IRONIE D'UNE ADJOINTE À LA CULTURE DÉBOUSSOLÉE
On commence fort dans cet article. Pour madame l'adjointe à la Culture à la Ville de Biarritz «Le beau est un langage universel».
Sans entrer dans un débat pseudo-Saint-Germain-des-Près sur le Beau et sans gloser pendant des heures sur sa définition, l'on pourrait aussi s'interroger sur l'application de ce concept aux domaines de l'Art et de la Culture.
En effet, l'Art n'a pas vocation à être Beau ; le Beau est une possibilité, mais pas une obligation.
Il n'existe pas non plus un Beau factuel et vérifié : il n'existe que des appréciations individuelles.
La référence au Beau est donc discutable parce qu'aucune norme ne permet de définir ce Beau artistique, ce qui en fait une notion abstraite dont les codes évoluent selon les époques, les contextes et la géographie. Ceux qui connaissent un peu l'Histoire de l'Art le savent.
Mais revenons sur le terrain du Beau, auquel semble tenir madame l'adjointe : au maigre bilan des expositions d'art proposées par mesdames Pinatel et Arosteguy se pose donc la question du relativisme esthétique et attractif. Nous pouvons ainsi avoir un avis, très prudent, sur la qualité des oeuvres présentées lors des très rares expositions de ce mandat.
Revenons à l'article.
La journaliste - d'humeur taquine ? - désigne madame l'adjointe comme «discrète». Comme c'est joliment dit. Pour décrire quelqu'un d'aussi absent et silencieux - mutique ?, transparente ? - nous aurions imaginé d'autres qualificatifs.
Les Biarrots en ont pris conscience et rient sous cape. Monsieur Pinatel - mari de l'intéressée - est omniprésent. Alors qu'il est curieusement cité - comme souvent - deux fois par l'adjointe dans cet article, le citoyen biarrot peut sincèrement s'interroger sur la véritable identité de qui est en charge. Est-ce elle, est-ce lui ? Le mystère demeure.
Interrogée sur ses attributions - Madame Pinatel dit s'être vue confié la Culture, les Ressources Humaines, l'Euskara et les Anciens Combattants -, tout en avouant une forme d'inexpérience pour ces trois derniers sujets, tient à nous rassurer, concernant le premier, en nous informant qu'elle allait autrefois «à l'opéra, dans les musées». En somme, les 20 millions de visiteurs des musées français sont donc autorisés à occuper une fonction d'adjoint à la Culture ? Ah bon ?
Il est tout de même baroque qu'un élu en charge de la Langue Basque ne le parle pas : mais cela explique aussi bien des choses. Cela reflète une maire qui se sert du basquisme comme d'un «machin folklorique», mais ne lui concède pas sa dimension culturelle aux particularismes identitaires. Ceci explique encore, en partie, le retrait sine die de la programmation d'une exposition pourtant prévue à la Médiathèque de Biarritz, et préparée depuis de longs mois, sur les objets d'art populaire basques.
Questionnée sur son positionnement à droite sur l'échiquier politique, madame l'adjointe nous explique être «une gaulliste de gauche» ! Curieuse réponse de la part d'une adhérente au parti LR (Les Républicains), de surcroît sympathisante de Reconquête et qui, en prime, a appelé à voter pour un candidat Rassemblement National aux Législatives. Ce doit être un «en même temps» à la sauce droitiste.
«J'ai des idées et des convictions mais je n'ai jamais fait la campagne de personne», déclare madame Pinatel. Messieurs Veunac (municipales 2014), Brisson (Départementales 2015) et Fillon (Présidentielles 2017), sans parler de madame Arosteguy (municipales 2020), tous ces candidats «de gauche» apprécieront. Doit-on aussi rappeler son soutien à Éric Zemmour (Présidentielles 2022) et sa candidature aux côtés de Bertrand Soubelet (Législatives 2022) ? Pourquoi effacer son militantisme caractérisé par ses séances de tractage sur le terrain, sa présence à des meetings et son appui public à pour ces candidats : qu'est-ce d'autre alors faire campagne ? Ce jeu de muleta d'un j'en-suis-sans-en-être-si-le-vent-tourne est puéril et ridicule, alors même que voilà quelques semaines elle était assise au premier rang de l'assistance venue écouter Thibault de Montbrial, du CRSI (Centre de Réflexion de Sécurité Intérieure), financé par Pierre-Édouard Stérin, à Aguilera.
La journaliste - décidément espiègle ? - demande à l'adjointe à la culture «quelles actions» elle a «impulsées durant trois ans». Oui, nous cherchons aussi... sans succès. Il ne faut jamais perdre de vue que les festivals, concerts et autres spectacles sont organisés par des structures privées. Ainsi, les orientations programmatiques ne relèvent absolument pas du cadre municipal, en l'espèce de madame Pinatel.
