VILLE CHERCHE PÉTROLE POUR BOUCLER FINS DE MOIS
Maintenant c'est certain. La ville a dû opérer des études secrètes de géologie dans nos profondeurs et a détecté des ondes prometteuses. Des trous de tous les côtés en attestent.
Jusqu'à ce jour, et malgré l'enquête que nous avons menée auprès de Biarrots qui vivent au-dessus de ces trous béants, aucune extraction n'a pourtant été constatée. Un Biarrot nous a même dit avoir placé un appareil photo sur le bord de sa fenêtre pour être le premier à saisir le jaillissement. Doit-on le croire ? Ou sait-il déjà quelque chose qu'il ne nous dit pas ?
Compte tenu du nombre de trous percés dans notre bonne ville, l'option du pétrole est plausible. Est-ce souhaitable ? Sommes-nous prêts à supporter la vision de derricks ? Vous direz, nous n'en sommes plus à ça près, à Biarritz, entre les panneaux routiers, les plots en plastique, les barrières, les bornes, les sucettes JCDecaux, une voirie crevée et un mobilier urbain mochissime... pourquoi pas les derricks ? Ça se fondrait dans le décor...
Mais une autre partie de la population nous dit que cette version de l'huile miraculeuse ne tient pas debout et que la ville de Biarritz cherche à ajouter une huitième plage à sa belle série. Pourquoi pas ? Ça se tient aussi.
Et que du côté de la mairie, on confondrait le slogan de mai 68 «Sous les pavés la plage» avec une réalité.
Mais c'est une théorie qui semble plutôt bâtie sur du sable. Revenons sur terre.
Car hélas, à Biarritz ils ont plus de chance, en creusant, de trouver des cafards et des rats que du pétrole ou une plage cachée.
En fait de plage, ces travaux sont un grain de sable de plus dans la chaussure des commerçants. Après plusieurs mois de temps maussade, la période de Noël et des soldes décevants sur le plan économique, cette dernière trouvaille de percer plusieurs jours durant un endroit aussi central de la ville paraît fantasque. D'autant plus que les aménagements qui prennent forme semblent être tout à fait farfelus.
Sur ce panneau routier, posé là innocemment au pied de la rue Victor-Hugo, l'on peut lire «Piétons passez en face». Il aurait fallu rajouter «et surtout clients !». Car la ville de Biarritz excelle dans l'art de détourner le chaland-acheteur. Entre les sucettes JCDecaux - oui ! Encore et toujours elles ! -, la poussière qui vole, les pavés empilés de tous les côtés, la pelleteuse qui bloque le passage et le bruit des marteaux-piqueurs, quel aventurier oserait traverser cette jungle pour ce voyage au centre de la terre ?
C'est curieux cette obsession des élus de la mairie pour cet endroit si restreint. Une frénésie irrépressible s'était déjà abattue, l'année dernière, sur quelques mètres de bitume pour satisfaire les lubies d'un dérangé.
Car nous avons tous été les témoins du comique déploiement de forces sur la petite bande de route coincée entre deux trottoirs, face aux magasins Vins Nicolas et la Bijouterie Jérôme Garoste d'un côté, et Bijoux Cailloux de l'autre.
Pendant des mois, ordres et contre-ordres ont donné lieu à des travaux suivis de démolitions : barrière installée puis retirée, puis remise puis retirée à nouveau, pose d'un plot escamotable lui-même remplacé - suite à des pannes - par de nouvelles barrières, des bordures de trottoirs aménagées puis... modifiées, puis des jardinières type cimetières installées durant l'été, jusqu'à leur retrait pour une nouvelle bordure en béton on ne peut plus basique.
De quoi faire devenir fous les commerçants alentour.
Nous avons justement une pensée compatissante pour ces commerçants qui assistent, impuissants, à cette confiscation du domaine public qui permet pourtant aux passants de passer et aux clients d'entrer dans leurs commerces.
Il fut un temps où l'activité commerçante fonctionnait toute l'année à Biarritz et pas seulement en période de vacances scolaires. Mais cela devient très difficile aujourd'hui de maintenir une forme de compétitivité, face aux centres commerciaux et à l'achat en ligne. Entre une tarification ubuesque du stationnement - aérien et souterrain Indigo - sans qu'aucune carte de fidélité commerçante ne soit instaurée par l'adjoint au Commerce (comme à Bayonne), une ville sale et négligée, des travaux qui n'en finissent pas... On ne sait plus qui est le plus courageux : le commerçant ou le client ?
On vous laisse : un «creuseur» de trou vient de déterrer une statuette précolombienne ! Pas de pétrole, pas de plage, mais peut-être une civilisation oubliée à trouver dans les profondeurs de Biarritz...





