FAUT PAS SE TRUMPER DE RÔLE : UNE CONTREDANSE
Vous êtes quelques fidèles lecteurs de Sauvegarder Biarritz à avoir voulu partager avec nous vos grandes déception et impatience éprouvées lors du spectacle «America» donné le week-end dernier au Casino Municipal par Martin Harriague, à l'ouverture du festival Le Temps d'Aimer la Danse.
En effet, celui que l’on présente désormais comme le successeur de Thierry Malandain en tant que directeur du Centre Chorégraphique National de Biarritz a offert aux nombreux spectateurs qui s’étaient précipités pour acheter leur fauteuil, une chorégraphie qui en a désarçonné plus d’un, semble-t-il.
En effet, sous le sceau de l’art de la danse, le Ballet de l’Opéra Grand Avignon, dirigé par Martin Harriague, a évolué sur scène en faisant une satire politique de l’actuel président des États-Unis, Donald Trump.
Il est vrai qu’il est de bon ton - voire politiquement correct - aux yeux de certains, de dézinguer l’actuel président des États-Unis qui porte le lourd handicap d’appartenir au Parti républicain. À l'inverse, le président démocrate Barack Obama s’est vu auréolé de louanges, la plupart du temps par des gens qui n’ont jamais vécu aux États-Unis, ni même n’y ont mis les pieds. Mais ils avaient un avis...
Alors que nous sommes en manque d’évasion, de poésie et de rêve, est-il vraiment judicieux de nous replonger dans la fosse aux politiciens en faisant d’un spectacle artistique un acte idéologique ?
Nous admettons que le personnage Trump puisse ne pas plaire à tout le monde et cela n’a rien d’original lorsque, pour comparer, nous braquons le spot sur le degré d’amour des Français pour le président Macron.
Mais est-il opportun que l’argent public subventionne ce genre de prestation qui semble davantage marquer les esprits par le message politique véhiculé que par les prouesses artistiques ?
Est-il sain que l’argent du contribuable - dont le profil politique est multiple - soit utilisé pour assouvir une satire contre un homme d’État en fonction ?
De nombreux artistes peintres ont introduit dans leurs toiles des messages politiques. Mais il l’ont fait sur leurs deniers personnels.
L’aide publique doit-elle se rendre complice de la propagation de tendances politiques, qu’elles soient de gauche ou de droite ?
Rappelons ici que le Centre Chorégraphique National (CCN) biarrot est subventionné par la Ville de Biarritz, le Ministère de la Culture, la DRAC, le Conseil Régional de Nouvelle-Aquitaine et le Conseil Départemental des Pyrénées-Atlantiques.
Il n’est pas certain que l’expression politique assumée de monsieur Harriague fasse consensus chez toutes ces structures. Surtout si la critique est dirigée vers une seule et même cible.
Si la satire politique s’inscrit dans une vieille tradition française, dans ce contexte-ci sans doute est-elle confrontée au devoir de respect d’une pluralité d’opinions.
Une prétendue liberté d’expression qui privilégierait un courant de pensée, ne serait-elle pas instrumentalisée à des fins politiques ?
Si une chorégraphie devient un cheval de Troie idéologique, il conviendrait que ceux qui en assument en partie le financement veillent à ne pas s’en rendre complices.
Découlant du même esprit, Sauvegarder Biarritz avait dénoncé dans sa publication du 24 février dernier, intitulée «LE BOPB : QG POLITIQUE ?», la conférence donnée quatre jours plus tôt au stade Léon Larribau par l'avocat Thibault de Montbrial du CRSI (Centre de Réflexion de Sécurité Intérieure), financé par l'ultraconservateur Pierre-Édouard Stérin. Le choix du sanctuaire sportif d'Aguilera pour venir y propager un discours à tout le moins réactionnaire, nous était apparu inapproprié alors même qu'au côté de la tribune trônait le kakemono du «Biarritz-Olympique», compromettant de la sorte le club et l'ensemble de ses supporters.
Mais il est probable, au-delà des clivages gauche-droite, démocrate-républicain que l’antiaméricanisme soit un sport français, une passion même.
Et quand on veut faire mouche, il est plus courageux de railler un chef d’État lointain que de caricaturer nos propres vices et insuffisances.
Pascal Bruckner ne disait-il pas «L'antiaméricanisme est le progressisme des cons» ?

