LA LIBERTÉ D'EXPRESSION ET LA LIBERTÉ D'INFORMATION À BIARRITZ ET AILLEURS...
En scrollant nonchalamment Facebook, nous apprenons que le blog RamDam 64-40 met fin à sa publication sous sa forme actuelle pour privilégier une newsletter - adressée à ceux qui en feront la demande -, ainsi que des rencontres mensuelles avec ses lecteurs.
Cette évolution - expliquent ses rédacteurs bénévoles - ferait suite aux difficultés rencontrées pour poursuivre leur travail d'information, et à des menaces de procédures judiciaires qu'ils auraient reçues.
Cette annonce nous interroge.
Car au-delà du cas particulier de RamDam 64-40, c'est une question essentielle qui est posée : quelle place reste-t-il aujourd'hui à la liberté d'informer et au droit des citoyens de questionner l'action publique ?
Est-ce possible qu'au XXIème siècle - au pays des Lumières et de l'asile politique - un support informationnel soit la cible de pressions pour la seule raison qu'il dénonce quelques brebis galeuses qui portent tort à toute la classe politique ?
Cela remet profondément en question la liberté d'informer.
La «protection fonctionnelle des élus» est un dispositif utile et souhaitable lorsqu'il s'agit de protéger ceux-ci contre les violences, les menaces ou les intimidations. Personne ne saurait le contester.
Mais cette protection ne saurait avoir pour effet ni de décourager le débat public, ni d'intimider, ni de museler ceux qui, de bonne foi, s'intéressent à la gestion de leur commune.
Il en est de même des actions en diffamation : si elles sont un droit, elles ne doivent cependant pas prétendre devenir un moyen de dissuasion contre ceux qui participent au débat public local, d'intérêt général. De telles procédures donnent le sentiment d'instrumentaliser la justice et d'être destinées à faire taire des critiques plutôt qu'à réparer une atteinte réelle à l'honneur, et s'exposent d'ailleurs à être interprétées comme des procédures-bâillons par les magistrats.
Dans une démocratie, la critique de l'action publique n'est pas une dérive : elle est une saine nécessité.
Poser une question n'est pas accuser, demander des éclaircissements n'est pas condamner et réclamer de la transparence n'est pas diffamer.
Tout voir, tout entendre et ne rien dire ?
Est-ce vers cette nouvelle forme de démocratie que l'on veut mener l'honnête citoyen ?
Philippe Bouvard, dans son espiègle intelligence, l'a bien compris : «Au train où nous roulons, la liberté d'expression se résumera bientôt au droit de dire qu'on est très heureux de ne plus rien pouvoir dire.».
Les combats portés par RamDam 64-40 ne sont pas forcément ceux de Sauvegarder Biarritz. Pour autant, il est dérangeant et, disons-le, choquant, d'être témoins de ce qui s'apparente à une censure larvée envers ces citoyens qui ont pour seul tort celui de prôner le bon usage de l'argent public, la transparence des dossiers et la probité dans l'action politique.
Ils ont le droit de poser des questions. Pourquoi essayer de faire taire ces gens ? Qui dérangent-ils ?
À la lecture du post de RamDam, on comprend qu'une élue envisagerait d'engager une procédure judiciaire contre lui. Si tel était le cas, une telle démarche pourrait aussi avoir pour effet d'attirer l'attention du public et des médias sur cette affaire et généralement suscite davantage de questions qu'elle n'en résout. Elle pourrait être qualifiée d'abusive si cette action était engagée - de manière très opportune - par une élue dont l'intention est, dans quelques mois, de se porter candidate à une consultation électorale et entend donc effacer des outils d'information, même si elle n'en a pas bien mesuré les effets rebonds.
Chez Sauvegarder Biarritz, cela fait deux ans et demi que nous sommes à l'écoute des Biarrots et sommes les porte-voix de leurs aspirations.
Lorsque Sauvegarder Biarritz prend le temps d'éplucher minutieusement les dossiers municipaux et de révéler au grand public l'usage qui est fait de ses impôts, c'est avec l'appui de documents administratifs, des délibérations, des rapports ou des éléments vérifiables. Du factuel, toujours du factuel.
