AUBERGE DE JEUNESSE : DE QUOI NE PAS DORMIR SUR SES DEUX OREILLES !
La Ville de Biarritz était propriétaire d'un établissement de cent lits, bâti sur un terrain de 6.500 mètres carrés situé en bordure du lac Mouriscot, et géré par la Fédération Unie des Auberges de Jeunesse (FUAJ).
Mais le bail liant ces deux parties ne fut pas reconduit par la ville à son échéance du 31 décembre 2020. Dans le courrier alors adressé par la toute nouvelle majorité de Madame Arosteguy à son locataire-gérant, il est invoqué un «changement de destination».
Cette décision, suivie de longs mois de flottement, ne manquera pas de soulever de nombreuses interrogations et inquiétudes chez les Biarrots quant à l'avenir réservé à ce site, demeuré depuis lors inoccupé.
Si bien que le Conseil municipal réuni fin juin 2022 pour débattre du sort de l’ancienne auberge de jeunesse était très attendu. La majorité municipale y exposera son projet qui n'est autre qu'une cession - une de plus - pour 2.130.000 euros (!), à un opérateur social supposé créer des logements pour jeunes travailleurs, saisonniers et étudiants ; il sera sans surprise voté par l'équipe de la majorité municipale, malgré la contestation des élus de l’opposition.
L'examen de neuf dossiers de candidatures aurait privilégié le projet de la société HLM Vilogia qui envisage une réhabilitation du lieu avec la création de 68 chambres réparties en 50 logements.
L'opposition s'est tout de même émue sur le fait que depuis fin 2020 l'auberge de jeunesse ait été immédiatement fermée, alors même qu'aucun projet n'était opérationnel, privant de logement de nombreuses personnes en besoin.
En outre, si l'on peut saluer le principe d’une résidence de services dont le rôle est de loger des étudiants l'hiver et des saisonniers l'été, cela doit-il nécessairement passer par la perte de l’Auberge de Jeunesse ? En quelque sorte pourquoi déshabiller Paul pour habiller Jacques ? D'autant plus, relèverez-vous, que l’accès de la ville à un tourisme populaire se voit désormais fermé. Car la vocation de l'ancienne auberge de jeunesse et celle de son acquéreur ne sont pas identiques.
Mais cette nouvelle situation est assumée par la maire qui déclarera, en substance, que la ville de Biarritz n'a pas vocation à faire du tourisme social.
Alors que penser du transfert de propriété de ce complexe immobilier à ce groupe privé d’immobilier social ?
La Ville a-t-elle cadenassé cette cession, notamment en se dotant de garanties quant à l'obligation, pour l'acquéreur, de pérenniser la vocation sociale de la structure ?
À priori, oui... mais seulement pour quinze ans ! Au-delà, le gestionnaire-repreneur pourra vendre au prix du marché de l'immobilier ! Qui donc a négocié les termes de cette cession ?
Le groupe immobilier social Vilogia n'étant pas forcément réputé pour sa philanthropie, nous sommes en droit d'envisager pour lui, à terme, une belle culbute financière.
Ce fut le cas au quartier Kléber où des logements sociaux, acquis via un prêt social location-accession, ont été mis sur le marché immobilier quelques années plus tard.
Pourquoi n'avoir pas prévu des clauses plus rigoureuses dans la durée ? Quinze ans, c'est demain !
Si le droit de revente ne pouvait pas être dénié à l'acquéreur Vilogia, pourquoi n'avoir pas accordé à la Ville un droit d'acquisition prioritaire, à des conditions tenant compte du prix de cession initial ?
Étant donné à la fois la rareté et la valeur du foncier à Biarritz, n'eût-il pas été plus judicieux de conserver ce patrimoine et de proposer un bail emphytéotique ?
Le 23 avril dernier, l'émission Cash Investigation animée par Élise Lucet était consacrée aux bailleurs sociaux. Le groupe Vilogia a particulièrement été interpellé par la journaliste qui affirme que leur «choix d'investissement qui sont très importants se font au détriment de l'entretien des logements», évoquant pas moins de «70.000 locataires» concernés.
Bien que la direction du groupe ait démenti les accusations de la journaliste, ces révélations ne sont pas de nature à nous rassurer pour le devenir de l'Auberge de Jeunesse.
Car le prétendu mauvais entretien de son parc social n'est pas le seul grief fait au groupe Vilogia.
Il lui est aussi fait le reproche, lors de ses investissements, d'intentions pas forcément en lien avec sa vocation. Le groupe aurait notamment eu, selon l'enquête développée dans le reportage, l'idée de convertir un projet de logements sociaux en un complexe hôtelier de luxe.
Qu'adviendra-t-il chez nous dans 15 ans ? Madame Arosteguy ne sera plus aux commandes, mais nous pouvons craindre que la nécessité d'un parc de logements sociaux ne sera, elle, hélas pas dissipée.
