À L'ÉPOQUE DES ALCARAZAS

Ces images de métiers de rue appartiennent désormais au passé.

À part les marchands de beignets sur la plage l'été, le chariot de marrons chauds et quelques vendeurs aux Halles, qui, aujourd'hui, vend à même le trottoir en déambulant en ville ?

Pourtant, autrefois, beaucoup de professionnels n'avaient pour quatre murs que le plein air pour gagner leur vie. L'étameur, le rémouleur, le chiffonnier, le marchand d'eau, le fleuriste, la réveilleuse, le vitrier, cireur de chaussures ou le marchand d'oublies et de gaufrettes, tous battaient le trottoir dans l'espoir de trouver un client.

Véritable bénédiction pour ceux qui vivaient dans des villages isolés, les colporteurs - souvent accompagnés d'un mulet ou d'un âne - proposaient à la population brosses et peignes, outils, ustensiles de cuisine, tissus, articles de mercerie et jouets.

Ici, des marchands ambulants, que l'on nous décrit comme étant Espagnols, proposent aux passants des alcarazas.

Mais que sont donc ces récipients à la forme si bizarre ?

Ces cruches en terre poreuse avaient pour vertu de rafraîchir les boissons grâce à la transsudation et au refroidissement d'une partie du liquide évaporé à l'extérieur, et ces Espagnols ont quitté avec appréhension leurs terres pour écouler leur production à Biarritz.

Utilisées depuis des temps anciens dans les pays chauds, ces gargoulettes se prouvent fort efficaces en l'absence de blocs de glace ou de réfrigérateur. Bien qu'à cette époque-là l'été biarrot n'est pas toujours chaud ni sec... le chaland achète. Les crieurs de rue harponnent le promeneur, formant une interaction immédiate avec ce dernier qui est désormais pris au piège ! D'autant que ces pittoresques vendeurs à la sauvette ne manquent pas d'arguments pour vanter un article qu'ils prétendent «indispensables à tout ménage». Comment alors résister ?

C'est presque à regret que nous avons vu disparaître ces personnages truculents qui rivalisaient d'originalité pour attirer l'attention du passant et le retenir un instant. Biarritz en a connu quelques-uns qui coloraient joyeusement ses rues : vendeuse de journaux, cireur de bottes, marchande des quatre-saisons, perrec et plumes !

Notre bien-aimé Luis Mariano a rendu hommage à un séduisant colporteur dans sa chanson - «Le marchand d'alcarazas» - où le beau Juanito fait tourner la tête des «brunes et des blondes» qui cassent leurs alcarazas pour «qu'il repasse un peu plus tôt».

S'est-il inspiré de nos Espagnols venus nous rendre visite à Biarritz ? Le mystère reste entier !

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