PROJET AGUILERA : CE QUE DIT L'ÉLU BIARROT BRICE MORIN
Alors que le conseil municipal était appelé à voter, le 15 septembre dernier, sur le déclassement des terrains d'Aguilera au profit de constructions immobilières, Brice Morin a souhaité poser quelques faits : «Depuis 20 ans, Biarritz s'éloigne de ses habitants. Les chiffres sont implacables. Plus de 4.000 résidences secondaires depuis 2000, mais seulement 650 logements sociaux. Le taux plafonne à 11%, loin des 20% imposés par la Loi SRU.».
Il explique que «Le plateau Aguilera est devenu le symbole de cette dérive. Quatre ans d'atermoiements, puis une précipitation suspecte à l'approche des élections. Études écartées, réunion publique sans synthèse, choix du promoteur en deux jours, modifications du PLU et enquête publique expédiée en plein mois d'août. Résultat : un projet gonflé à 424 logements, dont une partie en résidences secondaires, sacrifiant des terrains sportifs et introduisant des bâtiments de 25 mètres de haut, sans solution crédible pour le stationnement.».
Puis l'élu d'opposition est revenu sur l'invraisemblable désignation du commissaire-enquêteur : «Le commissaire-enquêteur a donné un avis favorable sans réserve. Une prouesse bureaucratique ! Un rapport qui n'est pas un rendu d'enquête mais un blanc-seing. Un commissaire-enquêteur par ailleurs président des Ours Blancs. N'y aurait-il pas ici, madame le maire, un conflit d'intérêt ? Le commissaire-enquêteur a choisi de fermer les yeux sur l'essentiel, les inquiétudes légitimes des habitants, des associations, des usagers du plateau. Ironie de l'histoire, on appelle ça une enquête publique, mais le public a parlé dans le vide.».
Se faisant toujours le défenseur des usagers du plateau sportif, monsieur Morin s'inquiète : «Quelques points méritent d'être rappelés : sur le stationnement, on supprime 156 places gratuites aujourd'hui, pour promettre un jour peut-être un parking souterrain payant de 400 places. En attendant, les salariés du BO, parents de l'école de rugby, patients de la clinique : débrouillez-vous !
Sur la circulation, des comptages présentés mais jamais partagés, aucune vraie étude de mobilité, aucun scénario alternatif.».
Aucun aspect du problème n'est ignoré par l'élu Morin : «Sur l'environnement, on nous dit : pas besoin d'étude d'impact parce qu'il y a déjà du béton ! C'est faux et c'est contraire à l'esprit de la Loi Climat et Résilience qui impose de mesurer les impacts cumulés, artificialisation, biodiversité, bruit, eau, sol. Rien de tout cela n'a été traité sérieusement.».
Il rappelle un autre point sur lequel un certain flou est entretenu : «Sur le modèle économique, une place souterraine qui coûte 50.000€. Qui paye ?! On devine déjà la réponse : plus de logements spéculatifs pour rééquilibrer les comptes ou des coupes sur la qualité architecturale, environnementale et, comme souvent, ce sont les logements sociaux qui trinqueront.».
Et de confirmer l'attachement des Biarrots à ce site : «Et sur l'héritage sportif - enfin ! - Aguilera a été identifié comme la mémoire collective, comme un site sportif à préserver. Ce rappel des habitants a été balayé : silence radio !».
La ville de Biarritz pouvait-elle concevoir un autre projet, plus respectueux du site et des besoins de la population ? Brice Morin l'affirme : «Pourtant - je le répète - une alternative sérieuse existait. Aguilera Berria ! Notre proposition prévoyait 200 logements, en périphérie du plateau, dont 165 seulement au niveau du terrain Coubertin. Tous connectés au transport pour préserver la vocation sportive au cœur du site. L'offre était claire : 86% de logements sociaux, 14% à prix maîtrisé : 100% de logements accessibles. Ce scénario maintenait le Bendern, relogeait l'USB, conservait un équilibre entre Sports, Habitat et Environnement. Un coût nul, qui offrait une cohérence sociale que le projet actuel piétine.».
