PLUi : QUE CACHE CE NOUVEAU DOCUMENT ? (Partie 1/2)
Plan Local d’Urbanisme Infracommunautaire Côte Basque-Adour ou PLUi : ce terme, un peu flou, désigne le cadre qui régit les règles qu'une commune doit respecter lorsqu'elle envisage son urbanisation.
Ce document pose le diagnostic «en matière de démographie, d’habitat, d’économie, d’agriculture, d’équipements, de mobilités et de formes urbaines», évalue «l'état initial de l'environnement» ainsi que les «effets du projet de PLUi sur l’environnement», et joint un exposé avec «la justification des choix retenus».
Sujet sensible s'il en est, il n'aura pas fallu attendre longtemps pour que cette délibération - placée en numéro 3 sur les 34 points du conseil municipal - fasse réagir tant les élus d'opposition que les Biarrots présents dans le public, ces derniers n'ayant pas encore été chassés de la Mairie.
Si une enquête publique est prévue d’être mise en place «fin octobre» selon l'adjointe à l'Urbanisme Cascino, on peut présager de l'accueil qu'elle recevra et imaginer d’ores et déjà les avis qu’exprimeront les Biarrots car plusieurs éléments y figurant sont inquiétants.
-La demande de classement de l'Hôtel du Palais en «secteur 7b à vocation touristique» : qu'est-ce que ça cache ?
L’intention est de donner la possibilité, à la Ville, de vendre en dilapidation ce bien d'exception qui est le phare du tourisme pour le Pays Basque tout entier. De sorte que si ce classement semble de prime abord verrouiller la destination hôtelière du site, il n'exclut pas la prérogative de sa vente par la Ville, ni ne contraint son acquéreur dans la poursuite d’une activité hôtelière, puisque ce PLUi peut être modifié à tout moment.
-La demande de classement de la Villa Fal en «secteur E5 à vocation de bureaux» : qu'est-ce que ça cache ?
La société Héméra - propriétaire actuel de la Villa Fal - peut décider, quand bon lui semblera, de revendre ce bien patrimonial. Ce classement imposerait aux futurs acquéreurs que l’exploitation du site soit limitée à des bureaux partagés. [Remarque : il n’est plus question de bureaux dédiés à des activités liées au secteur «Mode»].
Dès lors, est-ce vraiment judicieux de restreindre la vocation du lieu à des bureaux partagés, quand d’autres projets intéressants pourraient venir en remplacement (École de Langues, École de Danse, École de Design, ...) ?
-Le secteur soumis à «OAP d’Aguilera» : qu'est-ce que ça cache ?
La modification de la plaine Aguilera pour recevoir des constructions destinées au logement, défigurant ainsi irrévocablement un espace dédié jusqu'ici aux Sports. Cela scelle le sacrifice de ce plateau sportif.
-«Demande d’évolution du règlement dans les espaces proches du rivage» : qu'est-ce que ça cache ?
Les quartiers Pétricot, Beaurivage et Milady seraient les victimes du dépassement de coefficient d’emprise au sol existant, et du dépassement du velum des constructions avoisinantes - comprendre agrandissements au sol et en hauteur. Est-ce de ce Biarritz dont nous voulons ?
-«Demande de modification de l’emprise au sol sur le secteur de la Gare» : qu'est-ce que ça cache ?
Des agrandissements au sol de ce quartier de la Gare pour permettre une densification.
Ce sujet est sérieux et nous avons choisi de donner la parole, par ordre d'expression en conseil municipal, à nos élus d'opposition pour comprendre leur positionnement.
Patrick Destizon, élu historique de l'assemblée, ouvre la tournée d'expression de l'opposition pour faire valoir son «profond malaise» à la lecture de ce PLUi.
Il est conscient de l'aspect rébarbatif d'un «document extrêmement technique mais extrêmement important car c'est la règle qui va s'appliquer pour les prochaines années». Sur ce sujet, comme pour d'autres, le maire de la commune doit peser auprès de la Communauté d'Agglomération (CAPB) pour que la métamorphose de sa ville, sur le plan urbanistique, se déroule de manière respectueuse et raisonnée.
Monsieur Destizon dénonce d’une part les «évolutions» du plateau Aguilera qui permettent à des zones auparavant consacrées aux Sports d'être désormais placées en zones d'habitations, et d’autre part le fait que la Maire et sa Majorité «hypothèquent l'avenir du plateau sportif». Tout est dit. Il s'abstient du vote.
Guillaume Barucq pense que «le timing interroge» et que d'«acter un aménagement du territoire en fin de mandat de tous les maires dont certains ne se renouvelleront pas et d'autres ne seront pas reconduits, moi je trouve que c'est un peu particulier. Je trouve que l'on devrait attendre un début de mandat pour se mettre en accord sur un PLUI.»
Et l'élu Barucq a raison de dire que «le plus intéressant dans cette délibération, ce sont les détails», faisant valoir ce que peuvent cacher les modifications au sujet de l'Hôtel du Palais et de la Villa Fal.
Il avertit qu'au sujet d'Aguilera «Ça ne sert à rien de nous faire du forcing». Il est à relever qu'à Biarritz tous les projets qui par le passé ont été réalisés ou seulement envisagés sans le soutien des habitants n'ont conduit qu'à la sortie précipitée du maire.
L'élu prévoit un «horizon béton» pour les quartiers Petricot, Beaurivage et Milady, suite aux modifications sur le dépassement de prise de coefficient au sol et le dépassement de hauteur des constructions avoisinantes.
Sur un sujet qu'il maîtrise, il alerte sur l'imperméabilisation des sols qui en découle automatiquement et du danger d'engendrement d'inondations. Il vote contre.
L'élu Jean-Baptiste Dussaussois Larralde a choisi d'être concis pour son intervention et dénonce «le manque de pragmatisme» de ce PLUi pour «Biarritz, la ville la plus dense» des Pyrénées-Atlantiques.
Il constate, en s'adressant à madame Arosteguy, que «ce que vous nous proposez ici, c'est complètement décorrélé de la réalité et de ce que vivent les Biarrots au quotidien».
À nouveau, la Villa Fal a été citée où, selon lui, aurait dû y être créé «un lieu d'art, de culture, de formation» car «Biarritz et les Biarrots méritent mieux qu'un espace de coworking». On l'a déjà dit : c'est LE scandale du mandat.
Puis l'élu d'opposition prend un certain recul par rapport à la portée de ce document qui régit l'urbanisme et se réjouit que «lors de la prochaine mandature, lors d'une prochaine majorité, ce PLUi sera à nouveau modifié pour être plus adapté aux besoins des Biarrots et aux réalités que vous semblez ignorer.». Madame Arosteguy ignore-t-elle ces réalités ou préfère-t-elle piétiner les volontés des Biarrots ? Il vote contre.
Nous reprendrons demain la suite des interventions des élus Richard Tardits, Corine Martineau, Sébastien Carrère et Brice Morin.
