LES APPRENTIS-ÉLUS BIARROTS ET LES APPRENTIS-ARCHITECTES-PAYSAGISTES BORDELAIS FONT DES «PROJETS»
Quand on compulse l'ordre du jour du conseil municipal, il arrive que l'on se réjouisse, que l'on s'esclaffe, que l'on s'endorme, que l'on s'agace. Et parfois l'on écarquille les yeux, on relit, on re-relit, puis on comprend que nous avions bien saisi l'énoncé dès la première lecture.
Il en est ainsi pour la délibération numéro 4 du conseil municipal du 30 septembre 2024 concernant un «Partenariat avec l’Ecole Nationale Supérieure d’Architecture et de Paysage de Bordeaux sur les espaces publics du cœur de ville de Biarritz».
Si ce titre est annonciateur de belles choses pour les étudiants de cet établissement, à la lecture du contenu de la délibération, notre mansuétude et notre bon-sens vacillent.
Car, rarement un tel pathos a été réuni dans un si court texte.
Nous vous laissons juge : «Ce partenariat, mené sous forme d’une recherche-action, consisterait à analyser le système des espaces publics du cœur de ville de Biarritz et en révéler le potentiel en tant qu’éléments identitaires renouvelés, ouverts à des pratiques diverses et innovantes." (...) Imaginer des actions transitoires dans des espaces clés afin de tester leur efficacité avant de passer à l’œuvre (...) Analyser, dans une approche de recherche-action, les espaces publics du cœur de ville de Biarritz au plan morphologique et physique, d'une part, et en termes de fonctions, d'usages, de pratiques et de représentations, d'autre part (...) En termes de projets, il ne s'agirait pas de planifier les usages et d'orienter les fonctions de manière trop spécialisée mais de révéler des potentiels, de libérer les possibles en posant le cadre des attendus publics d’une part et, d’autre part, de favoriser la création des conditions d'émergence de pratiques innovantes et «soutenables».»
Nous, pas tout comprendre ! Et vous, comprendre ?
«Ce que l'on conçoit bien s'énonce clairement. Et les mots pour le dire arrivent aisément.» Hélas, il semble que l'ami Boileau n'ait pas fait étape à Bordeaux, tant l'expression fluide à laquelle nous pourrions nous attendre par ceux censés transmettre la pensée à des élèves, est ici difficile. C'est à se demander s'il ne s'agit pas d'un enfumage volontaire telle, en son temps, la messe en latin dont le contenu, incompréhensible aux gens simples, agaçait notre cher Pagnol...
C'est dans ces conditions que quatre élus d'opposition prennent tour à tour la parole pour s'étonner de contradictions multiples.
Fidèle à sa volonté d'offrir une égalité de service entre Biarrots du centre ville et ceux de tous les autres quartiers de notre ville, l'élu d'opposition Sébastien Carrère déploie une argumentation justifiée sur une étude qui sera axée «sur le cœur de ville», à l'inverse d'une étude globale sur la ville dans des zones desservies par des voies routières ou en manque de paysagisme.
Jean-Baptiste Dussaussois-Larralde, lui, s'interroge sur l'utilité et l'intérêt pour la ville de mener ce type de travaux et constate que l'on «fait de quelque chose de très simple une chose très complexe».
À la prise de parole de la pugnace et courageuse conseillère municipale d'opposition Corine Martineau, cette dernière dénonce «encore un machin (...) une occasion de déléguer encore à des gens qui ne sont pas sur le terrain. Est-il vraiment judicieux de confier la réflexion sur l'aménagement de l'espace urbain de Biarritz à des étudiants ? Cela soulève une question importante. Avons-nous vraiment confiance en notre capacité à améliorer et embellir nos zones urbaines ? Avons-nous confiance en nos agents de terrain... parce que la vraie question est là ! Pourquoi aller chercher des gens ailleurs, qui ne connaissent pas le terrain ? Cette réflexion est à ouvrir par des personnes qui connaissent l'histoire de notre ville, ses habitants, ses habitudes, ses mœurs et, accessoirement, qui ont un minimum d'expérience dans ce domaine architectural et patrimonial. Cette délibération sert, non pas notre ville comme base de travail pour des étudiants - ce que l'on pourrait approuver -, mais bien un travail rémunéré (16.000€). Confier cette tâche à des étudiants risque de produire un projet-étude flou et amateur, cela met en lumière, surtout, une incapacité de votre majorité de se projeter dans une vision claire et ambitieuse pour l'avenir de notre ville.»
Puis l'ancien adjoint à l'environnement Guillaume Barucq ferme le ban en dénonçant, de son côté, que la dernière parcelle du centre-ville - peuplée de splendides platanes centenaires - fera place à un hôtel de 20 chambres (note : R+3 + un parking en sous-sol + restaurant en rez-de-chaussée) et relève ainsi une contradiction majeure entre préconisations et réalisations. Car il est vrai qu'aujourd'hui les recommandations des urbanistes est de moins densifier, moins bétonner et d'intégrer des îlots de fraîcheur dans les villes. Ainsi monsieur Barucq assène-t-il avec justesse, «Après, faut pas nous faire rêver avec des études qui vont être faites avec de beaux arbres, alors que l'on va supprimer les derniers. Ce sera 100% béton en centre-ville.».
Du côté de Sauvegarder Biarritz, l'on adhère à tout ce qui précède et nous nous étonnons qu'un travail d'étude effectué par des étudiants soit reçu, par la maire et sa majorité, avec le sérieux de cabinets de professionnels .
Avec tout le respect que nous devons à ces étudiants et à leurs professeurs, l'on ne peut tout de même pas se baser sur leur «recherche-action» pour assurer, en notre ville, une politique sérieuse en matière d'architecture et de paysage. C'est un peu comme si vous laissiez opérer votre triple pontage à un étudiant de première année en médecine, ou que vous laissiez les commandes d'un Boeing à un pilote de planeur.
Quand un apprenti-élu rencontre un apprenti-architecte-paysagiste, ça peut faire des dégâts...