Candide, madame l'adjointe le dit elle-même, la ville de Biarritz ne s'occupe en rien, par exemple, du festival de cinéma «Nouvelles Vagues». Elle se contente de verser une large subvention (130.000€ en 2022, 350.000€ en 2023, 350.000€ en 2024, 160.000€ en 2025). L'on ne peut en vouloir aux organisateurs : si la ville donne sans sourciller et sans participer à la programmation, ils ont bien raison de profiter des fantaisies bling-bling de madame Arosteguy.
La journaliste s'inquiète à juste titre de «l'augmentation du prix de location des salles» pour ces «programmateurs indépendants», ce à quoi madame l'adjointe réplique que «c'est un problème. Et pour la ville aussi car nous avons subi cela de plein fouet. C'est l'office de tourisme Destination Biarritz qui loue les installations. Nous n'avons la main que sur le salon Diane.».
Ils osent ! Ils osent tenter de faire croire aux Biarrots que la ville n'a pas la main sur l'Office de tourisme - gestionnaire de ces sites - alors que celui-ci est un EPIC (Établissement Public Industriel et Commercial), dont le président n'était autre, jusqu'à sa récente démission, que l'adjoint au Tourisme Tardits, que la présidence est actuellement assurée par madame Arosteguy, que la directrice de Destination Biarritz Geneviève Fontaine a été placée par madame Arosteguy, que cette structure a subi des mises à l'écart de plusieurs de ses cadres sur la seule volonté de la mairie... Et la ville n'aurait pas la main sur l'Office de tourisme ? Stop aux mensonges : ça suffit.
«Qu'en est-il des expositions d'art plastique ?» : madame la journaliste pique à vif l'adjointe dans ce qui est un des échecs les plus cuisants de ce mandat. Tout est à rectifier, tout est à redire dans ce récit qui se veut fataliste, car madame Pinatel argue que «pour des raisons financières» sa majorité a choisi d'arrêter les «grandes expositions d'été». Ce qu'elle oublie d'ajouter c'est que toutes les autres expositions d'art ont aussi disparu de l'agenda biarrot et pas seulement celles d'été !
L'adjointe précise enfin que la majorité s'est positionnée sur l'exposition d'artistes locaux, «moins coûteuse de l'ordre de 35.000€ à 40.000€». Mais de quelles expositions s'agit-il ? Nous en comptabilisons seulement quatre - dont par charité nous tairons les noms des exposants - mais qui ne peuvent aucunement être comparées en termes de sérieux et de qualité à celles que les Biarrots ont connues dans le passé. Quant au montant annoncé du coût de ces petites expositions locales, cela fait sursauter toute personne qui a connaissance de la programmation luzienne (La Rotonde et Ducontenia), bidartar (Galerie Pili Tafernaberry), angloye (Beatrix Enea et Centre d'Art Contemporain), bayonnaise (Didam). Croyez-vous vraiment que ces municipalités insufflent de telles sommes pour leurs propres expositions ? Soyons sérieux.
«Depuis que la crypte Sainte-Eugénie n'est plus disponible, nous manquons de lieux. Biarritz manque d'un beau lieu muséal, c'est évident», dixit l'adjointe à la Culture. C'est pour cette raison que les élus de la majorité de madame Arosteguy, dont elle-même, dilapident allègrement le patrimoine communal à des intérêts privés ? :
La villa Sion est dorénavant dédiée à une société de cosmétiques qui fait aussi du coworking,
La Villa Fal propose aussi des espaces de bureaux,
Les anciens locaux de la Police municipale ont été cédés à des médecins et à des paramédicaux,
L'Auberge de Jeunesse a été livrée à la très contestée société Vilogia...
Autant de sites municipaux, bradés, qui auraient pu être convertis pour qu'y soit montré de l'Art aux locaux et aux touristes. Incroyable de jouer les victimes martyres, alors qu'avec ses collègues de sa majorité, tous sont les artisans de ce désastre, les fossoyeurs de l'action culturelle biarrote.
Dernier sujet qui met en relief les promesses de campagne faites sans réflexion, sans scrupule, sans étude : la création d'un festival sur la diaspora basque. Comment peut-on inscrire noir sur blanc une promesse sur un programme municipal, si on n'a pas l'intention de la respecter ?
Qui pourra, encore, faire confiance à ces personnes qui ont écrit tant de serments, qui ont pris tant d'engagements qui furent abandonnés dès après leur élection - et pas seulement dans le domaine de la Culture ?
Les Biarrots répondront à cette question l'année prochaine.



