout en France, dans tous les bords politiques. Il faut donc écouter les propos de pondération de messieurs Carrère et Destizon avec grand sérieux.

En effet, la loyauté consisterait à dire, à tous, la vérité : ces logements sont attribuables à n'importe quel postulant qui en ferait la demande, de la Seine-Saint-Denis aux Bouches-du-Rhône, en passant par le Bas-Rhin. C'est un fait incontestable.

Mais comme la bétonnisation n'est jamais vue d'un bon œil par les habitants qui sont déjà logés, cette Majorité municipale a cherché à s’accommoder avec ce fait.

En l'espèce, la transformation du Plateau Aguilera qui jusqu’ici était tout entièrement consacré aux Sports, ne ravit ni les usagers des infrastructures sportives, ni les soignants, professionnels et patients de la polyclinique, ni les riverains, ni les amoureux de leur ville.

Si bien que pour contrecarrer les arguments - maintenant connus de tous - des opposants au projet Aguilera/Arosteguy, il fallait que cette Majorité municipale trouve une très bonne raison, une raison noble. Quoi de mieux, donc, que de dire que l'«on va loger les Biarrots» ?

Connaissant les préjugés liés au logement social et à ceux qui pourraient prétendre y vivre, madame Arosteguy a joué la carte du localo-local pour faire vibrer la corde sensible de chacun. C'est-à-dire laisser accroire que seuls des Biarrots auraient accès à ces nouveaux logements sociaux. Et des Biarrots qui auraient besoin d'un logement à un tarif abordable, on en connaît tous.

Mais en vérité la carence de logements ne doit pas être traduite par une nécessité de créer du logement par la construction. Il s'agit, de manière pertinente, de rendre disponible du logement déjà existant. Notamment en pesant davantage sur les parlementaires pour que soient mieux adaptées les lois locatives, à la fois aux besoins des locataires qu’aux préoccupations des propriétaires.

Lorsqu'en séance du conseil municipal du 15 septembre dernier, Madame Cascino déclare à l'opposition : «Vous nous dites d'une manière générale, il faut arrêter de densifier, arrêter de densifier, arrêter de construire, arrêter de bétonner... Oui Biarritz est la plus forte densité du département, mais Biarritz est une ville qui attire, donc il nous faut du logement... [puis consciente du cynisme de son propos, poursuivant] ne serait-ce que pour loger les Biarrots.», elle suscite la colère du public, lequel se fera entendre - les murs de la mairie ont tremblé ! - par les cris de «DÉMISSION» et de «KANPORA».

Cet aveu de l’élue à l’Urbanisme qu’à Biarritz il faut construire des immeubles pour satisfaire la demande de personnes venues d'ailleurs est parlant... mais ne correspond pas au storytelling mis en place par sa maire qui soutient que ce sont des «Biarrots» qui en seront les bénéficiaires.

Madame Cascino a bien tenté de rattraper sa bourde en complétant sa phrase par : «ne serait-ce que pour loger les Biarrots» (sic). Mais ce lapsus a le mérite de dénoncer le fond de la pensée de son groupe : accueillir toujours plus, participer à la spéculation immobilière quand, dans le même temps, les enfants du pays partent contraints et forcés.

Dès lors, la question se pose : s'agit-il d'incompétence ou de mensonge éhonté quand madame Arosteguy et son équipe font valoir que les logements du projet Aguilera iront préférentiellement aux Biarrots ?

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