PROJET AGUILERA : QUELLE EST LA POSITION DE L’ÉLU PATRICK DESTIZON ?
Les Biarrots le savent. Il est difficile, pour ne pas dire impossible, de contrevenir au règlement en vigueur en présence de Patrick Destizon. Si cela peut déranger certaines et certains de la Majorité, d'autres y voient l'expression d'une expérience mise au service du bien commun.
L'élu d'opposition connaît la chanson, lui qui a occupé - dans le passé - plusieurs années durant les responsabilités d'adjoint aux Travaux : «Ces terrains avaient vocation à servir de réserve foncière pour de futurs développements d'équipements sportifs désormais directement menacés. Nous sommes ainsi un certain nombre de conseillers municipaux à nous être opposés à ce projet, lors du conseil municipal du 7 juillet. Mais nonobstant notre opposition sur le fait que pour nous, le plateau sportif d'Aguilera doit rester strictement dédié au sport, la procédure de déclassement du domaine public communal que vous nous proposez de valider présente un certain nombre de problèmes et d'irrégularités.».
«1er problème : l'inversion du calendrier entre l'autorisation de vente des terrains et leur déclassement du domaine public.»
Faisant alors référence à des articles issus du Code général de la propriété des personnes publiques (CG3P) et du Code général des collectivités territoriales, Patrick Destizon explique que s'il prévoit la «Possibilité de céder des propriétés publiques sans déclassement par dérogation, il le réserve exclusivement à des cessions ou à des échanges entre personnes publiques. Et ce n'est pas ici le cas, puisque la société Aldim - retenue lors du conseil municipal du 7 juillet - indique bien l'intention de la mairie de céder ce bien au profit d'une société commerciale. Quand bien même l'acte de vente n'est pas encore signé, l'intention d'aliéner des terrains du domaine public communal est manifeste. Par conséquent, la procédure de déclassement du domaine public (…) qui a donné lieu à une enquête publique préalable avec un commissaire-enquêteur du 7 août au 22 août 2025, aurait dû avoir lieu avant le vote de la délibération du 7 juillet 2025. Il s'agit là d'une violation flagrante et caractérisée de l'article L 111 alinéa 1 du CG3P.».
Mettre la charrue avant les bœufs : en l'espèce, cela contrevient aux deux Codes qui sont les Bibles de tout élu expérimenté.
Ça continue : «2ème problème : la durée et la période de l'enquête publique préalable au déclassement du domaine public. Réaliser une enquête publique entre le 7 et le 22 août à Biarritz, alors que la plupart des habitants - et notamment des riverains - sont en vacances, relève de toute évidence d'une volonté de la mairie de Biarritz... de passer le plus inaperçu possible ladite enquête et empêcher beaucoup de personnes concernées de s'exprimer. Il est à noter qu'aucune concertation préalable n'a été organisée par la mairie au sujet de ce projet de déclassement. Et même si la réglementation ne l'impose pas formellement, une concertation est vivement recommandée dans ce type de procédure. Enfin, un délai de 15 jours est le strict minimum imposé par la législation, et il est là aussi à noter que malgré l'absence de concertation préalable, la ville n'a retenu pour la durée de l'enquête publique que le minimum légal le plus court possible. Cet ensemble de faits traduit, de toute évidence, une volonté de dissimulation de la mairie du projet de déclassement.».
Monsieur Destizon rappelle le choix ennuyeux du commissaire-enquêteur : «3ème problème : la personnalité du commissaire-enquêteur. Il s'avère en effet que monsieur Philippe Mahou a été nommé par l'autorité préfectorale, sur suggestion de la mairie du fait de la difficulté - vous l'avez rappelé - de trouver un commissaire-enquêteur disponible en plein mois d'août. Comme Philippe Mahou est par ailleurs président d'une association très connue à Biarritz qui a été par le passé bénéficiaire de subventions de la ville, ce qui jette au minimum un doute légitime sur son libre arbitre et son impartialité dans son analyse des 171 contributions qui malgré la période défavorable ont été consignées. De plus, le fait de remettre un rapport, sur un dossier aussi complexe et aussi sensible, en seulement 13 jours - le rapport ayant été remis le 4 septembre - pour un commissaire-enquêteur dont c'est la première enquête publique, nous laisse très dubitatifs.».
