LES ÉPINES DE LA VILLA ROSE

La Villa Rose / Photo Ville de Biarritz
Cette bâtisse, aux canons de l'architecture du XIXème siècle, est bien connue des Biarrots.
Depuis le Second Empire, elle trône sur le domaine qui fut la propriété du couple Aguiléra, dont le nom identifie le complexe sportif que nous connaissons aujourd'hui.
Celle que l'on a l'habitude d'appeler «la Villa Rose» faisait partie du bail emphytéotique signé en 2003 entre la ville et la société sportive professionnelle Biarritz Olympique Pays Basque (BOPB). Mais dans le contexte conflictuel entretenu entre la maire Arosteguy et les dirigeants du club, l'idée de la récupérer germait depuis longtemps au sein de la majorité municipale, et c'est donc sans surprise qu'elle organisa le vote de sa sortie de ce bail.
Rénovée au début des années 70, la demeure présentait un état de délabrement évident. Selon Isabelle Joly, l’architecte du patrimoine en charge du dossier pour le compte de la Ville, la Villa Rose aurait été «infestée par les termites, d'autres insectes xylophages et attaquée par la mérule, un champignon qui fait de gros dégâts», si bien que le montant total des travaux devait s’élever à 590.000 euros. Cette enveloppe prévoyait la réfection de la toiture, les rebouchages des infiltrations d’eaux sur les murs, la refonte de la charpente et des planchers sur une surface totale de 240 m². Mais une fois le chantier terminé, la douloureuse est passée à 900.000 €. Ça pique ! D'autant que les aménagements intérieurs sont laissés au futur occupant, afin qu'il puisse les adapter à son activité. Le coût moyen d'une construction est de 2.500 € au m² ; or bien que dégradée, la Villa Rose était déjà sur des fondations, disposait de murs et jouissait des arrivées eau et électricité. Cela nous conduit à nous poser la question : Cet investissement était-il judicieux ?
Était-ce pertinent de sacrifier la Villa Fal au profit de la réfection de la Villa Rose ?
N'eût-il pas mieux valu conserver au patrimoine biarrot un site historique et de vrai intérêt architectural de 1.500 m² sur 9.000 m², vendu pour 2 millions d'euros, que de financer à hauteur de presqu'un million d'euros la remise en état d'un bâtiment de 240 m², sans atout esthétique réel et pour lequel aucune destination n'est officiellement prévue ?
N'eût-il pas mieux valu laisser place aux besoins des activités des disciplines sportives plutôt que de maintenir un bâtiment dont la physionomie détonne avec les infrastructures autour ?
Quelle est l'intention de l'équipe municipale ? Ce bien est-il promis ? À qui ? À quoi ?
Dans la sauvegarde du patrimoine, si l'on ne peut pas tout faire mieux vaut-il être avisé dans ses choix et établir un classement des priorités.
La vente de la Villa Fal pénalise des générations futures, car chacun sait que ce type de bien ne pourra être racheté par la Ville si d'aventure il était un jour mis sur le marché.
Pour l'heure, si Biarritz ne dispose d'aucun site d'exposition répondant à des critères précis de sécurité des œuvres - qui les protègent contre le vol, des dégâts des eaux et des incendies -, ni respectant les normes d'hygrométrie et de température, aucune œuvre de prestige ne saurait lui être confiée. De fait, l'absence d'un espace muséal empêchera définitivement notre ville d'une programmation artistique ambitieuse. Mais à l'évidence, la Culture (avec un grand C) ne fait pas partie des préoccupations de la majorité actuelle.
Pourtant, avec une volonté de faire et bien sûr du travail, la Villa Fal aurait pu être épargnée. Le presque million d'euros «fléché» - comme aime le dire la maire - vers la Villa Rose, aurait pu l'être vers la Villa Fal. Pour le complément, l'aide publique (État, région, département, communauté d'agglomération) aurait pu être sollicitée - nos voisins l'ont fait -, de même que des fonds issus d'une souscription ou du «crowdfunding», ces procédés de financements participatifs d'un public privé qui s'assimile à une forme de mécénat. Ces systèmes économiques participent souvent à la restauration ou à l’achat d’œuvres d’art (*) et permettent aussi la rénovation de structures culturelles, tels des lieux d’exposition ou historiques. Mais il n'en fut rien ! Si bien que de cette Villa Rose émane un parfum de regrets.
(*)C’est ainsi que le magnifique tableau, Le Paon blanc de Henry Caro-Delvaille, a pu récemment être acquis par le Musée Basque de Bayonne.