Des pressions, nous en avons reçues, des coups bas aussi, venus d'un camp qui a bien compris que nos révélations aboutiraient à leur échec dans les urnes. Croit-il encore que nous nous tairons alors que nous comptons le soutien de milliers de Biarrots, de locaux, et que nous travaillons pour l'intérêt général ? Allons donc, ce serait mal nous connaître.
Depuis l'arrivée en 2020 de madame Arosteguy au fauteuil de maire, la devise «Liberté, Égalité, Fraternité» figure au fronton de la mairie : que de chemin encore à parcourir pour remplir cet engagement républicain !
À Biarritz, les dossiers épineux ne manquent pas. Nous-mêmes avons été les récipiendaires de confidences et de témoignages explosifs de la part de Biarrots : mais notre éthique nous empêche de les présenter comme des vérités tant qu'ils ne sont pas corroborés. Sauvegarder Biarritz mène donc avec pondération son action, ne cherchant pas à inventer des scandales dans une ville qui en compte déjà suffisamment.
Pour sa part, l'ancienne maire - Maider Arosteguy - aura, au cours de son mandat, souvent fait mention de sa volonté de «transparence», de «probité», d'«éthique».
Au dernier conseil municipal du 22 juin, elle a d'ailleurs réclamé à son successeur, monsieur Blanco, «de bien vérifier et de pouvoir communiquer» sur l'affaire concernant de supposés avantages dont elle aurait bénéficié dans le cadre de l'Hôtel du Palais. Et c'est exactement la même demande que nous avons formulée dans notre post du 22 juin 2026 concernant des faits dénoncés mais non établis : que des éclaircissements soient apportés sur ces allégations, que Hyatt et la nouvelle Majorité prennent en considération qu'il s'agit d'argent public et, qu'à ce titre, les Biarrots sont légitimement en droit de poser des questions et d'avoir des réponses.
Réside pourtant une contradiction, chez madame Arosteguy, entre son souhait de transparence qu'elle exprime auprès du nouveau maire, et sa protestation lorsque des observateurs s'élèvent pour demander à leur tour des clarifications.
De son côté, le maire Blanco a répondu à madame Arosteguy : «Vous pouvez compter sur moi pour essayer de faire la lumière sur toute cette histoire.».
Il est obligatoire que les résultats de cette enquête ne restent pas derrière des portes closes, à la seule lecture de quelques initiés, mais qu'ils soient bien portés à la connaissance de TOUS les Biarrots lors du conseil municipal de septembre prochain.
Il est souhaitable que les conclusions de ce travail soient rendues publiques dès lors lorsqu'il est question de gestion municipale. Une absence de communication pourrait laisser accroire à une complicité passive, à un accord tacite de non-agression entre élus où le lanceur d'alerte deviendrait un bouc émissaire providentiel.
Le quotidien Sud-Ouest, dans la rubrique polémique du «Brouillarta» de son édition du 26 juin dernier, relaie à son tour cette affaire : serait-il aussi tenu pour responsable d'informer les Biarrots ?
Notre exigence dépasse d'ailleurs ce seul dossier. Dans plusieurs affaires - et tout dernièrement celle du centre de loisirs de Mouriscot - des habitants ont demandé davantage d'informations, des explications publiques et des réponses écrites. Cette aspiration à la transparence n'est donc pas celle d'un blog : c'est celle de nombreux citoyens.
Un père de famille en a appelé au maire : «On a besoin de réponses. Des réponses écrites pour tout le monde, pas juste dans votre bureau. On a besoin de transparence de la collectivité, de la mairie, en parallèle de l'enquête judiciaire», tandis que d'autres familles réclament une réunion publique.
Ces propos, retranscrits dans le journal Sud-Ouest, démontrent que ces habitants veulent être entendus.
Entre le silence et la condamnation sans preuve, existe une voie exigeante : celle de l'information, du contradictoire et de la transparence. C'est bien cette voie que Sauvegarder Biarritz a choisi de suivre afin d'éclairer les habitants de notre ville.
Revient alors à la Justice la noble tâche de protéger les lanceurs d'alerte - en l'occurrence bénévoles - lesquels, empreints d'un devoir civique et de la notion d'intérêt général, aspirent à assurer aux citoyens le bon respect des Institutions, des lois et de la morale.