Soucieux de dépenser avec mesure les deniers des contribuables biarrots, l'élu d'opposition s'indigne à juste titre : «4ème problème, la destruction du terrain Coubertin et le fronton municipal. Le terrain Coubertin est en effet intégré au déclassement du domaine public. Or ce terrain a fait l'objet d'une rénovation en 2019, lorsque j'étais en charge des Travaux, il y a à peine six ans donc, pour un montant d'environ 500.000€. Il s'agit là d'un gaspillage manifeste des deniers communaux. Il est aussi à relever que la réimplantation d'un nouveau terrain de grand jeu, en remplacement de Coubertin qui serait pivoté à 90 degrés et qui a été promis par le maire, ne paraît plus sur aucune des délibérations présentées au conseil municipal du 15 septembre. Or la ville manque cruellement de terrains de grand jeu : elle n'en dispose que de neuf, là où par exemple Bayonne en a 26. De même, le fronton municipal - et je remercie Guillaume Barucq pour ce moment de poésie sur ce fronton municipal -, qui doit être détruit consécutivement à la vente alors qu'il a une histoire, qu'il s'intègre - Guillaume l'a rappelé - dans le patrimoine biarrot. Je ne parlerai pas des 240.000€ qui ont été dépensés pour aménager un passage piéton vers la polyclinique Aguilera et qui n'a pas d'autre finalité que d'utiliser le parking. On se demande à quoi servira ce passage clouté ? Tout ça n'est pas une façon sérieuse de gérer les deniers publics.».
Pour Patrick Destizon - ainsi que pour les Biarrots - le timing pose question : «5ème problème, qui est peut-être le plus grave : la précipitation dont vous faites preuve dans la gestion des différentes étapes du projet de vente à des fins de densification urbaine. L'enquête publique a été à peine remise dans des délais très inhabituels pour ce type de procédure et le déclassement même pas encore voté, que vous avez pris, madame le maire, un arrêté le 12 septembre, interdisant le stationnement sur les emprises qui sont l'objet du déclassement. Et dès le 9 septembre, avant même que l'arrêté prenne effet, la ville commence à détruire les garde-corps du terrain Coubertin et à préparer une future zone de chantier.».
Cherchant la voie de la conciliation avant le combat, l'élu d'opposition constate : «Il y a beaucoup de fébrilité dans votre volonté d'aller très vite, avant les échéances électorales des 15 et 22 mars 2026. Ce qui n'est pas de nature à mener un tel projet de façon convenable, maîtrisé et apaisé. Nous vous invitons par conséquent à prendre plus de temps pour examiner les enjeux et les conséquences que pourrait avoir une réalisation précipitée d'un projet aussi sensible pour une grande partie de la population biarrote, en retirant cette délibération et les deux prochaines de l'ordre du jour de ce conseil municipal de ce soir. Lorsque nous avons choisi, Guillaume Barucq, Corine Martineau et Sébastien Carrère un recours gracieux, c'était pour vous laisser la possibilité d'apaiser le débat et de laisser un peu plus de temps pour une réelle concertation qui n'a pas eu lieu.».
Patrick Destizon conclut : «J'étais obligé d'élever le ton, je n'aime pas ça, madame le maire. Je n'aime pas cela. Mais votre radicalité et votre volonté d'aller très vite nous obligent à ce genre de démarche et croyez-moi, nous n'aimons pas ça. Mais nous n'avons pas le choix car vous nous mettez devant le fait accompli, vous voulez passer en force, vous ne réalisez pas de concertation, vous ne consultez pas les oppositions qui tout de même, si elles sont divisées, représentent quand même 50% des voix en 2020... Vous nous obligez à ce type de comportement et nous le regrettons. Avec ce recours gracieux, nous avons tenté de vous tendre une main pour que vous puissiez laisser une chance au débat. Nous ne vous demandons pas de vous ranger totalement sur nos avis, nous vous demandons simplement de laisser un peu de temps au temps, de laisser une chance au débat, de laisser une chance à ce que les gens comprennent les enjeux de ce débat. Je crains, hélas, que vous n'alliez pas dans notre sens et, croyez-moi, je le regrette très sincèrement.».
Rien n'y fait, madame Arosteguy et ses élus-suiveurs restent hermétiques aux arguments avancés par un élu expérimenté qui exerce le rôle d'élu municipal depuis 1998. Au lieu de consulter, de débattre, et de construire avec une opposition qui a compétence, la Majorité municipale s'est repliée sur elle-même au risque de voir son Plan pour Aguilera s'écrouler sous les «problèmes et les irrégularités» dénoncées si pertinemment par Patrick Destizon. «Comme on fait son lit on se couche» : ce proverbe prend ici tout son sens.
