POLITIQUE PARTOUT : QUAND UN FESTIVAL S'ÉGARE DE SA MISSION

À l'heure où s'achève la 34ème édition du Festival de Biarritz Amérique Latine, nous avouons nous interroger sur la tournure de cet événement annuel.

N'est-il pas en train de se dévoyer de son intention originelle, pour basculer dans autre chose ? Une autre chose qui relèverait moins d'un événement culturel cinématographique/documentaire et davantage d'un rendez-vous politique et militant.

À nouveau, et suite au texte que nous avons publié il y à quelques jours de cela au sujet du Ballet controversé du chorégraphe Martin Harriague dont une représentation a été donnée pour l'ouverture du Festival Le Temps d'Aimer, si des individus souhaitent distiller une parole engagée et clivante, pourquoi pas ? Mais est-ce à cela que doit servir une subvention municipale qui, par définition, est financée par les deniers de tous les Biarrots ? Tous les Biarrots, rappelons-le, quels que soient leurs bords, leurs tendances, leurs aspirations.

Ce Festival a vu le jour en 1979 et s'appelait alors le «Festival du film ibérique et latino-américain», pour rapidement se muer en «Festival Biarritz Amérique Latine».

Même si son thème central est bien la mise en lumière de la création cinématographique d'Amérique Latine, le Festival s'est toujours donné pour mission de promouvoir la littérature, l'art, la musique, l'artisanat, les croyances et la gastronomie de tout un continent. Connaissant un essor particulier sous les années Borotra - ce dernier étant féru de cette région du monde - ce rendez-vous automnal s'inscrit durablement dans le paysage biarrot.

L'événement fait l'objet, tous les ans, d'une très importante subvention - cette année encore 315.000€ - permettant à la Ville d'avoir un droit de regard sur l'image et les valeurs qu'il renvoie de notre commune. Quand un événement sollicite l'argent public, il se doit de respecter l'esprit de tous ceux qui y contribuent, c'est-à-dire les Biarrots. Ce raisonnement s'applique aussi aux mécènes que sont le département des Pyrénées-Atlantiques et la région Nouvelle-Aquitaine, sans oublier le Ministère de l'Europe et des Affaires Étrangères, l'Institut Universitaire de France et le CNC (Centre National du Cinéma et de l'Image Animée).

Quant aux autres partenaires - privés ceux-là - de l'hôtellerie de luxe, banque, chaînes de télévision, médias : les prises de position partisanes du Festival peuvent ne pas, non plus, correspondre pleinement à leur stratégie de communication.

Faisant du Casino Municipal le point de rassemblement des festivaliers, mais aussi de nombreux Biarrots pendant une semaine, tous ont pris l'habitude de déambuler dans ce qui est familièrement nommé le «Village» pour se laisser tenter, ici par un tissage péruvien, là par des sujets en terre typiques du Mexique, ou encore un livre en langue espagnole.

Hélas, depuis trois ans, les exposants se sont réduits comme peau de chagrin. Il faudra d'ailleurs s'interroger sur ces disparitions remarquées, car nombreuses : emplacements trop chers, intérêt des visiteurs en berne ou gestion à revoir ? À n'en pas douter, une nouvelle façon de penser le Village est à envisager sérieusement pour ne pas que l'image qui est renvoyée soit moribonde.

Continuant la promenade jusqu'au coin restauration, nous avons été témoins de revendications affichées par des groupes d'activistes qui, si elles sont tout à fait légitimes dans un autre cadre, posent question en ce lieu, pour cet événement.

Alors même que le point d'orgue de ce rendez-vous culturel devrait n'être que celui de créer un pont d'universalisme entre les peuples, il semblerait que certaines personnes se servent de la notoriété du Festival pour transmettre un message politique.

Est-ce une démarche assumée de l'organisation ou bien une récupération de quelques-uns ?

Wokisme, néo-féminisme, immigrationnisme, et finalement un message très communautariste est renvoyé pour donner une image de Biarritz qui n'est pas forcément celle à laquelle adhèrent tous les Biarrots contributeurs malgré eux de l'événement. Ce sont d'ailleurs une trentaine de Biarrots - ce qui n'est pas rien et nous engage donc à ce texte - qui nous ont contactés, sans se connaître entre eux, pour nous exprimer une gêne, un malaise, d'une certaine façon un sentiment d'avoir été pris au piège d'une idéologie qui n'est pas la leur.

Ils nous ont d'ailleurs précisé qu'ils ne se rendraient plus au Festival à l'avenir, si cette ligne politique se faisait encore ressentir si précisément.

Nous touchons donc là à un sujet grave : un boycott populaire qui pourrait s'étendre, chez les Biarrots et au-delà, et donner lieu à une fragilisation de la pérennité de ce rendez-vous auquel tiennent nombre d'entre nous.

Au risque de ne plus assister seulement au triste étiolement du Village mais bien aussi du désamour d'une fraction de festivaliers, pourtant fidèles jusqu'ici, une mise au point s'impose.

Reste aussi la question de la neutralité imposée à un président d'un festival ou d'une association subventionné(e). Très récemment, nombre de Biarrots s'étaient émus que le président de l'association des «Ours Blancs» - monsieur Philippe Mahou - soit choisi pour tenir le rôle de commissaire-enquêteur chargé de l'enquête publique du déclassement des terrains de la plaine Aguilera. Dans son intérêt, ainsi que celui de la Ville de Biarritz, il aurait été convenable et déontologique que monsieur Mahou ne soit pas en charge du dossier épineux d'Aguilera.

Il en est de même pour le président du Festival Biarritz Amérique Latine, monsieur Serge Fohr : si personne ne peut mettre en doute sa connaissance du continent en question, le fait que ce dernier prenne position - sur le compte privé facebook de madame Arosteguy - sur des questions municipales parfaitement indépendantes du Festival dont il a la gestion peut poser question.

Mélange des genres ? Conflit d'intérêt ? L'éthique la plus élémentaire d'un représentant qui perçoit une subvention ou qui bénéficie d'espaces communaux ne serait-elle pas d'afficher une retenue sur les sujets municipaux ?

Il est à relever que ni madame Arosteguy, ni son adjointe à la Culture Pinatel, sont promptes à ouvrir ce débat qui peut fâcher - comme tout débat - mais pour lequel des clarifications sont à opérer. Un peu de courage ne serait pas de trop en la circonstance.

Il sera donc nécessaire au prochain maire - et surtout au prochain adjoint à la Culture - de rappeler les organisateurs à une forme de neutralité et de pluralité, pour le bien à la fois de cette rencontre, de notre ville et des personnes venues d'Amérique latine qui ont grandement besoin de ce propulseur pour faire connaître leur existence sur le marché européen.

Ce Festival biarrot n'a donc pas vocation à devenir une succursale de la Fête de l'Huma, d'autres plateformes existent déjà pour cela, mais se doit bien de rester un événement culturel apolitique.

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