«L'ÂME D'UNE VILLE» : CETTE PART IMMATÉRIELLE




Nous en avons déjà parlé : la disparition par destruction municipale d'un fronton qui date de 1913 est le symbole de l'effacement organisé de l'histoire de Biarritz.

L'élu d'opposition Guillaume Barucq a proposé un court texte dont nous vous recommandons la lecture (voir notre post d'hier) qui a pour intérêt de recentrer le débat, non plus seulement sur des règles et des lois qui régissent le bon déroulement d'un projet dans le cadre d'une municipalité, mais sur ce que peut représenter - comme part affective - un espace préservé de génération en génération, une spécificité vernaculaire, une tradition séculaire.

Cet héritage commun - mémoire immatérielle - est ce qui permet à une cité de revendiquer une identité propre. Car c'est bien de notre histoire, qu'elle soit locale, régionale ou nationale, qu'il s'agit.

À une époque où l'on piétine allégrement et impunément nos grands Hommes, notre Histoire, nos Dates marquantes, est-ce si surprenant ?

Au plus haut niveau, le président Macron ne dit-il pas qu'«Il n'y a pas de culture française» ? Comment alors transmettre cette notion de bien commun qu'est notre Culture commune, qu'elle se rapporte à l'Art, à la Littérature, à l'Architecture ou à la Gastronomie ? Et si on y accolait le Sport, tant sa dimension esthétique n'est plus à démontrer ?

La pelote basque fait aussi partie de cette France. Et il serait réducteur de ne l'assimiler qu'à un sport, c'est aussi un Art. Pour tous ceux qui connaissent le Pays Basque, c'est un Art qui s'exprime dans l'espace public, au centre du village, entre l'église, la mairie et d'immuables platanes. La pelote qui heurte le fronton, c'est un bruit reconnaissable entre mille. Ce fronton, partie intégrante d’un paysage qui ne serait certainement pas le même sans lui.

Sur la Côte Basque, l'identité particulière d'un pays basque qui s'inscrit dans la France a été peu à peu édulcorée sous l'assaut du Tourisme, l'afflux de gens venus d’ailleurs, d’un renoncement à la fois volontaire ou subi pour diverses raisons, et les convoitises bétonnières. Peut-on donc imaginer le symbole que représente la destruction d'un fronton historique dans une ville qui a déjà suffisamment eu à souffrir de désacralisations ?

L'élu d'opposition Patrick Destizon a rebondi ainsi sur l'approche de son collègue Guillaume Barucq : «Guillaume Barucq m'a ému avec son poème sur ce fronton car il m'a fait penser à quelque chose, monsieur Chazouilleres m'y a fait penser, en appliquant un critère d'utilité. Critère d'utilité que ce fronton ne servait plus beaucoup, un critère d'utilité qui est un critère froid, sec, tranchant, parfois inhumain. Je préfère lui opposer, moi, un critère de mémoire et un critère de sensibilité.».

En effet, ce critère «d'utilité» retenu par monsieur Chazouilleres est assez déroutant. Car tout ne relève pas de la notion d'utilité. Peut-on dire qu'une œuvre d'art installée dans l'espace public soit d'une utilité primordiale ? Pas forcément si on lui oppose le soin que l'on doit plutôt apporter à une école en mal de travaux. Pour autant, l'art offert à tous est ce qui permet une élévation de l'âme, rendant ainsi son utilité déjà plus évidente, pour ne pas dire indispensable.

La création d'un énième festival de cinéma ou de salles de padel est-elle - dans un temps que l'on nous décrit de vaches maigres - utile ? L'on voit bien que la dimension d'utilité n'est pas la même pour tous, et que ce paramétrage doit s'opérer avec le respect de ce que l'autre pense.

Pas forcément connaisseur en Culture ? Pas forcément pratiquant du Sport ? Pas forcément amateur de Baignade ? Chacun est différent, mais une ville ne se gère pas selon les goûts de chaque individu mais bien au profit d'une communauté tout entière.

Patrick Destizon préfère donc, lui, «un critère de mémoire et un critère de sensibilité» à celle de l'utilité. Cet avis exprimé est à lire au travers du prisme d'un Biarrot qui a connaissance de sa ville et de son histoire. Une question s'impose alors : quelle est la légitimité d'élus qui décident, qui votent et qui actent au mépris de cette histoire municipale qui nous précède mais qu'ils ignorent souvent, et pour laquelle nous devons avoir respect et reconnaissance ?

De cette âme appliquée à une commune, l'élu Destizon nous donne sa définition : «Car c'est quoi une Ville ? Une ville, c'est la Culture et le Sport. Ce n'est pas des tuyaux, ce n'est pas les trottoirs, ce n'est pas les voiries : vous en avez dans toutes les communes. Ce qui fait l'âme d'une ville, c'est la Culture et le Sport et ce sont ces objets, ces lieux que l'on fréquente, que l'on a fréquentés, qui font partie de l'âme d'une ville. En partie de son ADN, de son historique : c'est ça qui fait l'âme d'une ville ! Et chaque fois que l'on détruit, car il n'y a pas d'autre ici finalité que la destruction de ce bâtiment même s'il n'a plus aujourd'hui une grande utilité, il s'inscrit dans l'âme d'une ville et là, avec des petites choses comme ça - évidemment certains vont juger que ce n'est pas grave - mais petit à petit, vous abîmez l'âme d'une ville. Vous la salissez, vous la détruisez tout doucement et donc je voulais remercier Guillaume pour ce beau poème qui m'a fait penser à ça et opposer aux critères d'utilité, un critère de mémoire, car une ville c'est aussi la mémoire.».

De ce texte, nous ne pouvons qu'en applaudir le contenu. Mais nous savons aussi que ce raisonnement plus philosophique s'oppose à un prosaïsme incompréhensiblement buté et que désormais toute tentative d'appel à la raison est vaine.

Sénèque nous l'a enseigné, «La parole reflète l'âme.» : est-ce alors possible de croire au sursaut de la Majorité municipale qui a choisi de s'enfermer dans un silence dont bien des Biarrots ne comprennent pas la muette interprétation ?

Faudrait-il lui rappeler que «L'âme est la meilleure partie de nous-mêmes» ?

Mais face à une maire qui rétorque en ces termes à une conseillère municipale d'opposition, à propos de la vente des terrains de la plaine Aguilera : «Il ne s'agit pas uniquement du fric, du pognon, de l'argent», comment en appeler à l'élévation de l'esprit ?

Madame Arosteguy et ses élus-suiveurs auraient-il déjà vendu leur âme au diable ?

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