Mais l'élu Morin a bonne mémoire et il s'en sert : «En 2022, madame le maire, vous qualifiez notre projet - si vous vous rappelez - d'escroquerie financière et intellectuelle. Avec du recul, on se demande si vous ne parliez pas déjà du vôtre.
Une escroquerie financière ? Quand vous avez retenu la proposition d'un promoteur 4 millions d'euros en-dessous des autres ?
Une escroquerie intellectuelle ? Quand vous avez expédié une enquête publique en 15 jours au cœur de l'été - en plein mois d'août -, lancé les travaux dès le 12 septembre avant même que nous ne votions les délibérations sur les déclassements des emprises dédiées aux voiries, au parking, ouvert la circulation au terrain Coubertin, de la piste de course l'entourant et du fronton ? Et pour aller encore plus vite, les barrières Coubertin ont été retirées dès le 9 septembre. Comment est-ce possible?! Pourquoi une telle précipitation ?! Pourquoi cet empressement à brader les dernières terres publiques de Biarritz ? Madame le maire, chers collègues, ce que vous nous proposez aujourd'hui n'est pas un projet de logement social, de logement accessible. C'est une opération immobilière hasardeuse, fragile économiquement et rejetée socialement. Ce que nous décidons aujourd'hui, nous le léguerons aux générations futures. Il est encore temps pour vous de corriger ce choix.».
Mais comme toujours à la suite d'un récit construit d'un membre de l'opposition, madame Arosteguy oppose soit le silence, soit une réponse qui n'est pas sur le fond de l'affaire.
Elle répond donc : «La remarque de monsieur Morin sur l'éthique ou la probité du commissaire-enquêteur me laisse assez glacée. Vous entendez que parce qu'il est président d'une association, dont d'ailleurs je ne fais pas partie, mais des membres de l'opposition oui, cet homme pourrait ne pas être honnête ? Moi c'est ce que j'entends.».
La question n'est pas de savoir qui fait partie, parmi les membres du conseil, de l'association des Ours Blancs - ceux-ci ayant bien le droit, sur leur temps libre, de s'engager là où ils le souhaitent ! - mais bien la légitimité de son président à remplir un rôle important sur le devenir d'Aguilera.
S'ensuivit un dialogue ping-pong entre Brice Morin et madame Arosteguy dont nous vous épargnons les détails.
Face à la surprise feinte de madame Arosteguy, monsieur Morin a développé : «Je pense juste qu'un commissaire-enquêteur hors de Biarritz aurait été facile à trouver (…) c'est quand même étonnant qu'autant vous que lui ayez accepté. Ça aurait pu être n'importe quelle association, en fait. (…) Vous vouliez vraiment faire cette enquête le 15 août ?! Forcément ? Je suis désolé mais... (…) Il y a un conflit d'intérêt, plus, plus ! Attendez, président des Ours Blancs, madame le maire !» L'élu Morin éclate de rire : «Quand même ! Eh ! Excusez-moi ! Non mais c'est une blague, vous êtes en train de me dire quoi ?! Non mais il y a un conflit d'intérêt !».
Jouant encore la candide, madame Arosteguy : «Mais conflit d'intérêt de quoi ?».
Monsieur Morin lui répond : «Ah bon ! Pour vous c'est normal que le commissaire-enquêteur soit le président d'une association de Biarritz ? Pour vous, ça ne vous pose pas problème?! (…) C'est comme monsieur Alday qui reste pour la délibération, alors que moi, pour un minuscule rapport de l'Atabal, je dois sortir ! Excusez-moi, mais là aussi, à un moment donné, il faut quand même...» (…) Monsieur Alday pouvait rester pour la délibération, mais moi il fallait que je sorte. Donc en fait, il y a deux poids deux mesures à chaque fois ? Bon, ce sera aux Biarrots de juger !».
Oui, Brice Morin, nous jugeons. Les urnes rendront bientôt leur verdict !
