UN PEU DE DOUCEUR AVANT LE BRUIT DES PELLETEUSES

Ne pouvant faire détourner madame Arosteguy et ses élus-suiveurs de la Majorité municipale de leur projet destructeur sur le Plateau Aguilera - ni par la raison, ni par la colère, ni par les menaces-, Guillaume Barucq a eu une approche différente lors du houleux conseil municipal du 15 septembre dernier, lors duquel les appels à la démission ont fait vibrer les murs : celle de faire vibrer la corde sensible de ceux qui se souviennent du temps heureux où résonnaient le cri des pelotaris et les acclamations des spectateurs.

Un temps où Aguilera était synonyme de pratiques sportives, de fêtes et de retrouvailles entre Biarrots.

Un temps où même l'appétit des bétonneurs n'osait toucher à cet espace sanctuarisé.

Un temps «que les moins de vingt ans ne peuvent pas connaître»...

Mais ce temps-là, Guillaume Barucq l'a connu. Il redevient alors enfant et se souvient, empli de «pensées vagabondes», car quoi mieux que le sport est vecteur de souvenirs ?

Celui qui «rêve aux printemps qui demeurent» nous a livré, en conseil municipal, une poésie de sa plume légère dont nous vous partageons l'émotion :

«C’était un petit fronton à Aguilera,

Dressé depuis 1913,

Un mur de pierres, mémoire muette,

Où vibrait l’écho des jeux et des fêtes.

C’était un petit fronton à Aguilera,

Les enfants y lançaient la pelote légère,

Leurs rires mêlés au choc des balles,

Un souffle basque, une joie ancestrale.

C’était un petit fronton à Aguilera,

Mais un matin de septembre 2025,

La mairie écrivit qu’il fallait le déclasser,

Et que son temps devait s’achever.

C’était un petit fronton à Aguilera,

Bientôt des logements s’élèveront à sa place,

De nouveaux habitants viendront sans trace,

Ignorant la vie et la culture qu’il portait,

Et qu’aucune pelleteuse n’aurait dû effacer.»

Un hommage nostalgique semblable à celui qu'en son temps l’interprète Jacques Dutronc et le parolier Jacques Lanzmann faisaient à ce «Petit Jardin» de Paris, alors qu'un jour «passa un homme qui, au revers de son veston, portait une fleur de béton». Toutes les implorations faites à ce promoteur ne le priveront pas de raser ce «petit jardin qui sentait bon le métropolitain», au profit d'une entrée de parking...

À la suite de son récit, l'élu d'opposition Barucq a invité l'assemblée présente à une réflexion sur l'importance du fronton en terre basque qu'il définit à juste titre comme un «espace public emblématique du Pays Basque» ; nous ajouterions qu'il est un élément indissociable de l'imaginaire basque.

«Sauvons nos frontons», tel est le cri de Guillaume Barucq qui partage ses lectures en invoquant le livret d'Éric Sajous - «La Pelote Basque à Biarritz» - d'où il tire cet extrait : «La pelote fait partie intégrante de l'histoire de Biarritz, de sa culture, de sa tradition, au-delà de l'aspect purement sportif. Les nombreuses canchas implantées dans tous les quartiers de la ville témoignent de l'empreinte de la pelote à Biarritz, de même que son club historique, ses clubs de légende.».

Puis, contre toute attente, monsieur Barucq déclare : «Cette préface, madame le maire, elle est de vous ! Je vous cite.» et de poursuivre : «ça me fait rire quand vous dites qu'aucun terrain de sport ne sera sacrifié, alors que finalement l'espace le plus emblématique du Pays Basque qui est un fronton n'est même plus considéré !».

Comprenant la symbolique désastreuse sur son image que de raser un fronton historique qui date de 1913, madame Arosteguy réplique «il sera reconstruit».

Comme si l'on pouvait démolir l'Arc de Triomphe et le rebâtir dans un ailleurs, quelque part, on ne sait où !

Et pourtant, c'est une évidence que de dire que l'histoire du Sport se raconte aussi au travers de ses lieux de pratiques et que le patrimoine architectural sportif est reconnu comme un bien précieux à sauvegarder : du Stade Gerland à l'Hippodrome de Longchamp, du Vélodrome de Marseille au Stade Roland-Garros, et tant d'autres lieux de jeux, chacun y a tissé des souvenirs impérissables.


Guillaume Barucq le proclame : «Un fronton c'est un espace de vie ; le supprimer, c'est rompre un lien entre la ville et ses citoyens et c'est effacer une mémoire.».

Nous y voilà ! Le mot «mémoire» est lâché ! Ce mot qui ne trouvera pas de résonance, durant ce mandat, chez les élus de la Majorité, tous ayant démontré une triste méconnaissance de l'histoire de notre ville, de ce que signifie «être Biarrot», de ce que les lieux patrimoniaux portent en eux bien au-delà de leur simple présence physique ou de leur valeur immobilière. Cette inexpérience de ce qu'est véritablement Biarritz a conduit cette Majorité à dilapider des murs chargés d'une histoire et de vies passées : la Villa Fal en est une flagrante illustration, mais hélas pas l'unique exemple. C'est ce qu'appelle l'historien et académicien Pierre Nora «Les lieux de mémoire», où un «Un objet devient lieu de mémoire quand il échappe à l'oubli, par exemple avec l'apposition de plaques commémoratives, et quand une collectivité le réinvestit de son affect et de ses émotions». C’est sans doute une formidable définition de ce que représente la Plaine Aguilera pour nous tous : le Stade Léon Larribau certes, le Jai Alai bien évidemment, mais aussi un espace dans lequel évoluent et interagissent des humains qui tissent une mémoire et une identité collective.

Qui aurait le droit de piétiner, de profaner ces souvenirs de toute une communauté ? Est-ce cela respecter la transmission qui nous a été faite par nos Anciens ?

Laissons le dernier mot à Guillaume Barucq qui énonce avec force : «Moi, j'aurais préservé ce fronton, je l'aurais réhabilité.».



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